CAC 40 : vers un réchauffement climatique de + 3,5 °C ?

Oxfam exige une meilleure régulation publique pour obliger les grandes entreprises à s’engager dans une trajectoire de baisse des émissions. [DisobeyArt/Shutterstock]

Degrés de trop : dans un rapport publié hier (2 mars), Oxfam France critique « le modèle insoutenable des grandes entreprises françaises » dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les entreprises contestent les résultats d’une analyse « erronée ».

« Le niveau d’émissions du CAC 40 nous conduit tout droit vers un réchauffement climatique de l’ordre de + 3,5 °C d’ici 2100 », selon le rapport d’Oxfam. C’est ce qui ressort de l’analyse de toutes les émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre de 35 entreprises du CAC 40, réalisée sur la base de chiffres fournis par la société Carbon4 Finance.

Quatre entreprises françaises – BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Agricole et Total – auraient chacune une empreinte carbone « supérieure à celle de la France », selon le rapport. Chiffres qui confirment pour Oxfam « que les entreprises du CAC 40 ont une responsabilité majeure dans l’aggravation du réchauffement climatique ».

En moyenne, pour 1000 euros de chiffre d’affaires, l’empreinte carbone des plus grandes entreprises s’élève à 4,1 tonnes d’équivalent de CO2, selon les analyses d’Oxfam. En d’autres termes, « à peu près deux fois ce qu’un Français devrait émettre par an ».

Les trajectoires climatiques calculées par Oxfam sont inquiétantes : si toutes les entreprises avaient les mêmes comportements que celles du CAC 40, un réchauffement climatique supérieur à + 2 °C semble inéluctable, à en croire le rapport. Seulement trois des 35 entreprises analysées seraient engagées sur une trajectoire qui « tend vers l’Accord de Paris ».

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Les plans ambitieux de la Suède pour arrêter d’utiliser des combustibles fossiles pourraient mettre en danger et limiter la capacité de l’armée à remplir ses missions. Les biocarburants ne parviendront pas à alimenter la plupart des véhicules mais pourraient également être inadaptés aux environnements froids de la Scandinavie.

Des résultats « fondamentalement faux », selon les entreprises

Conclusion vivement contestée par les entreprises concernées. Celles-ci ont été nombreuses à faire usage de leur droit de commentaire après avoir été informées des résultats des analyses par Oxfam.

Total « conteste l’évaluation de sa trajectoire climatique », disant regretter « que la méthodologie utilisée, différente des standards internationalement reconnus, n’ait pas été suffisamment explicitée pour vérifier les résultats obtenus ». Le géant du pétrole affirme par ailleurs s’être « engagé dans une transformation sans précédent » visant la neutralité carbone. Dans son rapport climat de septembre 2020, Total affirme sa volonté d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 – mais uniquement en Europe, ce qui n’a pas manqué à attiser les critiques.

Plusieurs entreprises ont également regretté que les analyses du rapport aient été réalisées sur la base de données datant des années 2017 ou 2018, sans prendre en compte les engagements pris depuis.

Les données « ne reflètent pas les efforts significatifs engagés en matière de transition écologique ces dernières années par les banques et les entreprises qu’elles accompagnent », déplore ainsi la Société Générale dans une lettre adressée à Oxfam. L’entreprise aurait « durci » sa « politique sur le charbon thermique parmi les plus strictes du secteur bancaire pour assurer [son] retrait de l’industrie du charbon en 2030 dans les pays de l’Union européenne et de l’OCDE, et en 2040 dans le reste du monde ».

Même réponse de la part du Crédit Agricole qui déplore des conclusions tirées « sur des bases scientifiquement erronées » et un chiffrage de l’empreinte carbone de l’entreprise « fondamentalement faux ».

