Axa amorce une réelle sortie du charbon

Selon le think tank polonais Forum Energii, la part du charbon dans le mix énergétique polonais est tombée à 78,4 % en 2017. [Anna Uciechowska]

L’assureur français a annoncé son plan de sortie du charbon à l’horizon 2030 en Europe, qui prévoit notamment de ne plus assurer les entreprises trop exposées à l’énergie fossile. Un plan « sans angle mort » selon les ONG.

Axa aura les mains propres en 2030 en Europe, et en 2040 dans le reste du monde. L’assureur français a annoncé le 27 novembre un renforcement de sa stratégie de sortie du charbon, d’ici à 2030 pour les pays de l’UE et de l’OCDE et 2040 pour le reste de monde.

Énième plan de greenwashing d’une grande société ? Pas cette fois, car l’ambitieux plan présenté par Axa a été immédiatement salué comme « la meilleure politique jamais adoptée par un acteur financier », par l’ONG spécialisée sur le climat, Les Amis de la Terre. De quoi mettre une pression réelle sur les acteurs du monde de la finance verte qui doivent se retrouver à Paris le 29 novembre lors du Climate finance day.

Mais aussi sur les gouvernements, qui se retrouveront très prochainement à Madrid pour la COP 25.

La COP25 va à ouvrir une année cruciale pour le climat

La COP25 démarre une séquence placée sous le signe du climat: l’UE doit préciser son « Green Deal » d’ici mars, et doit parvenir à arrimer la Chine et l’Inde d’ici fin 2020 pour que l’ambition globale soit relevée.

Concrètement, les entreprises qui réalisent au-delà de 30 % de leur chiffre d’affaires ou de leur production d’électricité dans le charbon, et plus de 20 millions de tonnes de charbon produites par an ne  seront plus assurées par le géant français.

Autre annonce, Axa a également demandé à ses clients concernés par ces nouvelles lignes directrices de publier un plan de sortie du charbon d’ici à 2021.

Le plan d’Axa n’a « pas d’angles morts » car l’assureur s’engage pour une sortie du charbon à la fois au sein de son portefeuille d’investisseurs, mais aussi dans son activité d’assureur, où il occupe le deuxième rang au niveau européen.

« Pour réussir cette nouvelle étape, Axa utilisera tous les leviers dont il dispose en tant qu’investisseur et assureur de taille mondiale », assure le groupe dans un communiqué financier.

Résultat, nombre de grandes entreprises européennes telles qu’Engie, RWE ou encore Adani seront concernées par la décision. « AXA fait une nouvelle fois preuve d’un leadership climatique à faire pâlir BNP Paribas, SCOR et les autres acteurs financiers internationaux. Et pourtant les mesures annoncées sont les seules défendables dans un contexte d’urgence climatique: une tolérance zéro à l’égard des entreprises qui comme Adani ou KEPCO misent sur le développement du charbon et un durcissement des conditions de soutiens à l’égard des autres entreprises du secteur » explique Lucie Pinson, référente de la campagne finance privée des Amis de la Terre France et coordinatrice de la campagne Unfriend Coal.

L'encadrement du risque climatique chez les investisseurs européens avance à petits pas

La pression monte pour la Commission et d’autres législateurs : les appels à la vérification des portefeuilles des grands investisseurs institutionnels se multiplient. L’idée est de supprimer les investissements non conformes aux objectifs climatiques, ce qui priverait les énergies fossiles de millions d’euros d’investissement.

Les dispositions prises par Axa devraient permettre d’accélérer les mises en œuvre des plans de sortie du charbon annoncés par les différents assureurs, souvent lacunaires et dont les horizons sont plus lointains.

En Allemagne, la fin du charbon n'est pas pour demain

Des milliers d’Allemands ont manifesté pour une sortie accélérée du charbon d’ici 2020. Un objectif sur lequel le gouvernement peine à avancer.

« Les assureurs allemands qui ont pris l’engagement d’avoir zéro charbon dans leurs portefeuilles d’ici 2038 ou 2040 doivent se réveiller et réaliser que la science climatique impose une sortie dès 2030 en Allemagne et dans les autres pays de l’Union européenne et de l’OCDE » souligne Regine Richter, responsable de la campagne Énergie à Urgewald.

Obligations de transition

Seul bémol relevé dans le plan d’action climatique, les obligations de transition. En effet, Axa a également annoncé le doublement de son objectif d’investissement vert à 24 milliards d’euros d’ici à 2023.

Mais ce doublement s’effectuera via la mise en place de nouvelles « obligations de transition » dont les critères moins stricts que ceux imposés aux obligations vertes ne font pas l’unanimité auprès des défenseurs de l’environnement.

« Plusieurs projets seront financés à travers cette obligation […] dont des projets gaziers » regrette Lucie Pinson des Amis de la Terre. Si « AXA impose son leadership climatique en matière de sortie du charbon, tout reste à faire sur le gaz et le pétrole » conclut-elle.

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