Accord de Paris : 86% des industriels sont des mauvais élèves

95 des 111 grandes entreprises cotées en bourse étudiées (86 %) ne parviennent pas à s'aligner sur une trajectoire de 2 °C ou moins d'ici 2050. [EPA/Everett Kennedy Brown]

Seulement 14% des entreprises cotées en bourse dans les secteurs de l’acier, du ciment, de l’aluminium, du papier et des mines sont en voie d’atteindre l’objectif climatique de 2°C de l’accord de Paris, selon un rapport de la Transition Pathway Initiative (TPI), un groupe d’investisseurs mondiaux soutenu par les Nations unies. Néanmoins, certaines entreprises européennes offrent de l’espoir, d’après EURACTIV Allemagne.

La décarbonisation industrielle est probablement le plus grand défi du « Green Deal » européen, qui vise à réduire les émissions de l’Europe à zéro d’ici 2050.

Dans une étude publiée cette semaine, le TPI, un organisme indépendant dirigé par des propriétaires de capitaux, a évalué les sociétés minières et les fabricants de papier, d’acier, de ciment et d’aluminium du monde entier pour savoir s’ils sont en accord avec les objectifs climatiques de l’accord de Paris.

Résultat : 95 des 111 grandes entreprises cotées en bourse étudiées (86 %) ne parviennent pas à s’aligner sur une trajectoire de 2 °C ou moins d’ici 2050.

Sur les 111 entreprises de l’industrie lourde mondiale interrogées, seules 16 sont en bonne voie de réviser leurs propres processus de production de manière à pouvoir répondre aux exigences d’un avenir neutre sur le plan climatique.

Dans l’ensemble, seules 14 % d’entre elles sont en bonne voie pour atteindre l’objectif de réchauffement de 2 °C fixé par le traité international.

Alors que les industries lourdes sont généralement considérées comme difficiles à décarboniser, le rythme auquel les nouveaux moyens de réduire les émissions sont testés et mis en œuvre est trop lent, met en garde le rapport.

« S’il est préoccupant que si peu d’entreprises industrielles soient prêtes, il est clair que les nouveaux procédés industriels basés sur les principes de l’économie circulaire nous donnent un point de départ pour trouver des solutions techniquement viables et économiquement intéressantes », a déclaré Adam Matthews, coprésident de TPI.

"Nous avons fait beaucoup de progrès dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris"

Cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, son rulebook n’est pas encore finalisé. Dans un entretien exclusif à Euractiv France, Paul Watkinson, revient sur ces points toujours en suspens.

Les entreprises européennes obtiennent de bons résultats

La recherche TPI met en évidence les mauvaises performances des secteurs de l’aluminium et du papier en particulier. Une seule entreprise dans ces deux secteurs (Rio Tinto – spécifiquement pour l’aluminium) est alignée sur une trajectoire de 2°C ou moins d’ici 2050.

La production d’acier offre un avantage. Alors que l’année dernière, seules cinq entreprises étaient en ligne avec les objectifs de Paris pour 2030, cette année, elles sont huit (28 %). Toutefois, si l’on considère les objectifs de Paris pour 2050, seules cinq entreprises atteignent encore ce plafond.

Selon les auteurs de l’étude, cette différence est due à la rapidité de la décarbonisation prévue : une grande partie des objectifs pour l’industrie lourde ne devrait pas être atteinte avant 2030, lorsque de nouvelles technologies comme l’hydrogène seront plus largement disponibles.

Les producteurs européens d’acier obtiennent de bons résultats. Avec Acerinox, Arcelor Mittal, Thyssen Krupp et Voestalpine, quatre Européens figurent parmi les cinq premiers, et l’entreprise néerlando-luxembourgeoise Arcelor Mittal est même le plus grand producteur d’acier au monde.

Le rapport affirme que l’économie circulaire peut aider à relever les défis des secteurs « difficiles à décarboniser » en utilisant de nouveaux procédés pour éliminer les déchets et la pollution et recycler davantage de produits et de matériaux.

Investissement dans la décarbonisation

L’étude TPI sert à informer les investisseurs sur les risques d’investir dans des entreprises et des secteurs qui ne sont pas suffisamment préparés à la transition vers une économie sobre en carbone.

Selon les chercheurs, les 86 % d’entreprises qui ne s’alignent pas sur les objectifs de Paris représentent une capitalisation boursière de 856 milliards de dollars.

« Lorsque les investisseurs à long terme soucieux du climat prennent en compte ces résultats dans leur processus d’investissement, les risques climatiques associés aux 86 % qui ne sont pas alignés seront importants par rapport aux 14 % qui sont alignés », ont déclaré les auteurs.

[édité par Mathieu Pollet]

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