Enfin, BNP Paribas reconnaît que « l’économie dans laquelle nous vivons est fortement carbonée, et les banques françaises contribuent à la financer ». Or, cela ferait partie du « service essentiel » fourni par les banques pour le bon fonctionnement de l’économie, expliquent son directeur de l’Engagement d’entreprise Antoine Sire et sa directrice RSE Laurence Pessez dans une lettre à Oxfam.

Comme ses homologues, BNP Paribas déplore que l’analyse présentée par Oxfam repose « sur des données de 2017 et prend comme hypothèse que la banque continuerait ses activités à l’identique d’ici 2100 ». Selon les signataires de la lettre, « cette hypothèse théorique est en décalage complet avec les directions que nous prenons dans la réalité ».

L'industrie allemande réclame une politique européenne plus verte

Pas de temps à perdre. Plus de six mois avant les élections législatives allemandes, la Fédération des industries allemandes (BDI) a publié ses revendications à l’intention du nouveau gouvernement. Dans le chapitre Europe, l’accent est mis sur le climat, rapporte EURACTIV Allemagne.

Obligations, sanctions – quel rôle pour la régulation publique ?

Mais contrairement à ces affirmations, « seulement huit entreprises se sont dotées d’une stratégie de réduction de leurs émissions absolues, directes et indirectes, sur l’ensemble de leur périmètre d’activités », selon Oxfam. Le rapport soutient aussi qu’« aucune entreprise ne dévoile le montant et la nature de ses investissements dans la transition écologique » et qu’ « une vingtaine d’entreprises ne fournissent pas de rapport exhaustif de leur bilan d’émissions de gaz à effet de serre ».

« La loi française n’oblige toujours pas les entreprises à fournir un rapport exhaustif de l’ensemble de leurs émissions », déplorent les auteurs du rapport. Devant ce manque de transparence, ils exigent une régulation écologique plus poussée, soutenant que la puissance publique devra les « contraindre » à s’engager dans une « transformation en profondeur de leur modèle ».

Oxfam recommande notamment que les entreprises soient contraintes à publier leurs empreintes carbone, leurs stratégies climat et leurs plans d’investissements associés à une trajectoire de baisse de l’ensemble de leurs émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la future loi Climat et Résilience. Les auteurs du rapport demandent également à la Commission européenne « d’obliger les grandes entreprises à un objectif de réduction des gaz à effet de serre qui soit compatible avec l’Accord de Paris » – et d’introduire des sanctions en cas de non-respect de ces obligations.

Au niveau européen, la Commission a en effet annoncé, en 2018, un plan d’action pour une finance durable, « une économie plus verte et plus propre ». Mais, selon Oxfam, « le contenu de la future législation reste à définir et son application ne sera probablement pas effective avant 2023 ».

En décembre dernier, le Parlement européen a quant à lui adopté un rapport sur la gouvernance d’entreprise durable. Les élus y confirment que « les multiples initiatives internationales en faveur d’une gouvernance d’entreprise durable restent des instruments juridiques non contraignants, fondés sur le principe du volontariat, et ont largement prouvé leur inefficacité lorsqu’il s’agit d’influer sur le comportement des entreprises en matière de durabilité ».

Pour autant, exiger une meilleure régulation publique de la part des États n’est pas la bonne solution, a expliqué Pascal Durand, eurodéputé (Renew Europe) et rapporteur de ce rapport, à EURACTIV. « Si les parties prenantes ne prennent pas leur part dans la réalisation [des objectifs de l’Accord de Paris] et si on attend tout des seuls États ou des régulations publiques, il est probable que nous échouerons collectivement », estime-t-il. Selon lui, « il faut donc trouver les équilibres entre les évolutions des normes législatives et les incitations conventionnelles ».

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Les producteurs de boissons non alcoolisées en Europe ont révélé leurs nouvelles ambitions pour 2030 ce lundi 22 février, annonçant leur volonté d’atteindre 100 % de matériaux recyclés ou renouvelables dans les bouteilles en plastique d’ici à la fin de la décennie.

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