Bruxelles veut rendre les emballages plus recyclables

Les paquets contiennent en moyenne 25% de vide. [FEFCO]

La Commission européenne a commencé à prendre les avis des États et de l’industrie afin de revoir les règles européennes sur les emballages, énorme source de déchets pas toujours recyclables.

À l’approche des fêtes de fin d’année, les déchets d’emballage vont s’accumuler. Et la vente en ligne n’arrange rien, puisque 10 % des achats de détail se font aujourd’hui sur internet. D’ici 2020, ce chiffre aura atteint 15 %, selon l’industrie.

Les emballages sont de plus en plus présents, constate Sarah Nelen, responsable de la politique des déchets au sein de la Commission, à la direction générale de l’environnement. Les Européens ont généré 85 millions de tonnes de déchets d’emballage en 2015, ce qui représentait une augmentation de 6 % depuis 2013, souligne la spécialiste. Cela représente 3,4 % de l’ensemble des déchets générés dans l’UE.

« La bonne nouvelle est que le recyclage des emballages augmente aussi. » Malgré les lacunes spécifiques, notamment pour les plastiques, et des différences importantes d’un pays à l’autre, en moyenne 66 % des emballages sont aujourd’hui recyclés dans l’UE.

L’environnement n’est cependant pas la principale préoccupation des vendeurs en ligne. « Environ quatre boutiques en ligne sur cinq estiment que la protection du produit est le critère le plus important », explique Maurits Bruggink, secrétaire général de l’EMOTA, l’association européenne du e-commerce.

Les colis envoyés sont de taille standard, afin de répondre aux besoins des transporteurs, dit-il, ce qui laisse souvent de grandes quantités d’espace vide qui sont remplies de papier-bulle, pastilles de plastique, soit d’encore plus d’emballage.

« La moitié des boîtes sont vides – pourquoi ? », demande Isabel Rocher, responsable du e-commerce chez DS Smith, un fabricant britannique de papier et de produits d’emballage. Selon elle, la raison est simple : depuis des décennies, il n’y a « pas eu d’innovation » pour répondre à la demande croissante d’emballages.

25 % des envois sont du vide [Forbes Insights/DS Smith]

« En tant qu’industrie, nous devons examiner comment nous pouvons nous rendre plus efficaces », estime-t-elle. Le vide ainsi transporté autour du globe représenterait 61 millions de conteneurs par an, soit l’équivalent des émissions annuelles d’un pays comme la Belgique (122 Mt de CO2).

Les choses pourraient toutefois être sur le point de changer. Selon Isabel Rocher, cette génération utilise beaucoup le commerce électronique, mais accorde aussi une plus grande attention aux questions environnementales et sont ouverts aux approches novatrices en matière d’emballage.

La plus grande société de e-commerce du monde, Amazon, cherche des moyens de s’attaquer au problème du suremballage, assure-t-elle. « Mais ils ont besoin de l’aide de toute l’industrie et ils ont besoin de réglementations. »

Nouvelles conditions

De fait, la réglementation est sur le point de changer. Une révision de la directive sur les déchets a été adoptée cette année. Elle comprend de nouveaux objectifs : « d’ici 2030, 70 % des emballages devraient être recyclables », explique Sarah Nelen.

« Le plus important est cependant de se pencher sur les objectifs spécifiques aux matériaux », estime la responsable européenne, soulignant que les emballages en plastique sont plus difficiles à récupérer et à recycler que les boîtes en carton utilisées par les magasins en ligne.

C’est là qu’intervient la stratégie plastique. Cette année, la Commission européenne s’est engagée à ce que « tous les plastiques soient réutilisables et recyclables d’ici 2030 », rappelle Sarah Nelen.

Cela nécessitera une nouvelle révision de la directive sur les emballages, ajoute-t-elle. Cette révision se concentrera sur les engagements essentiels de la directive, qui liste les conditions nécessaires pour qu’un emballage puisse être admis sur le marché européen.

Il s’agit d’une révision « conséquente », dont la proposition sera présentée en 2020 « sous la prochaine Commission », et qui garantira que tous les emballages soient « plus réutilisables et recyclables ».

Responsabilité des producteurs

L’un des principaux aspects de la future législation concerne les régimes de responsabilité élargie des producteurs, qui obligent les fabricants à payer une redevance correspondant au coût de la collecte, du transport et de la gestion des déchets.

Sarah Nelen indique que la Commission étudie les moyens de moduler ces redevances en fonction de la performance environnementale des emballages, afin de pénaliser davantage les pires emballages.

« Le suremballage est aussi un élément à prendre en compte » lors de la modulation des redevances, poursuit-elle, indiquant que la Commission publiera un « document d’orientation » sur la manière de procéder l’année prochaine, afin d’aider les États membres à récompenser les emballages les moins nuisibles.

« La recyclabilité et la réutilisabilité sont aussi évidemment des facteurs pour la détermination du niveau de redevance ».

L’initiative de la Commission s’appuiera sur l’expérience des États dans l’application des règles existantes en matière de déchets d’emballages, en particulier pour les détaillants en ligne établis en dehors de l’Europe, où l’application de ces règles est plus difficile.

« Nous savons bien qu’il sera difficile de faire appliquer ces mesures, de s’assurer que tous les e-commerçants payent les redevances dues », assure la représentante de la Commission. « C’est un aspect spécifique qui nous a été demandé d’examiner. Nous fournirons des lignes directrices l’an prochain, afin de faciliter la mise en œuvre » au niveau national.

« En dépit des difficultés rencontrées par les autorités nationales, il n’est pas impossible d’appliquer les règles de manière rigoureuse », remarque Sarah Nelen, citant l’exemple de la France qui a contraint la e-boutique chinoise Ali Baba à « payer et assumer leurs responsabilités ». L’introduction d’un point de contact national dans chaque État membre, dans le but de créer un registre unique pour les sites de vente en ligne, « apportera beaucoup », selon la commissaire.

100 % recyclable

Du côté de l’industrie des emballages, la compagnie DS Smith semble prête à tenir des engagements ambitieux. « 100 % recyclable, tout à fait », a assuré Isabel Rocher lorsqu’Euractiv l’a interrogée sur la vraisemblance de cette promesse.

« Notre décision est prise », conclut-elle. « Il faut que nous le fassions, car c’est le monde que nous passons aux futures générations. Ça prendra du temps, mais nous devons commencer maintenant. »

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