L’exécutif européen veut se débarasser des plastiques à usage unique

Karmenu Vella [EURACTIV]

La Commission européenne veut évincer les plastiques à usage unique. L’industrie et la société civile ne sont pas d’accord sur l’objectif principal que devrait poursuivre cette stratégie très attendue.

Une proposition législative sur les plastiques à usage unique, dans le cadre de la stratégie européenne sur les plastiques, est en cours d’élaboration et devrait être dévoilée en mai, a confirmé le commissaire à l’environnement, Karmenu Vella.

Lors de la présentation de la stratégie, en janvier, Frans Timmermans, vice-président de la Commission, avait promis que le projet serait proposé avant l’été. Il a également rejeté les critiques du ministre britannique de l’Environnement, Michael Gove, qui avait accusé l’UE d’empêcher Westminster de légiférer sur certaines questions écologiques, la semaine dernière.

Dans un tweet, le commissaire a assuré que Bruxelles était en avance sur le Royaume-Uni en ce qui concerne l’interdiction de produits comme les pailles en plastiques.

Lors d’un événement organisé par Euractiv à ce sujet, Karmenu Vella a pour sa part indiqué que la Commission se félicitait toujours de la présentation de sa stratégie, assurant que « la réaction de la société civile a été extrêmement positive ».

Les détails de la proposition sur les plastiques à usage unique sont encore en cours d’élaboration, mais le commissaire a fait allusion à des produits comme les bouteilles, couverts, gobelets et couvercles. Il a aussi appelé les autres institutions à suivre l’exemple de la Commission et à supprimer les gobelets à usage unique.

Heidi Hautala, vice-présidente du Parlement européen (Verts/ALE), également présente à l’événement, a indiqué que les eurodéputés se penchaient sur la suppression des bouteilles en plastiques, mais que de nombreuses commissions et délégations avaient déjà décidé de limiter leur utilisation.

La Finlandaise s’est également félicitée de la stratégie présentée par la Commission, estimant que la réception favorable du projet était « inédite » et que le Parlement tenterait d’encore améliorer toutes les propositions qui en découleront.

La Commission se dote d’une stratégie sur le plastique

La Commission européenne a présenté une stratégie sur le plastique très attendue, afin d’établir une approche commune à la production et à la pollution au plastique pour les années à venir.

Les citoyens à la barre

Les questions environnementales se révèlent être l’un des principaux domaines dans lesquels les citoyens peuvent directement influencer la politique européenne. Une consultation vient ainsi de se terminer sur les plastiques à usage unique, et les règles sur l’eau potable ont été adaptées suite à une initiative citoyenne.

Bruxelles s'attaque au défi de la qualité de l'eau

En améliorant la qualité de l’eau ainsi que son accès, la Commission européenne espère réduire drastiquement le recours aux bouteilles en plastiques.

Les producteurs et les parties prenantes ont également une influence sur les efforts de l’UE dans le secteur. Karmenu Vella a ainsi admis que la stratégie avait été « conçue en faisant attention à eux, parce que ce sont eux qui vont mettre en œuvre la plus grande partie de la stratégie ».

La Commission a choisi de commencer par s’appuyer sur des engagements volontaires de la part de l’industrie, qui peuvent être présentés jusqu’au 30 juin.

Mais industriels et société civile sont largement divisés sur la question de savoir si l’accent doit être mis sur la réduction de la production de plastique, ou l’accroissement des efforts de recyclage, et si les engagements volontaires ou les objectifs contraignants sont la voie à suivre à plus long terme.

Le vice-président de la Fédération de la gestion des déchets (FEAD), Cesare Spreafico, estime par exemple que « l’identification des flux de recyclage à long terme est essentielle ».

Une opinion partagée par Leonora Garcia, de l’association professionnelle PlasticsEurope, qui prévient que les investissements dans le recyclage sont retardés par un manque d’approvisionnement.

Les ONG voient cependant les choses différemment. Ariadna Rodrigo, de Rethink Plastic Alliance, est « sceptique » quant aux engagements volontaires et estime que des objectifs contraignants auraient plus d’impact. L’ampleur de la pollution au plastique signifie pour elle que « la prévention est désormais essentielle ».

Au-delà des bouteilles

Quand on parle de déchets marins et de matériaux non recyclés, ce sont souvent les bouteilles en plastique qui sont épinglées. La stratégie européenne va cependant plus loin, son principal objectif étant de rendre tous les emballages en plastique réutilisables ou recyclables d’ici 2030.

Karmenu Vella a également souligné que les nouveaux objectifs de gestion des déchets convenus avec les États membres comprennaient un objectif de recyclage de 55 % pour les emballages en plastique d’ici 2030. L’accord signé le 23 février par les représentants des États comprend ainsi des propositions sur la mise en décharge et les emballages de déchets. Le Parlement doit à présent s’exprimer sur le texte.

Heidi Hautala trouve par ailleurs intéressante la suggestion du responsable du budget de l’UE, Günther Oettinger, d’introduire une taxe sur le plastique qui contribuerait aux objectifs environnementaux et aux fonds de l’Union après Brexit. Bien que cette idée ne figure pas officiellement dans la stratégie, les représentants européens, y compris Karmenu Vella et Jyrki Katainen, ont reconnu qu’elle restait une option.

Karmenu Vella: «une taxe sur le plastique pourrait servir les objectifs environnementaux»

Alors que la Commission européenne esquisse sa vision pour l’avenir de la pollution et de la production du plastique, le commissaire européen en charge de l’environnement, Karmenu Vella, explique comment les développements en Chine, en Afrique et en Europe ont façonné sa feuille de route sur le plastique.

 

L’eurodéputée souligne cependant que la fiscalité est « l’un des plus grands échecs » de l’UE, car elle reste du ressort exclusif des États membres. Une promotion réussie des taxes et redevances sur les sacs en plastique pourrait donc être un modèle à suivre.

Ariadna Rodrigo, de Rethink Plastic, est quant à elle favorable à l’ouverture de magasins sans aucun emballage, et insiste sur le fait que les start-ups et les PME pourraient prospérer dans ce domaine, à condition de recevoir des incitatifs efficaces.

Un supermarché d’Amsterdam est récemment devenu le premier à offrir des allées totalement exemptes de plastique et le projet devrait bientôt étendre son idée à l’échelle nationale. Ces produits ne seront pas plus chers que leurs homologues emballés dans du plastique, et permettront de réduire drastiquement le volume de déchets.

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