Microgénération : l’énergie à portée de main [FR]

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Des ménages et des quartiers fournissant de l’électricité et de la chaleur à petite échelle dans un réseau d’énergie européen décentralisé : telle est l’approche développée par les partisans de la microgénération. A ce jour pourtant, le système énergétique européen reste centralisé et dominé par les grandes centrales électriques.

La « microgénération » désigne tout un ensemble de générateurs d’électricité de petite et moyenne taille, notamment le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse et les déchets, Plus largement, elle inclut également la production combinée de chaleur et d'électricité (PCCE) ou les équipements de cogénération, qui alimentent la chaleur produite au cours de la génération d’électricité, soit directement dans les foyers, soit dans les réseaux de chaleur et d’électricité locaux.

Les partisans de la microgénération (aussi appelée production distribuée ou décentralisée d’énergie) affirment qu’un marché énergétique décentralisé est une condition préalable pour atteindre les objectifs européens en terme d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique. Mais ils déplorent les obstacles importants qui entravent leur capacité à concurrencer les plus grands producteurs d’électricité (EURACTIV  03/07/07).

En outre, les Etats membres de l’UE ont des règles différentes pour régir l’accès aux réseaux des plus petits producteurs. Selon le secteur de la microgénération, cette disparité bloque le développement d’un marché européen pour la génération d’électricité à petite échelle, et pour le moment, le marché européen de la microgénération reste limité.

Il n’existe aucune stratégie européenne en faveur de la microgénération en tant que telle, ni de proposition spécifique de la Commission sur le sujet.

La microgénération est liée à un certain nombre de mesures portant sur la création d’une politique européenne de l’Energie, notamment une directive relative à la cogénération ainsi que les récentes propositions sur les énergies renouvelables et la libéralisation du marché énergétique

Ensemble, ces propositions sont destinées à rendre le système européen de l’énergie plus flexible, c’est à dire à améliorer sa capacité à intégrer l’apport énergétique des grandes installations électriques et des petits producteurs comme les foyers tout en rendant le marché énergétique plus compétitif et plus équitable.
Les propositions de la Commission sur les énergies renouvelables cherchent notamment à faciliter l’accès aux réseaux pour les petits producteurs d’énergie. Applaudies par le secteur des renouvelables, ces dispositions pourraient être renforcées par l’eurodéputé vert luxembourgeois Claude Turmes, rapporteur au Parlement sur le dossier, qui présente actuellement des amendements visant à renforcer l’accès aux réseaux (lire l’entretien d’EURACTIV avec l’eurodéputé).

Des bâtiments sur le modèle des centrales électriques

M. Turmes estime que les bâtiments sont « des infrastructures pour la production décentralisée de renouvelables ». Les technologies comme les panneaux solaires peuvent en effet être adaptées sur des bâtiments pour produire de l’électricité non seulement pour le bâtiment même, mais aussi pour alimenter les réseaux électriques locaux.

Cette vision a été accueillie avec enthousiasme par Jeremy Rifkin, gourou américain de l’économie écologique et maître de conférence à la Wharton Business School, dont les idées sur une future « troisième révolution industrielle » caractérisée par les technologies à faible intensité de carbone font autorité dans les cercles européens.
M. Rifkin va même jusqu’à appeler à un « Internet de l’énergie », où l’électricité « faite maison » peut être échangée entre des individus plutôt qu’achetée à un ensemble limité de gros fournisseurs.

Interconnexion

Concrétiser l’approche de M. Rifkin constituerait un changement radical dans la production et la consommation d’électricité et de chaleur. Il s’agirait ensuite d’apporter des changements considérables aux infrastructures énergétiques actuelles et tout particulièrement aux réseaux électriques, qui étaient principalement destinés à s’adapter aux grandes centrales électriques et à distribuer de l’électricité sur de longues distances, plutôt que de stimuler la contribution d’un vaste ensemble de petits producteurs d’électricité différents.

Certains craignent qu’un changement en faveur de la microgénération pourrait avoir des effets négatifs sur la qualité de l’électricité et la stabilité du réseau. Par ailleurs, la modernisation des réseaux actuels pour arranger les petits producteurs pourrait s’avérer un processus trop coûteux et encombrant. Ces préoccupations sont exposées dans un document d’informations de 2006 élaboré par Leonardo Energy, une initiative du European Copper Insitute (ECI).

Pour Simon Menitt, du cabinet de conseil Delta Energy & Environment, les avis peuvent être différents en fonction de la personne à qui l’on s’adresse au sujet du nombre d’apports énergétiques à petite échelle que les réseaux européens actuels peuvent supporter.
Les secteurs de la cogénération et de la microgénération estiment ce chiffre à plus de 50 % de l’approvisionnement énergétique actuel de l’UE. Quant aux producteurs européens d’électricité à grande échelle, plus traditionnels, ils réduisent ce chiffre à 10 %, affirme M. Menitt. Il estime en outre que de nombreux pays de l’UE peuvent atteindre plus de la moitié de cet objectif grâce à la microgénération sans que cela n’implique des modifications trop coûteuses ou trop risquées pour les réseaux.

Des réseaux intelligents en perspective ? 

