L’uranium pourrait faire basculer la majorité au Groenland

Greenland

Groenland [Shutterstock]

L’uranium occupe une bonne place dans le débat politique groenlandais, à un peu plus de 10 jours des élections législatives. Après 25 ans d’interdiction, le gouvernement social-démocrate de droite actuellement au pouvoir a voté l’exploitation minière de l’uranium l’année dernière. Un choix que rejette le parti d’opposition en passe de gagner les élections. 

L’uranium s’invite de nouveau dans la sphère publique groenlandaise à quelques jours de la tenue des élections législatives le 28 novembre. Ce métal lourd, toxique et radioactif, affecte les reins, le cerveau, le foie ou encore le cœur et est, entre autres, exploité par les centrales nucléaires.

Selon le premier ministre groenlandais, Aleqa Hammond, l’exploitation minière et pétrolière dégagerait des profits considérables à l’heure où l’économie nationale, étroitement liée à la pêche et au tourisme, stagne. Le minerai pourrait à terme permettre d’assurer l’indépendance de son pays vis-à-vis du Danemark. La nation arctique, seulement peuplée de 57 000 citoyens, est en effet actuellement fortement tributaire des subventions versées par Copenhague chaque année, qui s’élèvent à 3,4 milliards de couronnes, soit 457 millions d’euros.

>> Lire : Les ressources naturelles du Groenland ne suffiraient pas à son autonomie

Une décision gouvernementale controversée

En octobre 2013, le gouvernement groenlandais avait voté en faveur de l’exploitation minière du minerai radioactif. La question avait été âprement disputée à l’époque et le vote acquis à 15 voix contre 14. Mais après les révélations faites sur l’utilisation de l’argent public dans des vols privés et des nuits d’hôtel par le premier ministre, celui-ci a été suspendu de ses fonctions après seulement 18 mois au pouvoir. Et la question de l’uranium est revenue sur le devant de la scène.

Ancienne colonie danoise, le Groenland est devenu autonome en 1979. Trente ans plus tard, le pays a opté pour l’autodétermination et assume depuis lors la responsabilité des affaires judiciaires, de la police et de la gestion des ressources naturelles. Le gouvernement danois est cependant toujours en charge des affaires étrangères, de la politique financière et de la sécurité du pays arctique.

Volte-face

Mais les législatives qui se tiendront le 28 novembre prochain pourraient mettre à la tête du Groenland le parti d’opposition de gauche, l’Inuit Atagatigiit (IA), qui est donné gagnant par les sondages. L’IA veut la tenue d’un référendum sur l’exploitation de l’uranium.

« Bien sûr, c’est un thème clé de la campagne législative. Nous sommes un parti qui dit non à l’uranium, et c’est une question qui divise la population », explique Naaja Nathanielsen, porte-parole de l’IA sur les questions financières, au journal danois Politiken.

Le parti social-démocrate d’Aleqa Hammond, Siumut, minimise maintenant l’importance de l’exploitation minière de l’uranium pour le Groenland, et par la même le projet de devenir indépendant.

« La tâche la plus importante pour nous est de faire en sorte que le Groenland devienne une économie durable. Il n’est pas important de savoir si c’est cette génération ou la prochaine qui connaîtra l’indépendance », confie Kenneth Rasmussen, député de Siumut, au plus grand journal groenlandais Sermitsiaq.

La Chine sur le pied de guerre

Ce basculement à l’égard de l’exploitation de l’uranium au Groenland arrive également à un moment où la London Mining, une société minière britannique soutenue par les sidérurgistes chinois et le plus grand investisseur au Groenland, connaît de sérieuses difficultés financières et, selon certains analystes, devra être bientôt mise en faillite si aucune entreprise partenaire stratégique n’est trouvée.

London Mining comptait investir 1,7 milliard d’euros dans une mine de fer proche de Nuuk, la petite capitale du pays. Quelque 2 300 travailleurs chinois devaient travailler dans cette mine qui aurait fourni en fer l’Empire du Milieu.

Même si certains experts affirment qu’il existe de vastes réserves de pétrole au large des côtes de l’est groenlandais, le gouvernement groenlandais n’a reçu aucune demande d’entreprises en vue de mener des activités de forage depuis plus d’une année.

