Des pistes concrètes pour mettre en œuvre l’économie circulaire

[Ulrich Mueller/Shutterstock]

Passer de la théorie à la pratique : voici l’enjeu principal de ce nouveau modèle. La question de l’éducation s’avère primordiale.

À l’occasion des premières assises de l’économie circulaire, organisées par l’Institut de l’économie circulaire et l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), les intervenants ont proposé plusieurs pistes pour accélérer l’adoption de l’économie circulaire.

Pour le président du conseil économique et social (CESE), Jean Paul Delevoye, la définition de ce modèle est simple. «Il s’agit d’un système permettant de concilier performance économique et environnementale » déclare-t-il. Avec l’économie circulaire, plus de gaspillage, puisque l’objectif est de produire uniquement à partir de ressources recyclées.

La ministre de l’Environnement française, Ségolène Royal y est attachée, et plaide en faveur de ce modèle plus vert qui peut et doit devenir une réalité tangible. « La politique des déchets n’est pas l’alpha et l’oméga de l’économie circulaire, mais elle en constitue un outil important » assure la ministre. 

Dans son discours, lors des Premières assises de l’économie circulaire, Ségolène Royal a évoqué la loi sur la transition énergétique ainsi que l’adoption d’un plan déchets durant l’été.

« L’adoption cet été du plan déchets 2020 sera structurante, il est en cours de finalisation au sein du conseil national des déchets. Il permettra entre autres de simplifier le geste de tri, d’améliorer le tri par toutes les entreprises de leurs principaux déchets recyclables, et de progresser vers la tarification incitative »

>> Lire aussi : L’économie circulaire, ou comment aller plus loin avec moins de ressources

Fiscalité incitative

La carotte et le bâton restent selon les intervenants présents aux Premières assises de l’économie circulaire, le meilleur moyen de mettre en œuvre rapidement ce nouveau modèle. Le professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, et directeur scientifique de la Chaine Économie du Climat, Christian de Perthuis, le martèle.

« La fiscalité est un levier majeur pour pouvoir passer de l’expérimentation au déploiement massif de l’économie circulaire » estime-t-il.

Du côté des industriels, même son de cloche. Selon le directeur général du groupe des fédérations industrielles, Vincent Moulin-Wright, la fiscalité est l’outil le plus adapté pour accélérer la mise en œuvre de l’économie circulaire. « La fiscalité est le levier le plus facile pour mettre en place l’économie circulaire » assure-t-il.

Revoir en profondeur la fiscalité française, c’est ce que propose Christian de Perthuis. Deux grands axes de la fiscalité actuelle sont dans le viseur.  Il propose une modernisation et une plus grande place pour le volet incitatif de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Le professeur d’économie pointe aussi du doigt le coût de la collecte des ordures ménagères, qui là encore mérite un système d’imposition plus incitatif, pour plus de transparence.

Nicolas Hulot ne mâche pas non plus ses mots, et assure qu’un basculement au niveau de la fiscalité est nécessaire. L’hypothèse n’a pas été retenue dans le cadre de la loi sur la transition énergétique.

« Il vaut mieux piloter la rareté que de subir la pénurie, c’est pourquoi l’économie circulaire est clef. De mon point de vue, il faut désormais déplacer la fiscalité qui pèse sur le travail vers les ressources énergétiques. C’est un basculement indispensable pour que l’économie circulaire se concrétise » déclare le militant écologiste.

Éducation et sensibilisation à l’économie circulaire

L’autre voie pour assurer la mise en œuvre de l’économie circulaire est l’éducation. Sans elle, difficile de traduire l’urgence d’une telle politique.

« Il faut sensibiliser la population à la thématique de l’économie circulaire. D’ailleurs la jeunesse semble très concernée, plus à la pointe sur ces sujets que les générations précédentes, ce qui est très encourageant » déclare Arab Hoballah, chef du service consommation et production durable du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Reste que pour permettre une large sensibilisation à l’économie circulaire, de nombreux progrès doivent encore être accomplis par les grandes écoles françaises. Le directeur de l’école de commerce « KEDGE business school », Jean-Philippe Carpentier,  l’explique en revenant sur la perception de l’économie circulaire.

« Pour créer des enseignements autour de l’économie circulaire à la KEDGE business school, le problème était que ce modèle n’était pas perçu comme une bonne pratique, mais plutôt comme un dogme. Désormais cette perception doit pouvoir être dépassée » détaille-t-il.

À l’inverse, Jean Paul Delevoye considère que l’éducation a déjà porté ses fruits, et que les consommateurs se dirigent plus facilement vers des produits respectueux de l’environnement ou des produits d’occasion. Ainsi, une étude réalisée par le Credoc à la demande de l’ADEME révèle que près de 75 % des Français interrogés ont acheté des produits d’occasion en 2012.

L'économie circulaire est un projet d'économie du développement durable qui s'inspire de l'économie verte et de l'économie de la fonctionnalité et de l'écologie industrielle.

Son objectif est de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation et le gaspillage des matières premières, et des sources d'énergies non renouvelables ;

Selon la fondation Ellen Mac Arthur qui promeut l'économie circulaire, il s'agit d'une économie industrielle qui est, à dessein ou par intention, réparatrice et dans laquelle les flux de matières sont de deux types bien séparés ; les nutriments biologiques, destinés à ré-entrer dans la biosphère en toute sécurité, et des intrants techniques (« technical nutrients »), conçus pour être recyclés en restant à haut niveau de qualité, sans entrer dans la biosphère.

  • 18 juin: présentation de la loi sur la transition énergétique en conseil des ministres
  • D'ici l'été: adoption du plan déchets 2020

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