Alors que les coûts et les complications d’un changement dans la structure des réseaux de l’UE pourraient sont discutés et discutables, la plupart des experts affirment que les réseaux d’électricité vieillissant dans de nombreux Etats membres doivent être réparés, modernisés, voire remplacés.

Le problème est particulièrement critique pour les Etats membres qui choisissent de construire un grand nombre de nouvelles centrales électriques à grande échelle. Celles-ci, qu’elles soient alimentées par du nucléaire, des renouvelables ou des technologies à combustibles fossiles, augmentent considérablement les quantités d’électricité dans les réseaux existants.

La Commission affirme que libéraliser davantage le marché européen de l’énergie permettra de remédier à certaines difficultés en créant des mesures d’incitation économique pour moderniser les infrastructures énergétiques pour les grands producteurs d’énergie comme pour les plus petits. En 2004, Bruxelles a également mobilisé certaines de ses ressources en recherche et développement avec l’appui de la plateforme technologique de l’UE « SmartGrids », dont la mission consiste à dessiner les perspectives d’avenir pour les futurs réseaux européens énergétiques à partir de 2020. 

Mais le projet SmartGrids n’avait été mandaté que dans le but d’élaborer une feuille de route dans le domaine de la recherche et l’UE doit encore investir des fonds importants en faveur d’une modernisation massive ou d’une transformation de l’infrastructure énergétique de l’Union. En outre, l’UE s’efforce d’assurer le financement d’une série de technologies à faible intensité de carbone (EURACTIV 27/02/08). 

L’impératif climat

En dépit de ces facteurs et des autres défis actuels, des signes pointent vers un consensus grandissant selon lequel un passage à la production décentralisée d’électricité est non seulement pertinent, mais également nécessaire si l’Union doit accroître son efficacité énergétique et réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers.

Le système énergétique actuel  a été maintes fois critiqué pour être inefficace et polluant, dans la mesure où d’importantes pertes d’énergie surviennent durant le transport de l’électricité sur de longues distances. Les critiques dénoncent également le fait que la plupart des grandes centrales électriques ne vendent pas la chaleur générée au cours de la production d’électricité et de la transmission aux consommateurs. Des groupes écologistes affirment que cela implique un gaspillage considérable, étant donné les préoccupations grandissantes concernant les émissions de CO2 impliquées lors de la production d’énergie ainsi que leurs répercussions sur le changement climatique.

Selon Leonardo Energy, la production au niveau local réduit les pertes d’énergie, contribue à éviter les zones encombrées dans les réseaux de transport actuels et permet d’utiliser la chaleur générée lors du processus de production, ce qui améliore l’efficacité de l’ensemble du système. La qualité et la fiabilité de l’électricité peuvent également être améliorées.

Les partisans de la génération décentralisée affirment que les réseaux européens peuvent supporter des apports considérables pour les petits producteurs sans impliquer des investissements trop importants pour moderniser les infrastructures.

Cogen Europe, qui représente le secteur européen de la cogénération à Bruxelles, affirme que l’Europe ne devrait pas augmenter le nombre des infrastructures traditionnelles de réseau pour faire face aux défis de la hausse de la demande en énergie. L’organisation estime que l’Europe pourrait et devrait plutôt décentraliser de plus en plus la production d’électricité par la cogénération et les énergies renouvelables locales. D’après elle, une telle approche réduirait la pression qui pèse sur les infrastructures de réseau de l’UE, réduirait les émissions de CO2 et diminuerait la consommation d’énergie. Cela permettrait également à l’Europe d’économiser des milliards d’euros.

Pour sa part, Eurelectric, qui représente le secteur européen de l’électricité, avertit qu’une augmentation à grande échelle des petites unités de production dispersées aura des répercussions importantes sur les réseaux de distribution d’un point de vue technique et économique.

Dans son opinion sur le plan d’action de 2006 de la Commission sur l’efficacité énergétique, le Comité économique et social européen (CESE) a affirmé que les unités de microgénération devraient être encouragées : elles devraient être incluses dans des programmes proposant des mesures incitatives dans le but d’économiser de l’énergie et de réduire l’impact environnemental. Elles devraient également être intégrées plus facilement dans les réseaux nationaux dans le cadre du développement de la génération distribuée. Le comité a néanmoins ajouté qu’il faudrait apporter un appui financier aux entreprises afin de les aider à couvrir les coûts supplémentaires dus à la modification des réseaux de transmission actuels qu’implique le système.

Greenpeace soutient ouvertement la décentralisation. L’organisation écologiste estime qu’il est à présent essentiel que les différentes autorités publiques coopèrent pour élaborer ensemble une production décentralisée d’énergie qui soit suffisamment forte pour atteindre à temps les objectifs de 2020 sur le climat, entre autres. L’ONG estime également que les initiatives destinées à s’écarter de la production  électrique centralisée – qui est inefficace, dans la mesure où la plupart de l’énergie est inutilisée – seront la norme à l’avenir. C’est un processus déjà privilégié étant donné la pénurie des combustibles, l’augmentation des prix et d’autres contraintes environnementales comme les limitations imposées sur les émissions.

  • Oct. 2008 : séance plénière au Parlement et adoption éventuelle des propositions sur les renouvelables en première lecture

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