L’environnement, victime de la mode éphémère

L’UE doit introduire des mesures strictes pour endiguer la surconsommation dans l’industrie de la mode éphémère et renforcer le recyclage des textiles si elle souhaite atteindre le zéro émission nette et l’économie zéro déchet d’ici à 2050. [StockSnap / Pixabay]

L’UE doit introduire des mesures strictes pour endiguer la surconsommation dans l’industrie de la mode éphémère et renforcer la recyclage des textiles si elle souhaite atteindre le zéro émission nette et l’économie zéro déchet d’ici à 2050, d’après un nouveau rapport publié mercredi (3 février).

La filière du vêtement produit environ 20 % des eaux usées dans le monde et contribue à environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre du fait de ses longues chaînes d’approvisionnement et de son mode de production à forte intensité énergétique. Ce secteur consomme plus d’énergie que les industries de l’aviation et du transport maritime réunies.

Les matériaux synthétiques bon marché, dont la production a été multipliée par neuf ces 50 dernières années, forment l’épine dorsale de la mode jetable. Ils consomment environ 350 millions de barils de pétrole chaque année, d’après un rapport publié par Changing Markets Foundation abordant la dépendance du prêt-à-porter éphémère aux combustibles fossiles.

La Commission change de stratégie sur l'économie circulaire

Quatre ans après la publication de sa première stratégie, qui ciblait le recyclage, Bruxelles vise désormais des produits et des services plus durables. Son plan d’action sera présenté le 11 mars. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

« À moins que l’industrie de la mode opère un véritable changement de cap dans sa production de milliards de vêtements chaque année fabriqués à partir de fibres de faible qualité et qu’elle parvienne à se distancer du synthétique, nous ne serons pas en mesure de surmonter le désastre écologique lié », a fait savoir Urska Trunk de l’ONG Changing Markets Foundation.

Le rapport met en exergue un lien entre la montée du polyester, véritable coqueluche du secteur de la mode, et l’augmentation fulgurante de vêtements bon marché et de faible qualité.

En 2015, l’industrie textile avait consommé 98 millions de tonnes de ressources non renouvelables, notamment du pétrole pour les matières synthétiques et des engrais et agents chimiques pour assurer la culture du coton. Ce chiffre devrait être porté à 300 millions de tonnes d’ici à 2050.

« Ces phénomènes ne sont pas seulement dommageables pour l’environnement, ils limitent également les chances de l’industrie de la mode de s’en sortir sur le long terme. Le secteur passe déjà à côté de 560 milliards de dollars USD, car les vêtements sont moins portés et à peine recyclés », a déclaré Laura Balmond de Ellen MacArthur Foundation.

Pour un « ralentissement radical »

Depuis 2000, la production de vêtements a plus que doublé. Nous achetons plus de vêtements, mais les portons moins. D’après des estimations européennes, les citoyens du bloc consomment et jettent respectivement 26 kg et 11 kg de vêtements par personne chaque année.

« La solution qui s’impose ne consiste pas à remplacer une matière par une autre, mais à amorcer un ralentissement radical dans l’industrie de la mode ; une industrie à la source des volumes vertigineux d’habits produits actuellement ainsi que de la propagation de microfibres dans l’environnement », a indiqué Mme Trunk.

En effet, la mode éphémère entraîne non seulement à la surconsommation, mais également à la propagation d’un demi-million de tonnes de microfibres dans les océans chaque année, soit l’équivalent de plus de 50 milliards de bouteilles en plastique.

Parallèlement, le caractère recyclable de ces textiles est extrêmement faible. 87 % de ceux-ci sont soit brûlés, soit envoyés à la décharge – environ une benne à ordures se remplit de vêtements chaque seconde à travers le monde.

3 % des vêtements de marques comme Nike, H&M et Louis Vuitton ne sont jamais vendus et terminent à l’incinérateur ou à la décharge. Les incinérateurs produisent d’ailleurs des métaux lourds, des gaz acides et des dioxines ; des substances pouvant être nocives pour l’environnement.

Même les textiles recyclés sont finalement recyclés en matériaux de moindre valeur, comme des chiffons ou des isolants, qui terminent finalement leur course dans les cours d’eau.

« Si nous ne nous éloignons pas d’un modèle de production fondé sur les combustibles fossiles, nous risquons d’atteindre un point de non-retour dans notre quête vers le prêt-à-porter bon marché. Nous ne sommes pas du tout en mesure de contrer les montagnes de déchets textiles produits par le système actuel et notre dépendance aux sources polluantes portera le changement climatique à un niveau catastrophique », peut-on lire dans le rapport.

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Vers une économie circulaire pour les textiles

Afin que l’UE soit capable d’atteindre le zéro émission nette et le zéro déchet, elle devra soumettre l’industrie à une réglementation concrète en la matière. Dans le cadre de son plan d’action sur l’économie circulaire, Bruxelles tente de réduire le gaspillage vestimentaire et stimuler la réutilisation.

« Les législateurs peuvent jouer un rôle primordial dans la transition du secteur de la mode vers une économie circulaire en mettant en avant l’élaboration de “business plans” fondés sur la réutilisation des vêtements et en stimulant la création d’une mode de haute qualité, durable, recyclable par le biais de critères minimaux ambitieux », a expliqué Mme Balmond.

En janvier 2021, la Commission européenne a lancé une feuille de route sur l’avenir des textiles durables au sein du bloc, dans le but de garantir la relance circulaire de l’industrie au lendemain de la pandémie de Covid-19. La réutilisation des vêtements et leur recyclage semblent être à l’ordre du jour.

« L’initiative proposera des mesures à prendre pour adapter l’écosystème du textile à l’économie circulaire, en abordant les lacunes de la production durable, les modes de vie durables, la présence de substances à risque ; en améliorant la collecte et le recyclage des vêtements dans les États membres ; ainsi qu’en orientant les investissements, la recherche et l’innovation ».

 UE-Cambodge, des relations dans de beaux draps

Au Cambodge, le secteur du textile a porté plainte contre la Commission européenne devant la Cour de justice de l’Union européenne après la perte de son accès en franchise de taxes et de quotas aux marchés européens.

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