L’AIE lance l’alerte sur les subventions aux hydrocarbures et le coût du nucléaire

Le poste de commande de démantèlement d'un réacteur à Marcoule, Gard © CEA

Dans le World Energy Outlook 2015, l’Agence internationale de l’énergie s’inquiète de la hausse de 80 % de la demande d’électricité d’ici 2040, mais aussi des subventions aux énergies fossiles et du coût du démantèlement du nucléaire.

L’Agence internationale de l’énergie a publié son pensum annuel, dans lequel elle s’inquiète de l’évolution de la consommation hydrocarbures, qui reste en hausse, tirée par la demande d’électricité qui pourrait grimper de 40 % d’ici 2040.

L’approvisionnement de la planète en charbon, pétrole et gaz n’est pas assuré indéfiniment contrairement à ce que peut faire croire la baisse des prix du pétrole, assure l’Agence crée par les pays de l’OCDE. Et plus grave, le recours à ces énergies a mis la planète sur une trajectoire de réchauffement à grande vitesse : l’AIE anticipe des températures de 3,6 ° supérieures à la normale si l’on ne change rien au rythme actuel de progression des émissions de gaz à effet de serre.

Et la première conséquence de l’état de stress potentiel qui affecte les ressources énergétiques concerne leur prix. L’Europe, dont la production propre d’hydrocarbures est appelée à baisser, risque de devoir payer l’énergie la plus chère du monde d’ici 2040, estime l’AIE.

Evolution du prix de l’énergie payée par le consommateur

Au-delà de la question des prix, l’AIE souligne les évolutions à attendre dans la géopolitique des hydrocarbures. Elle met ainsi en avant dans son rapport la production croissante de pétrole et de gaz en Afrique notamment.

>>Lire : L’Afrique subsaharienne produira plus de gaz que la Russie en 2040

Tous les producteurs de gaz naturel sont amenés à voir leur production croître d’ici 2040, selon les prévisions de l’Agence, à l’exception de l’Europe, où la tendance devrait être à la baisse.

Elan politique sur le climat ?

L’organisation souligne que plusieurs gouvernements se sont déjà engagés à réduire leurs émissions de CO2 avant la conférence de Paris Climat 2015, sans atteindre la cible d’une augmentation des températures limitée à + 2°. La hausse des émissions prévue de 20 % d’ici 2040 place le monde sur la voie d’une augmentation des températures de 3,6 ° sur le long terme. La décarbonisation du secteur énergétique de -25 % d’ici 2040 est la clé pour parvenir aux objectifs climatiques, estime l’organisation.

« L’engagement commun pris par les Etats-Unis et la Chine représente un pas de géant pour l’humanité, pour deux raisons », a déclaré Fatih Birol, chef économiste de l’AIE, en présentant son rapport à Londres. Premièrement parce que ces deux pays sont aujourd’hui responsables de 45% des émissions. Deuxièmement, parce que la décision d’hier entraîne un élan politique très nécessaire », a-t-il expliqué.

>>Lire : La question climatique s’impose entre la Chine et les Etats-Unis

Le démantèlement du nucléaire en question

Le rapport se penche également sur la mise à l’arrêt programmé de 200 réacteurs nucléaires dans les prochaines années. Selon les estimations de l’AIE, 200 réacteurs sur 434 actuellement en service dans le monde devraient être mis à l’arrêt dans les 25 prochaines années. L’Agence s’inquiète pour la première fois  du coût de leur démantèlement, mais aussi de l’absence de solutions techniques à la gestion des déchets nucléaires.

« Nous n’avons toujours pas de solution permanente pour le niveau important de déchets nucléaires, a souligné M. Birol. Il y a des solutions provisoires mais la question clé de la manière dont nous allons disposer de ces déchets reste posée ». L’essentiel des centrales concernées sont en Europe; à ce jour, l’AIE estime le coût total de leur démantèlement à 100 milliards de dollars.

Evolution des capacités de production nucléaires d’ici 2040Contrairement à des prévisions plus pessimistes sur l’énergie issue de l’atome, l’AIE estime que la capacité de production du nucléaire continuera à progresser jusqu’à 2040. Selon le World Nuclear Industry Status Report, le nombre de réacteurs en activité est en déclin depuis l’accident de Fukushima : il est passé de 427 en juillet 2013 à 388 en juillet 2014.

L’AIE insiste néanmoins sur le fait que la mise en sommeil des capacités de production nucléaire frappera principalement l’UE d’ici 2040. La problématique des déchets est aussi largement une question avant tout européenne. Selon les estimations de l’Agence, l’UE aura à sa charge, en 2040, un quart des 705 tonnes de déchets nucléaires produits par la planète depuis 1971.

Les subventions aux énergies fossiles restent problématiques

C’est un cheval de bataille de l’AIE de longue date : les subventions aux énergies fossiles mobilisent quatre fois plus de fonds que l’aide consacrée aux renouvelables, soit 550 milliards de dollars par an.

Or le contexte du réchauffement climatique rend ces investissements peu efficaces, souligne l’Agence, qui plaide pour des investissements plus importants pour les renouvelables.

Investissements nécessaires pour limiter la hausse des températures d’ici 2040, selon l’AIE

 

Or selon l’AIE, le seul moyen de limiter le réchauffement climatique à +2° d’ici 2040 serait d’investir massivement dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. Soit  près de 1.000 milliards de dollars pour l’efficacité énergétique et environ 300 milliards pour les énergies renouvelables.

Réactions

 
Pour Thomas Becker, directeur général de  l'assocation européenne de l'énergie éolienne (EWEA), le rapport de l'AIE met en avant «le film d'horreur des subventions aux énergies fossiles. Il s'agit de technologies matures, qui ont bénéficié de subventions depuis presque un siècle et pourtant les gouvernements continuent de justifier leur existence sous prétexte de fournir une énergie bon marché pour les consommateurs».
 
Jérôme Ferrier, président de l'Union International du Gaz, «le développement du gaz de schiste et du gaz non conventionnel engendre des difficultés de perception de plus en plus grandes. Le secteur du gaz doit davantage travailler pour défendre sa cause et faire accepter le gaz plus largement au niveau public et social. Le secteur du gaz en déduit qu’il lui faut “l’autorisation d’exploiter».
 

Contexte

L'Agence internationale de l'énergie publie chaque année des prévisions de long terme sur le système énergétique mondial. Créée par les pays de l'OCDE au lendemain de la crise pétrolière des années 1970, «l'AIE n'a pas de position extrêmistes comme Greenpeace», comme l'a indiqué récemment Barack Obama. En revanche, l'AIE alerte depuis de nombreuses années des risques du changement climatique.

Subscribe to our newsletters

Subscribe