Environnement : les dirigeants européens souhaitent que l’ONU joue un rôle plus important

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Vendredi prochain (2 mars), les dirigeants européens pourraient unir leurs efforts pour soutenir un projet visant à transformer le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), aujourd’hui peu influent, en une organisation mondiale compétente qui superviserait les traités et protégerait l’environnement.

Les fonctionnaires de la Commission européenne et des États membres de l'UE ont défini hier leurs objectifs en vue de la conférence de l'ONU sur le développement durable qui se déroulera à Rio de Janeiro en juin prochain, 20 ans après le premier Sommet de la Terre de Rio.

La commission Environnement au Parlement européen, qui a organisé cette audience, souhaite que l'UE s'exprime d'une seule voix lors de l'élaboration du programme de Rio.

« Nous ne devrions pas sous-estimer les opportunités qui s'offrent à nous », a déclaré Gerben-Jan Gerbrandy, eurodéputé libéral néerlandais et vice-président du panel. « De nombreuses négociations internationales sur l'environnement sont actuellement paralysées, c'est le moment idéal […] pour faire un réel pas en avant et tenter d'améliorer sérieusement le cadre institutionnel international. »

« Le Conseil européen à venir est une opportunité unique pour l'Union européenne de montrer qu'elle prend la conférence Rio+20 très au sérieux », a expliqué M. Gerbrandy. La conférence se déroulera du 20 au 22 juin prochain.

Vers une organisation mondiale pour l'environnement

Le commissaire à l'environnement, Janez Poto?nik, soutient une initiative (à laquelle le président français, Nicolas Sarkozy, est aussi favorable) visant à créer une organisation environnementale mondiale avec une puissance de feu accrue et qui aurait pour tâche de superviser et d'appliquer les traités pour l'environnement.

Ces réformes placeraient l'organisation existante au même niveau que d'autres organismes comme l'Organisation mondiale de la santé ou l'Organisation mondiale du commerce, mais cette proposition n'a rien de nouveau. Le PNUE a en effet été créé il y a 40 ans comme une solution de compromis à une organisation de plus grande envergure.

Le projet de conclusions du sommet européen de cette semaine ne mentionne pas spécifiquement le PNUE, mais appelle à la mise en place « d'un cadre institutionnel mondial renforcé en faveur du développement durable, avec une dimension environnementale renforcée ».

En octobre dernier, le conseil des ministres de l'environnement a déclaré que les conclusions de Rio « devraient inclure une feuille de route pour l'économie verte avec des objectifs spécifiques et des actions au niveau international ainsi qu'un paquet de réformes concernant notamment l'amélioration du PNUE pour une gouvernance mondiale renforcée en faveur de l'environnement ».

Un diplomate à Bruxelles a déclaré à EURACTIV que l'Europe projetait d'adopter à Rio un « calendrier » pour la mise en place d'une agence de l'ONU pour l'environnement avec des pouvoirs plus importants que le PNUE.

Cette agence serait chargée de contrôler tous les traités existants pour l'environnement, comme le protocole de Kyoto, le protocole de Montréal et d'autres accords internationaux.

« Il y en a 500. Tous n'ont pas de secrétariat mais il y a 500 bases juridiques et un grand nombre de structures », a précisé le diplomate. « Donc il faudrait mettre de la cohérence entre ces différents accords. »

L'une des proposition consiste à rationaliser les différents organismes qui conseillent l'ONU sur les questions environnementales et notamment la biodiversité, comme le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et l'Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques (OSASTT).

« Une voix pour la planète »

« On a travaillé pendant de années pour mettre en place une sorte de GIEC sur la biodiversité. Mais on ne va pas le refaire sujet par sujet », a expliqué le diplomate en ajoutant que de nombreuses analyses transversales pourraient être menées par un seul groupe d'experts des Nations unies.

« Cela permettrait d'avoir une vision complète de la situation de l'environnement dans chaque pays », a-t-il déclaré. « Cela permettrait également de travailler sur les synergies ou les contradictions entre différents objectifs environnementaux. »

Les Européens espèrent que la rationalisation des organismes de l'ONU attirera l'attention de pays comme les États-Unis ou le Canada, qui font partie des plus sceptiques sur la question de l'environnement et des organisations internationales. En échange, la nouvelle agence de l'ONU et son groupe d'experts scientifiques pourraient obtenir davantage de moyens « précisément parce qu'on ferait des économies ailleurs », a poursuivi le diplomate. 

Cela donnerait aux questions environnementales plus de crédibilité et de légitimité sur la scène internationale, une sorte de « voix pour la planète ».

Rio ne sera pas une mince affaire

Même si les dirigeants européens encensent cette idée, la proposition a encore un long chemin à parcourir.

Le négociateur en chef brésilien de Rio+20, André Corrêa do Lago, a récemment déclaré à la presse à New York que son pays ne soutiendrait pas l'idée de la création d'une organisation mondiale pour l'environnement.

