La Commission épinglée sur le gaspillage alimentaire

La lutte contre le gaspillage alimentaire n'avance pas, dénonce la Cour des comptes. [Stephen Rees / Flickr]

Dans un rapport publié le 17 janvier, le Cour des comptes inflige une volée de bois vert à la Commission, qui passe complètement à côté de ses objectifs en matière de gaspillage alimentaire, et donc d’efficacité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

On estime qu’environ 88 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans l’UE. Sans action immédiate, ce chiffre devrait atteindre les 126 millions de tonnes d’ici 2020.

Un constat alarmant qui explique la dureté de la Cour des comptes européenne (CCE), qui vient de délivrer une volée de bois vert à la Commission. L’exécutif n’a en effet pas réussi à rendre sa chaîne d’approvisionnement plus efficace, ce qui réduirait pourtant le gaspillage. Par ailleurs, les experts de la CCE estiment que la Commission devrait mieux aligner les politiques de secteurs différents, mais liés, comme l’agriculture et la pêche.

Les enquêtes indiquent que 70% du gaspillage alimentaire a lieu au sein des foyers, dans la restauration et dans les services de vente de nourriture. La production et la transformation des aliments représentent les 30% restants.

En 2016, les Nations unies ont adopté leur programme post-2015, comprenant 17 objectifs de développement durable (ODD), afin de lutter contre les problèmes mondiaux d’ici 2030. L’un de ces objectifs est de réduire les pertes alimentaires le long des chaînes de production et d’approvisionnement. En ce qui concerne la vente et la consommation d’aliments, le but est de diviser le gaspillage en deux.

L’UE a pris plusieurs initiatives pour atteindre ces objectifs. La plateforme sur le gaspillage alimentaire, lancée en août dernier, est la dernière initiative en date et s’inscrit dans le contexte de l’économie circulaire, prônée par l’exécutif.

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Plateforme sur le gaspillage alimentaire

Cette plateforme européenne est composée de parties prenantes des secteurs public et privé. Son but est de prévenir le gaspillage alimentaire, notamment via le partage des pratiques efficaces et des évaluations des progrès réalisés.

À en croire le rapport publié le 17 janvier pas la Cour des comptes européennes, la plateforme n’aborde cependant pas le problème dans son entièreté, et n’est pas assez coordonnée.

« En concentrant ses efforts sur la création de la plateforme, la Commission a à nouveau raté une occasion d’affronter efficacement le problème […] ce dont nous avons besoin à présent est d’un meilleur alignement des politiques existantes, une meilleur coordination et un objectif politique clair de réduction du gaspillage alimentaire », estime Bettina Jakobsen, membre de la CCE et responsable du rapport.

Bettina Jakobsen critique également le fait que la Commission n’a pas encore adopté de définition officielle du gaspillage alimentaire, malgré les appels répétés d’autres institutions, comme le Parlement européen, le Conseil, le Comité des régions et le G20.

« Nos recommandations sur la manière de mieux développer les politiques futures ont été ignorées ou seulement partiellement acceptées, alors que le projet d’orientation ne fait que passer le problème aux États membres, ajoute-t-elle.

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Manque d’ambition et de coordination

Dans leur rapport, les membres de la Cour des comptes soulignent que la Commission a revu son ambition à la baisse au fil du temps et que les actions menées jusqu’ici ont été « fragmentées et intermittentes ».

En outre, la mise en place de l’obligation pour les États membres de rendre des comptes sur leur gaspillage alimentaire a été retardée, tout comme la date limite à laquelle l’exécutif devait adopter un acte d’exécution établissant une méthodologie commune pour l’évaluation des quantités de nourriture.

>> Lire : Un référentiel international pour évaluer le gaspillage alimentaire

Les membres de la CCE sont particulièrement inquiets du manque de coordination au niveau de la Commission et ont identifié plusieurs secteurs qui pourraient être inclus dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

« Nous nous sommes penchés sur un certain nombre de domaines de politiques européens qui permettraient probablement d’influencer le comportement des différents acteurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement », indique le rapport, qui se réfère ainsi à des politiques liées à l’agriculture, à la pêche, à la sécurité alimentaire, à l’environnement, aux affaires sociales et aux taxes.

Rôle des agriculteurs

La Cour des comptes estime que le secteur de l’agriculture a un rôle clé à jouer dans la réduction du gaspillage alimentaire. L’institution recommande donc de faire entrer ce paramètre dans la révision de la Politique agricole commune (PAC), ainsi que dans le pilier développement rural de la PAC post-2020.

Son rapport dévoile également que la Commission n’a jamais mené d’étude pour déterminer l’impact des PAC successives sur le volume de la production agricole et son effet sur le gaspillage alimentaire.

« [La Commission] n’a jamais inclus le gaspillage alimentaire dans ses évaluations d’impact sur les paiements directs de l’UE et n’a jamais évalué les conséquences des paiements couplés sur l’approvisionnement de certains produits spécifiques pour lesquels il n’y a peut-être pas de demande », poursuit la CCE.

En ce qui concerne la politique commune de la pêche, les auditeurs suggèrent un meilleur suivi de l’obligation de débarquement, selon lequel les prises non souhaitées et rejetées, qui constituent un gaspillage conséquent, doivent être ramenées à terre.

Le rapport se félicite par contre des efforts déployés pour mettre fin à la compensation des poissons retirés du marché. « L’Union européenne a envoyé un signal clair aux pêcheries, qui doivent abolir leurs pratiques menant au gaspillage et mieux aligner leurs activités à la demande ».

Lumière sur les dons

Les dons alimentaires sont considérés comme la deuxième priorité en termes de réduction du gaspillage. La CCE souligne les progrès déjà réalisés dans l’UE grâce aux banques alimentaires.

Ces organisations sans but lucratif récoltent les excédents de nourriture auprès des particuliers, agriculteurs, transformateurs et vendeurs. Celles-ci peuvent également récupérer les produits non souhaités, par exemple parce que la date d’expiration est trop proche. Après s’être assurées de la sûreté des aliments récoltés, les banques alimentaires stockent et distribuent les aliments à des organisations caritatives.

L’industrie alimentaire a déjà pris des initiatives pour réduire le gaspillage en renforçant leur coopération avec les banques alimentaires partout en Europe. Chris Hood, président de Kellogg Europe, a ainsi récemment indiqué à EURACTIV qu’il était essentiel que les entreprises se rendent compte de la nécessité de créer une culture dans laquelle le don du surplus alimentaire « est la norme, et non l’exception ».

Les auditeurs européens ont cependant souligné qu’il existait encore des obstacles aux dons, principalement de nature juridique. Ils pressent donc l’exécutif à clarifier l’interprétation des dispositions juridiques décourageant les dons.

Le rapport appelle également la Commission à évaluer quel serait l’impact d’une extension des dons aux secteurs dans lesquels ils n’existent pas encore, notamment le secteur de la pêche, ainsi qu’à compléter les textes de loi afin de permettre l’utilisation des stocks agricoles par les autorités publiques.

>> Lire : Gaspillage alimentaire: «Les acteurs publics doivent encourager et sécuriser les bonnes initiatives»

 

Cour des comptes européenne

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