L’UE revoit ses ambitions à la baisse pour le sommet de la Terre de Rio

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L'Europe est confrontée à des obstacles importants s'agissant d'atteindre deux de ses objectifs à la conférence sur le développement durable de Rio de Janeiro, a admis un haut fonctionnaire européen hier (24 avril). Selon lui, l'Europe demeurera tout de même un partenaire ambitieux.

Alors que les négociateurs à New York examinent des centaines de pages de suggestions pour la conférence à venir, le directeur général de la DG Environnement de la Commission européenne, Karl Falkenberg, a déclaré que l'UE s'était engagée à respecter ses objectifs, même si certaines de ses positions font l'objet d'une farouche opposition.

L'UE sera présente lors de la conférence de Rio de Janeiro en juin prochain, dans l'espoir de faire de l'économie verte fondée sur la croissance durable l'un de ses piliers. L'Union souhaite également accorder au programme des Nations unies pour l'environnement (et potentiellement à d'autres agences de l'ONU) davantage de pouvoir pour la supervision et l'application des traités.

M. Falkenberg a toutefois reconnu que la position de l'UE avait « soulevé des questions majeures » parmi les autres négociateurs.

La question de la croissance

Les dirigeants africains ont fait part de leurs inquiétudes quant aux efforts de l'Europe pour imposer des objectifs contraignants sur le développement durable. Ils craignent en effet que les pays riches ne mettent à mal l'économie des pays en développement. Les États-Unis seraient quant à eux opposés à l'idée d'élargir le rôle des agences de l'ONU.

« Nous devons démontrer que la feuille de route pour une économie verte n'est pas qu'un concept européen adapté à la réalité de l'Europe, mais qu'il s'agit en fait de la seule méthode durable pour aider les pays en développement à emprunter le chemin de la croissance et à sortir leur population de la pauvreté », a expliqué M. Falkenberg à l'intergroupe du Parlement européen sur le changement climatique, la biodiversité et le développement durable.

Certaines parties prenantes souhaitent en outre que l'UE parle d'une seule voix lors des négociations et qu'elle défende des traités qui obligeraient les pays à prendre des mesures pour la conservation et la croissance durable.

Avec le soutien de l'UE, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, exhortera par ailleurs les pays à s'engager à investir dans l'électricité renouvelable, afin de mettre un terme à la pauvreté énergétique en Afrique subsaharienne et dans d'autres régions en développement.

La réunion à Bruxelles s'est déroulée au deuxième jour des négociations à New York, où les représentants nationaux tentent de dresser une liste de recommandations qui sera présentée lors du 20e anniversaire de la Conférence de l'ONU sur le développement durable. Cette conférence se déroulera à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin prochains.

L'objectif est de rédiger une feuille de route de 70 pages pour l'avenir.

Des divergences majeures ont toutefois déjà émergé quant aux propositions de l'UE.

Le négociateur en chef du Brésil à Rio+20, André Corrêa do Lago, a déjà fait savoir que son pays ne serait pas favorable à une organisation mondiale pour l'environnement.

Il est en outre peu probable qu'en cette année électorale, le président Barack Obama soutienne cette initiative, étant donné que les républicains de l'opposition ont toujours refusé d'accorder plus de pouvoirs aux agences de l'ONU. L'année dernière, les républicains avaient même tenté de bloquer des fonds destinés à l'organisme scientifique de l'ONU pour le changement climatique. Les États-Unis contribuent au budget de l'ONU à hauteur de 22  %.

Des enjeux au-delà de l'environnement

Antonio Vigilante, le directeur de l'antenne bruxelloise du programme de l'ONU pour le développement, a déclaré à l'intergroupe qu'un échec à Rio aurait des conséquences dévastatrices sur les populations défavorisées.

« Rio n'est pas une conférence sur l'environnement pour sauver la nature. Il s'agit de sauver des êtres humains. C'est une conférence qui doit combiner les deux plus grands défis de notre époque : l'équité et le développement durable. Ces deux éléments sont indissociables », a expliqué M. Vigilante.

L'ONU estime que la population mondiale devrait passer de 7 à 9 milliards d'ici 2050. Les contraintes liées à la production alimentaire, à l'eau, à l'énergie et aux ressources naturelles sont de plus en plus préoccupantes.

Dick Toet, vice-président des affaires européennes extérieures chez Unilever, une entreprise de produits alimentaires et de consommation, a déclaré que des actions politiques et des initiatives commerciales devaient être mises en place pour relever les défis de demain. Il a fait savoir à l'intergroupe du Parlement que son entreprise avait réformé son modèle économique, afin de se concentrer sur la production et la croissance durable.

« Nous pensons que Rio+20 offre une bonne opportunité d'établir des partenariats public-privé », a-t-il expliqué. « Nous souhaitons voir émerger de la conférence un cadre politique public en faveur d'une économie verte. »

M. Falkenberg, dont la position reflète celle de la Commission, du Parlement, des dirigeants régionaux et du Conseil des ministres de l'environnement, a affirmé que l'UE serait un « partenaire ambitieux » à Rio quelle que soit l'opposition qu'elle pourrait y rencontrer.

« Nous sommes convaincus que nous devons faire preuve d'ambition pour Rio+20. Il ne suffit pas d'admettre qu'il existe un réel problème et que nous devons commencer à y réfléchir. » Il a appelé à l'élaboration d'objectifs visant à réduire notre impact sur l'eau, les océans, les sols et les autres ressources.

Contexte

La conférence de l'ONU sur le développement durable (ou conférence Rio+20) aura lieu vingt ans après la conférence internationale historique qui s'était déjà déroulée à Rio de Janeiro.

Intitulée « sommet de la Terre », la conférence de 1992 avait donné lieu à un plan d'action (Action 21) et à une déclaration faisant état des principes sous-jacents du développement durable.

Dix ans plus tard à Johannesburg, il a été reconnu que des changements fondamentaux dans la manière de produire et de consommer des sociétés seraient nécessaires pour atteindre les objectifs mondiaux de développement durable. Tous les gouvernements ont été invités à promouvoir une consommation et une production durables et un plan visant à renforcer la mise en oeuvre d'Action 21 a été adopté.

Organisé au Brésil, le sommet de 2012 tentera d’assurer un engagement renouvelé en faveur du développement durable et d'évaluer les progrès accomplis au cours des 20 dernières années.

Prochaines étapes

  • 23 avril- 4 mai : réunion des négociateurs internationaux à New York pour discuter des idées proposées en vue de la conférence Rio+20.
  • 13-15 juin : négociations finales pour le programme de Rio+20.
  • 20-22 juin : conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro au Brésil.

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