Il est également peu probable que le président Barack Obama, en pleine campagne électorale, accueille cette initiative à bras ouverts. Cela lui vaudrait certainement de se retrouver sous le feu des critiques de la part des républicains de l'opposition, qui voient toujours les Nations unies d'un mauvais œil. L'année dernière, ils avaient tenté d'empêcher le versement de fonds pour l'organe scientifique de l'ONU en charge de la lutte contre le changement climatique. Or, les États-Unis fournissent 22 % du budget de l'ONU.

Sur la scène européenne, le niveau d'enthousiasme s'agissant de la création d'une organisation mondiale renforcée pour l'environnement varie selon les États membres.

Selon le diplomate interrogé par EURACTIV, la Grande-Bretagne, la Suède et le Danemark se sont montrés particulièrement réticents à cette idée. Ils craignent que la création d'une nouvelle organisation de l'ONU plus inclusive et avec plus de responsabilités sur des questions comme le transfert de technologie ne perturbe l'équilibre des pouvoirs entre les pays industrialisés et ceux en développement.

Les pays africains y semblent quant à eux largement favorables, en partie parce que cette nouvelle agence serait probablement basée à Nairobi (Kenya), l'actuel siège du PNUE, mais également parce qu'ils y voient un intérêt en termes d'aide internationale.

« Il y a bien une centaine de pays maintenant qui y est favorable, ce qui ne veut pas dire que l'autre centaine sera facile [à convaincre]. Mais ce n'est pas un petit quarteron isolé de [pays] européens développés », a fait remarquer le diplomate.

Un programme européen élargi

Dans le même temps, l'Europe espère aller de l'avant dans d'autres domaines à Rio et soutiendra notamment des initiatives visant à promouvoir l'accès à l'énergie pour tous via des investissements dans les énergies renouvelables ou l'allocation de plus d'aides au développement pour garantir l'accès à l'eau.

Les États membres souhaitent également faire bloc pour encourager les autres pays à se fixer des objectifs en termes d'utilisation efficace des ressources et de réduction des déchets.

L'exécutif européen propose en outre la réaffectation des aides au développement en faveur de l'énergie renouvelable et de la croissance durable, deux sujets phares du programme de Rio.

« L'Union européenne estime que le pilier environnemental de la gouvernance du développement durable est faible et fragmenté et que le Programme des Nations Unies pour l'environnement devrait être transformé en une institution des Nations unies à part entière », a déclaré Timo Makela, directeur des affaires internationales de la DG Environnement de la Commission européenne.

Il a également déclaré à la commission Environnement du Parlement européen que d'autres organisations, notamment de financement, devraient être modernisées pour répondre à la nécessité d'un développement durable.

Dans le projet de conclusions du sommet des 1er et 2 mars, le Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement a affiché son soutien à des résultats ambitieux à la conférence Rio+20 sur le développement durable. Il a insisté sur la nécessité d'une forte implication du secteur privé et de la société civile lors de la conférence et défini des principes clés qui guideront l'UE dans ses préparations :  

  • « la conférence devrait promouvoir la transition mondiale vers une économie verte, et par là même la protection de l'environnement, l'éradication de la pauvreté, la promotion d'une croissance faible en carbone et l'utilisation efficace des ressources ;
  • elle devrait permettre de définir des objectifs opérationnels et des actions concrètes au niveau national et international dans les délais impartis ;
  • elle devrait promouvoir le renforcement du cadre institutionnel mondial pour le développement durable, avec une dimension environnementale renforcée ;
  • elle devrait permettre de progresser vers la définition d'objectifs mondiaux et cohérents pour le développement durable après 2015 et se pencher sur le processus de révision des objectifs du Millénaire pour le développement. »

La conférence de l'ONU sur le développement durable (ou conférence Rio+20) aura lieu vingt ans après la conférence internationale historique qui s'était déjà déroulée à Rio de Janeiro.

Intitulée « Sommet de la Terre », la conférence de 1992 avait donné lieu à un plan d'action (Action 21) et à une déclaration faisant état des principes sous-jacents du développement durable.

Dix ans plus tard à Johannesburg, il a été reconnu que des changements fondamentaux dans la manière de produire et de consommer des sociétés étaient nécessaires pour atteindre les objectifs mondiaux de développement durable. Tous les gouvernements ont été invités à promouvoir une consommation et une production durables et un plan visant à renforcer la mise en œuvre d'Action 21 a été adopté.

Organisé au Brésil, le sommet de 2012 tentera d’assurer un engagement renouvelé en faveur du développement durable et d'évaluer les progrès accomplis au cours des 20 dernières années.

  • 1-2 mars : sommet des dirigeants européens
  • 9 mars : Conseil de l'environnement visant à définir la position de l'UE en vue de la conférence de Rio.
  • 20-22 juin : conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio, au Brésil.

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