Biocarburants : modifier les objectifs pour éviter une crise alimentaire

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Nestlé, le leader mondial de l’industrie alimentaire, a rejoint les Nations unies et les organisations de développement qui appellent les États-Unis et l’UE à modifier leurs objectifs sur les biocarburants afin d’éviter les pénuries alimentaires et l’augmentation des prix.

« Ce que nous disons, c'est pas de nourriture pour des carburants », a déclaré Paul Bulcke, le directeur exécutif de Nestlé, à l'issue de la conférence de clôture de la Semaine mondiale de l'eau en Suède. « La production de biocarburants à partir de produits alimentaires est une aberration. Nous estimons que l'UE et les États-Unis devraient investir dans les bons carburants. »

Dans le cadre de lois visant à réduire les importations de pétrole, 40 % du maïs américain récolté doit à présent servir à produire des biocarburants, même si les cultures sont mises à mal par l'une des pires sécheresses du siècle. Quant aux pays membres de l'UE, ils devraient tirer entre 10 et 20 % de leurs carburants de transport de sources durables afin de réduire leurs émissions de carbone.

Nestlé, qui possède 470 usines alimentaires à travers le monde et 25 % du marché de l'eau en bouteille, affirme que les objectifs d'économie propre et d'indépendance énergétique des États-Unis ne doivent pas être atteints aux dépens de l'approvisionnement alimentaire ou via une hausse des prix considérable.

« [L'utilisation des biocarburants] partait d'une bonne intention, mais une fois mieux informés il faut être cohérents », a souligné M. Bulcke. « Il faut savoir dire : « on s'arrête là ». Nous constatons aussi qu'aujourd'hui, le potentiel de [réduction] des émissions de carbone des biocarburants n'est pas aussi clair que prévu ».

M. Bulcke a expliqué que Nestlé avait tenté de faire pression sur les gouvernements américain et européens pour qu'ils modifient leurs quotas. « C'est ce que nous avons dit au gouvernement américain, mais c'est difficile d'un point de vue politique. Nous sommes une grande entreprise du secteur alimentaire et oui, nous faisons entendre notre voix. Nous essayons d'avoir des convictions fortes. »

Il estime que l'eau sera au centre de la prochaine crise, car sa mauvaise utilisation menace de fortement limiter l'offre alimentaire qui, selon les Nations unies, doit pourtant augmenter d'environ 50 % dans les 40 années à venir.

« La relation entre les aliments et l'eau est claire », a souligné M. Bulcke. « L'eau devrait avoir une valeur. Il existe un gaspillage énorme, notamment à cause des exploitations, de l'industrie et des déchets alimentaires. L'agriculture est responsable de 70 % de la consommation d'eau dans le monde, un pourcentage qui grimpe jusqu'à 90 % dans certains pays en développement ». L'eau est l'une des causes de la crise alimentaire. Les gouvernements ont perdu de vue leurs objectifs. Pendant des années, les investissements dans la recherche et le développement ont été très faibles, environ 1,5 % par an. Une crise se prépare. Nous ne pouvons pas continuer à consommer de l'eau en gaspillant autant.

« Ce qui aujourd'hui n'est pas durable sur le plan environnemental ne le sera pas non plus sur le plan social, dans un avenir proche », a ajouté M. Bulcke. « Nous risquons un manque de jusqu'à 30 % dans la production mondiale de céréales, et ce à cause d'une pénurie d'eau d'ici 2025. Il semblerait qu'il nous faudra traverser une crise mondiale avant de nous rendre compte que nous ne pouvons pas laisser sans réponse un paradoxe de cette ampleur.

« Le premier défi, l'eau pour l'exploitation agricole, est aussi la première opportunité. Le potentiel d'économies dans l'agriculture est toujours énorme. Les besoins physiologiques des plantes ne représentent que 40 à 50 % de la consommation d'eau actuelle. Et d'autres économies sont envisageables plus loin dans la chaîne de valeur ».

Selon Nestlé, qui opère dans 86 pays et représente la multinationale la plus rentable au monde, l'entreprise prend des mesures importantes pour la conservation de l'eau, à la fois en aidant les agriculteurs à éviter le gaspillage (en cultivant des produits moins consommateurs) et en améliorant l'efficacité des usines. Nestlé a aussi considérablement réduit son gaspillage de lait et sa consommation d'eau par dollar qui est passée de 4,5 litres en 2002 à 1,5 litre aujourd'hui.

Ce mois-ci, le directeur de la FAO des Nations unies, José Graziano da Silva, a déclaré que la suspension des quotas sur les biocarburants pourrait permettre à davantage de produits de servir à des fins alimentaires. « La pire sécheresse en 50 ans inflige de sérieux dégâts aux cultures américaines de maïs et des conséquences graves pour l'offre alimentaire internationale », a-t-il écrit dans le Financial Times.

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