Économie circulaire et inclusion sociale : le pari de Cellaouate fonctionne

Les exemplaires usés du Télégramme sont collectés en grande partie par les associations et transformés en ouate de cellulose, un isolant thermique.

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’UE mise sur le développement durable à la bretonne.

L’économie circulaire fait bon ménage avec l’engagement solidaire. Soutenue par des fonds européens, Cellaouate s’appuie sur les associations locales et des personnes en situation de handicap pour produir un isolant à base de journaux recyclés.

Dans le bruit sourd des machines, des bennes et des tapis automatiques, une dizaine d’ouvriers et ouvrières s’attèlent à la minutieuse tâche de trier les journaux.

Dans ce bâtiment situé à Saint-Martin-des-Champs, non loin de Morlaix, financé en partie par les fonds européens, tout est pensé pour économiser l’énergie. L’eau de pluie est récupérée pour les chasses d’eau, les interrupteurs de lumière ont été remplacés par des détecteurs de présence, des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit et l’isolation thermique est assurée grâce à de la ouate de cellulose. Autrement dit, grâce à des tonnes de journaux recyclés.

« On gagne plus d’argent qu’on en consomme, on est en positifs, on gagne 1 000 euros par an », nous explique fièrement Yann Moyou, directeur des Genêts d’or.

Dans cet ESAT (établissements et services d’aide par le travail), ce sont 46 personnes en situation de handicap qui travaillent tous les jours dans différents domaines : la maintenance d’espaces verts, les différents travaux de sous-traitance, l’archivage, le tri de papier et de journaux.

C’est cette dernière activité qui intéresse Jean-Pol Caroff, directeur général de Cellaouate. L’entreprise, qui a vu le jour en 2009 à Morlaix, s’approvisionne en grande partie auprès des Genêts d’or, qui lui fournissent 2 000 tonnes de journaux triés par an, soit un tiers de ses besoins pour créer un isolant thermique et acoustique : la ouate de cellulose.

Les ouvriers des Genêts d’or opèrent un tri minutieux pour enlever les protections et attaches en plastique, les magazines en papier glacé et ne conserver que les journaux en fibre papetière.

Cohérence de A à Z

Le maitre mot du Breton : la cohérence. Il applique donc à la lettre le concept d’économie circulaire pour faire marcher sa production.

Au total, ce sont plus de 650 associations de parents d’élèves, de clubs sportifs, etc. qui récoltent pour lui les journaux, contre défraiement. À raison de 70 à 100 euros la tonne de papier, Cellaouate a reversé 230 000 euros aux associations en 2017, ce qui leur a permis de financer des voyages scolaires par exemple.

« On pourrait se dire ‘les journaux c’est facile’, mais en fait, pas tant que ça. La matière locale n’est pas mise à disposition. Et vu que je ne voulais pas aller chercher mes journaux en Allemagne, j’ai décidé de développer la collecte associative », raconte-t-il, devant le camion de l’entreprise, en partie financé par les fonds européens de développement régional (FEDER).

Une réflexion qui ne s’arrête pas à la collecte, puisque les écoles et associations qui participent au projet ont l’opportunité de visiter l’usine de Jean-Pol et de participer à des ateliers sur l’écohabitat.

Une journée de production correspond à 20 tonnes de journaux traitées, en majorité des exemplaires du Télégramme, un quotidien breton, partenaire des Genêts d’or.

Dans l’usine, le Morlaisien organise aussi des ateliers pour les artisans de la région qui veulent se former pour installer de la ouate de cellulose, qui est soufflée sous les toitures à l’aide d’un gros tuyau.

« Avec des partenariats, on arrive à faire des choses cohérentes. C’est une filière globale, réfléchie. Une réflexion de circuit court », assure-t-il. Une démarche qui vient de pousser l’entreprise, qui n’est pas enore rentable, à quitter EDF pour Enercop, un fournisseur français d’électricité d’origine renouvelable. « Ça nous coute 10 000 euros de plus par an, mais il faut aller plus loin dans la cohérence », affirme-t-il, convaincu.

Tri à la source

Sans un tri minutieux, ou surtri, comme on l’appelle dans le milieu, l’activité de Jean-Pol ne pourrait pas fonctionner. « Je milite pour un tri à la source », martèle-t-il.

Aux Genêts d’or, les ouvriers trient à la main. Les papiers sont triés par matière, par couleur, et les plastiques ôtés des journaux et magazines sont rassemblés et collectés dans des balles pour un recyclage précis et distinct. Au total, deux jours sont nécessaires pour remplir des bennes de 8 tonnes de journaux.

À l’ESAT, papiers blancs, papiers colorées et plastiques, sont séparés, pressés et rassemblés dans des balles.

« Les grosses entreprises de recyclage font un tri mécanique. Et elles ont tellement délaissé les filières françaises qu’il existe un créneau pour développer un autre modèle, plus social. Il y a donc de la place pour les entreprises locales », déclare avec optimisme Yann Moyou.

La ouate de cellulose, composée à 90 % de journaux et à 10 % de minéraux inertes, supporte un seuil de tolérance d’autres papiers de 5 %, mais pas plus. Un isolant peu couteux produit à partir de déchets recyclés, cette valorisation, Jean-Pol en est fier. « L’idéal est d’amener des solutions économiques à des problèmes écologiques. Ça ne doit pas être un effort financier, mais une envie », conclut-il.

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