Évolution des paradigmes dans le secteur de la construction

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ÉDITION SPÉCIALE / Le débat sur le type de logements et de lieux de travail est en pleine évolution. Des experts en construction et des décideurs politiques de l’UE ne prennent plus seulement l’efficacité énergétique en considération, mais s’intéressent également aux bâtiments durables en prenant en compte les conséquences sur l’environnement, la société et l’économie.

À l'échelle européenne, la direction générale de l’environnement de la Commission (DG environnement) planche actuellement sur un nouveau document d'orientation (communication) sur les bâtiments durables.

 

Lors d'un évènement le 25 juin au cours de la Semaine européenne de l'énergie durable, Pavel Misiga, le chef de l'unité d'éco-innovation et économie circulaire de la DG environnement, a annoncé que la communication, encore à ses débuts, se concentrerait sur l'utilisation des ressources dans les secteurs résidentiels et non résidentiels (à l'exception des bâtiments et des infrastructures industriels).

 

Ce document se concentrera sur la manière d'améliorer la durabilité environnementale des bâtiments en allant plus loin que les débats politiques actuels sur l'efficacité énergétique afin d'examiner l'énergie intrinsèque, l'utilisation de l'eau, les matériaux de construction et les déchets. L'énergie intrinsèque représente la somme de l'énergie nécessaire à la fabrication d'un produit, qui contribue à déterminer ses conséquences sur le changement climatique.

 

« L'objectif est de réduire les incidences sur l'environnement des bâtiments et nous espérons que la société et le secteur de la construction en bénéficieront », a ajouté M. Misiga.

 

L'ensemble du cycle de vie des bâtiments

 

En ce qui concerne les émissions, une priorité politique de l'UE pour 2020 et après, les choix des matériaux utilisés dans les bâtiments peuvent aussi grandement influencer des paramètres autres que l'efficacité énergétique. Par exemple, un investissement de 100 000 euros pourrait économiser 75 tonnes de CO2 après 20 ans, alors que le même investissement dans du béton, dont la fabrication est faible en carbone, permettrait d’épargner 663 tonnes de CO2 directement.

 

Pour répondre aux difficultés d'approvisionnement des entreprises de construction et aux demandes des consommateurs, il faut savoir comment faire le meilleur choix en matière de durabilité parmi la pléthore de technologies et de matériaux.

 

« Nous avons besoin de savoir et d'outils afin de déterminer quels matériaux doivent être utilisés dans les bâtiments », a affirmé M. Misiga.

 

Les entreprises du secteur de la construction durable plaident également en faveur d'une vision plus vaste sur les bâtiments à l'avenir et voudraient que les décideurs politiques prennent en compte d'autres paramètres, tels que la qualité de l'air au sein des bâtiments, ou la quantité de lumière du jour exploitable. Selon les partisans de ces mesures, elles permettraient d'améliorer la santé et le bien-être des occupants du bâtiment, étant donné que les habitants des membres de l’OCDE passent environ 90 % de leur vie à l'intérieur des bâtiments.

 

« L'approche holistique gagne de plus en plus de terrain. Nous devons examiner l'ensemble du cycle de vie [des bâtiments] », a expliqué à EURACTIV Lone Feifer, la directrice du programme Sustainable Living in Buildings de Velux, le fabricant de fenêtres de toit.

 

Selon Velux, prendre seulement en compte l'efficacité énergétique aux dépens d'autres actions dans les bâtiments durables ne s’attaque qu’à un seul aspect du problème.

 

Mme Feifer a indiqué que de plus en plus de personnes s'intéressaient à l'ensemble du cycle de vie des bâtiments au cours des deux dernières années. « En tant que fabricants, nous avons reçu beaucoup plus de questions à ce sujet », a-t-elle poursuivi en ajoutant que « certaines agences de marché public très innovatrices » prennent déjà en compte ces paramètres pour les bâtiments ou pour les évaluations de leur impact sur l'environnement.

 

Mme Feifer aimerait que cette idée soit intégrée dans le CEN/TC 350, une norme européenne commune pour les travaux de construction durable.

 

Réactions mitigées

 

M. Misiga a expliqué à EURACTIV que la consultation publique sur la nouvelle communication relative aux bâtiments durables sera lancée le 1er juillet. Il espère qu'elle sera prête pour le premier trimestre de 2014.  Le chef d'unité slovaque a également admis que la réaction du secteur par rapport à cette nouvelle initiative était jusqu'à présent mitigée :

 

« Elle est mitigée, car certaines parties du secteur, disent "encore une initiative, nous devrons la respecter, ce qui implique des coûts et des modifications. Nous n'en avons certainement pas besoin maintenant". D'autres parties prenantes sont quant à elles très positives. Nous avons le soutien des États membres et des investisseurs », a ajouté M. Misiga, qui a auparavant collaboré avec le ministre de l'environnement slovaque.

 

Il a affirmé qu'il importait de mettre en place un cadre réglementaire de normes pour les bâtiments durables afin de réduire les risques pour les investisseurs. Selon lui, ces derniers constatent un mouvement d'ensemble vers la durabilité des bâtiments, mais également le risque d'investir dans un produit dont personne ne voudra dans 20 ans.

 

EuroACE, l'alliance européenne des entreprises pour l'efficacité énergétique dans les bâtiments, admet que des investisseurs tireraient profit d'une approche plus holistique envers les bâtiments durables dans toute l'UE.

 

« Je soutiens le point de vue de la DG environnement : il faut adopter une approche holistique par rapport aux bâtiments.  Le bâtiment est un système de produits et de composants combinés : l'élaboration et la conception du bâtiment, son orientation, la méthode de construction, le fonctionnement commun des composants et de l'équipement », a expliqué Adrian Joyce, le secrétaire général d'EuroACE, à EURACTIV.

 

M. Joyce s’est fait l'écho du secteur en déclarant que l'excès actuel de règlementations européennes freinait l'innovation dans le secteur de la construction.

 

« Bon nombre de règlements agissent les uns contre les autres […] le secteur de la construction est le plus réglementé en Europe et nos membres subissent différents règlements aux niveaux national et européen », a-t-il poursuivi.

 

« Quand un nouveau produit arrive sur le marché, il doit passer un certain nombre de programmes de certification, ce qui coûte cher. Bon nombre de produits n'atteignent pas certains marchés. Il serait beaucoup plus préférable d'avoir un système européen qui prenne en compte les différentes zones climatiques, ce qui donnerait lieu à une seule approche, et donc à un seul type de frais [à payer par les fabricants] », a-t-il conclu.

Les États membres de l'UE se sont engagés à respecter sur base volontaire un objectif de réduction de la consommation d'énergie primaire de l'ordre de 20 % à l'horizon 2020 par rapport aux niveaux de 2005. Ces économies permettraient de réduire de 780 millions de tonnes les émissions de CO2 en Europe et d'économiser 100 milliards d'euros en frais de carburant.

 

 

L’un des instruments politiques principaux de l'UE pour atteindre cet objectif est la directive sur les performances énergétiques des bâtiments (DPEB), qui devait au départ réduire la consommation d'énergie de l'UE de 6 %.

 

Cette directive a été révisée en 2010 afin de couvrir les constructions résidentielles et non résidentielles. Tous les nouveaux bâtiments dans l'UE doivent avoir une consommation d'énergie quasi nulle d'ici 2021 et d'ici 2019 pour le secteur public.

 

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Directive sur la performance énergétique des bâtiments

  • Premier trimestre 2014 : la Commission européenne (DG environnement) devrait publier un nouveau document d'orientation (communication sur les bâtiments durables.

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