Le Sénat australien a décidé de renoncer à son mécanisme de taxe carbone. Connie Hedegaard, la commissaire au Climat, regrette cette décision.
La commissaire au Climat, Connie Hedegaard, a vivement réagi jeudi à l’annonce de l’abandon du plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre en Australie, votée jeudi au Sénat australien. C’est la première fois qu’un mécanisme de réduction des gaz à effet de serre en place est supprimé.
« L’UE regrette le retrait du mécanisme de taxe carbone en Australie qui intervient alors que de nouvelles initiatives pour donner un prix au carbone émergent un peu partout dans le monde » s’est alarmée la commissaire danoise.
Une taxe impopulaire
L’Australie, qui est l’un des plus gros émetteurs mondiaux de dioxyde de carbone (CO2) par habitant, prévoyait jusqu’à présent de mettre en place en 2015 un marché de droits d’émission de CO2, appelé à devenir le troisième du monde après celui en place en Europe et celui de Guangdong, en Chine. Ce marché devait théoriquement être directement lié au marché européen à partir de 2018, selon un accord établi en 2012.
Les entreprises étaient en attendant soumises à une taxe carbone, rapidement répercutée sur les prix à la consommation. Le concept même était rapidement devenu impopulaire. Le projet de lien entre les marchés du carbone européens et australiens et bien évidemment enterré, a souligné la Commission.
L’abolition de la « taxe carbone » était l’une des principales promesses du Premier ministre australien, Tony Abbott, lors de la campagne pour les élections de 2013.
L’homme politique, qui a un temps remis en cause la théorie du changement climatique, estimait que la taxe carbone était un handicap pour l’économie et les consommateurs d’un pays dont une grande partie de l’électricité reste produite par des centrales au charbon.
Responsabilité des groupes miniers
Le Sénat a adopté le projet par 39 voix contre 32 jeudi grâce au soutien du Palmer United Party (PUP), le mouvement politique du magnat des mines Clive Palmer, qui fait et défait les majorités à la chambre haute du Parlement. Les travaillistes et les verts ont combattu avec force le texte, qu’ils présentent comme une tache sur la réputation internationale de l’Australie.
« C’est un jour effroyable pour l’Australie lorsqu’un gouvernement, plutôt que de passer à l’offensive (…) est déterminé à se tourner vers le passé », a déclaré avant le vote Christine Milne, une sénatrice écologiste.
Le gouvernement Abbott prévoit de substituer à cette taxe un Fonds de réduction des émissions doté de 2,55 milliards de dollars, qui verserait des aides aux gros émetteurs réduisant leurs émissions. Mais le PUP s’oppose à ce projet, ce qui pourrait empêcher l’Australie de tenir ses engagements en matière de réduction des émissions.
Canberra a promis unilatéralement de réduire ses émissions globales de 5% d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000, un engagement particulièrement modeste.
« Si l’on revient sur le mécanisme de prix du CO2, on ne sait plus du tout clairement comment on pourra y arriver», a déclaré Bret Harper, directeur associé du cabinet de conseil spécialisé dans l’environnement Reputex.
Un autre dispositif, censé favoriser le développement des énergies renouvelables pour porter leur part dans la production d’électricité nationale à 20% d’ici 2020, n’est en revanche pas remis en cause, a dit Tony Abbott.
Incertitude sur le marché du carbone
Alors qu’en Europe, la pérennité du marché du carbone continue de faire débat, l’abandon d’un système visant à réguler les gaz à effet de serre est une première. « L’UE est convaincue que le fait de donner un prix au carbone est non seulement la solution la moins coûteuse pour réduire les émissions, mais aussi L’outil nécessaire pour entraîner le changement de paradigme dont le monde a besoin ».
Le marché du carbone européen souffre d’une surabondance de quotas, si bien que la Commission estime le surplus du marché du carbone à 2,1 milliards de tonnes.
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