Un rapprochement avec l’UE

Dans une récente lettre d’opinion, le député français André Gattolin et l’expert de l’Arctique Damien Degeorges considèrent que les difficultés financières que connaît le Groenland pourraient le pousser à resserrer ses liens avec l’UE. À leurs yeux, « un engagement financier renforcé de l’Union européenne au Groenland, à l’heure où des puissances majeures, telles que la Chine, font montre d’une approche pragmatique et d’un fort intérêt pour l’île arctique, serait plus que bienvenu en vue de garantir une économie groenlandaise saine sur le long terme ».

Le Groenland a rejoint le marché commun européen avec le Danemark en 1972, mais a quitté la Communauté économique européenne (CEE) en 1985 en raison d’un différend sur la réglementation de la pêche et d’une interdiction sur la commercialisation des peaux de phoque.

Apaisement avec Copenhague

Les débats sur la question du forage au Groenland a écorné les relations entre le Danemark et le Groenland, qui étaient bonnes jusqu’alors. Le gouvernement danois s’est en effet opposé au forage pétrolier et à l’extraction d’uranium pour des raisons environnementales. Selon Copenhague, ces activités pourraient menacer l’écosystème de la région arctique jusque-là préservé. Aussi, le Danemark craint qu’une exploitation de grande envergure de l’uranium puisse modifier la position des deux pays sur la scène internationale.

Alors que les relations se tendaient entre le premier ministre groenlandais et la première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, celle-ci avait mis en place un comité secret pour clarifier les conséquences que pourrait avoir l’exportation d’uranium du Groenland dans les relations internationales.

Dans un premier temps, le gouvernement danois avait déclaré que le Groenland n’avait pas la compétence d’exploiter ce minerai, étant donné que l’uranium fait partie du domaine de la politique étrangère et de sécurité. Mais à la suite d’un rapport d’expertise, le gouvernement danois a fait volte-face, et a assuré qu’il ne s’opposerait plus aux souhaits groenlandais.

>> Lire : Le Danemark ouvre la voie à l’extraction d’uranium au Groenland

Hypocrisie danoise

Une position « hypocrite » selon certaines ONG, dont Greenpeace. Mads Flarup Christensen, le secrétaire général de Greenpeace Nordic, trouve en effet étrange alors que le Danemark a toujours été contre le retraitement des déchets nucléaires, qu’il a lutté pour la fermeture de Barsebäck [une centrale nucléaire suédoise proche de Copenhague] et a dépensé beaucoup d’argent pour que des réacteurs en Europe centrale et orientale soient fermés, qu’il donne maintenant son aval pour l’extraction de l’uranium au Groenland.

Claus Hjort Frederiksen, qui représente le parti libéral au Danemark, rappelle que ces dernières années, le Groenland avait adopté une « rhétorique très agressive » envers le Danemark, qu’il a abandonné depuis lors.

« Le ton n’était pas constructif, et a bloqué toute solution commune pour répondre aux enjeux auxquels le Groenland est confronté. Il est bon de voir qu’il y a plus de réalisme maintenant dans le débat groenlandais », conclut le libéral. 

Environ 57 000 habitants vivent au Groenland, ce qui en fait le territoire le moins densément peuplé du monde. L'île ne compte que 44 décideurs politiques (des ministres, des députés et des maires).

Bien que le Groenland ait obtenu l'autonomie territoriale en 1979, le gouvernement danois reste en charge des affaires étrangères, de la défense, des forces de police et de la justice, ainsi que de la politique financière. Le Danemark alloue 3,4 milliards de couronnes (457 millions d'euros) à l'île chaque année.

Le Groenland a rejoint le marché commun européen avec le Danemark en 1972, mais a quitté la Communauté économique européenne (CEE) en 1985 en raison d'un différend sur la réglementation de la pêche et d'une interdiction sur la commercialisation des peaux de phoque. 

  • 28 novembre 2014 : élections législatives au Groenland
  • Fin 2014 : éventuel accord sur l’extraction d’uranium entre le Groenland et le Danemark 

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