La course aux minéraux au Groenland pourrait mener à son indépendance

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Courtisé par les multinationales et les chefs d'Etat étrangers pour ses minéraux rares et ses ressources pétrolières potentielles, le Groenland pourrait devenir indépendant du Danemark et rejoindre l'Union européenne en tant qu'Etat libre, selon un expert de l'Arctique.

 

Le premier ministre du Groenland, Kuupik Kleist, boxe au-dessus de sa catégorie en matière de politique extérieure.

 

Bien qu'il ne représente qu'une île de 57 000 habitants, au cours des deux derniers mois, il a rencontré la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et des représentants du gouvernement chinois.

 

Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark. Bien qu'il ait obtenu l'autonomie territoriale en 1979, le gouvernement danois reste en charge des affaires étrangères, de la défense, des forces de police et de la justice, ainsi que de la politique financière.

 

Le Danemark alloue également 3,4 milliards de couronnes (457 millions d'euros) à l'île chaque année.

 

Outre l'intérêt qu'il suscite auprès des spécialistes du climat, le Groenland regorge de trésors : des ressources naturelles, des matières premières, voire du pétrole. Dans un siècle, lorsque les ressources naturelles se raréfieront, ce territoire froid de l'Arctique risque de faire l'objet de toutes les convoitises.

 

« Je pense que cela ouvrira de nombreuses portes à ce pays », a déclaré Nukaaka Fleischer Hansen, une jeune Groenlandaise qui travaille au ministère de l'industrie et des ressources minérales.

 

« Le monde extérieur ne connaît pas vraiment le Groenland. J'ai étudié en Norvège et de nombreux Norvégiens ne connaissaient rien du Groenland, ce qui m'a attristée. C'est un pays magnifique et il offre de nombreuses opportunités », a-t-elle expliqué.

 

Le Groenland possède des mines qui contiennent des diamants, de l'or, du cuivre, du platine, de l'uranium, de l'aluminium et du titane, ainsi que des éléments de terres rares utilisés dans la fabrication d'appareils de pointe. L'exploration de ces mines n'est pas encore très avancée et de nouvelles mines pourraient être découvertes.

 

Licence pour forer

 

Environ 30 entreprises d'exploration minière (pour la plupart étrangères) opèrent au Groenland en ce moment. NunaMinerals est une entreprise locale qui exerce ses activités dans le pays depuis 1999.

 

« Les entreprises étrangères s'intéressent de plus en plus aux mines du Groenland. Il s'agit de l'une des dernières parties du monde qui n'a pas encore été réellement explorée. Beaucoup d'argent est dépensé pour son exploration en ce moment », a expliqué à EURACTIV Dan Bång, directeur financier chez NunaMinerals.

 

« C'est l'avenir du Groenland », a-t-il assuré.

 

NunaMinerals est impliquée dans cinq grands projets sur la côte, notamment un projet portant sur des diamants et mené en partenariat avec la société britannico-australienne Rio Tinto. Elle réalise d'autres projets d'exploration plus modestes également. Au total, elle dispose de 15-17 licences couvrant 10 000 kilomètres carrés.

 

Selon M. Bång, il reste difficile d'explorer les mines groenlandaises. Les différents projets prennent beaucoup de temps, dans la mesure où la saison durant laquelle les entreprises peuvent explorer est assez brève. La saison en question dure de mai-juin à septembre-octobre, mais tout dépend de la météo. Mais le pays est stable sur le plan politique, ce qui est un facteur important, a précisé M. Bång.

 

« Ce n'est pas comme en Afrique ou en Amérique du Sud où les soulèvements et les guerres posent problème et où l'Etat peut soudainement prendre possession des mines sans dédommager les entreprises. Pas de risque ici. »

 

Pour l'instant, ce sont surtout des entreprises chinoises, canadiennes et australiennes qui s'intéressent aux mines groenlandaises. Leurs propres mines sont vides et elles veulent trouver de nouveaux projets.

 

« Bien que le Groenland semble une contrée lointaine, les projets sont menés sur la côte et sont donc faciles d'accès. Le potentiel est assez énorme », a expliqué le directeur financier de NunaMinerals.

 

Les Chinois sont particulièrement intéressés par le fer et les éléments de terres rares, car ils peuvent être utilisés pour générer de l'énergie verte via des éoliennes ou des voitures hybrides, par exemple. Ces terres rares servent également à la fabrication d'ordinateurs, de téléphones portables et de batteries à grande capacité. La Chine veut occuper une place de leader dans le domaine de l'énergie et des technologies vertes. Même si elle domine le marché des terres rares pour le moment, elle deviendra une importatrice nette de ces éléments dans le futur.

 

Adhésion à l'UE ?

 

Damien Degeorges est un chercheur associé à l'université du Groenland et l'auteur de « The Role of Groenland in the Arctic ». Selon lui, une indépendance économique potentielle via l'exportation de ressources naturelles pourrait permettre au Groenland de se séparer du Danemark, même si d'autres facteurs devraient être pris en compte avant que l'île puisse devenir un Etat à part entière.

 

Sur papier, cela pourrait arriver demain, mais le Groenland n'est pas encore prêt. Une vingtaine ou une trentaine d'années seront encore nécessaires, mais tout dépendra des réserves d'argent dont il disposera à long terme, d'un  meilleur enseignement et d'un changement de mentalité des Groenlandais.

 

« Etant donnés ses atouts stratégiques, le Groenland devrait garantir son développement à long terme en évitant les conséquences de difficultés économiques potentielles. Peut-être devraient-ils adhérer à un organisme de coopération supranationale comme l'UE. Le Groenland disposerait ainsi d'un filet économique », a déclaré M. Degeorges à EURACTIV lors d'un entretien.

 

Cet expert de l'Arctique a ajouté que la génération née après 1985 était plus pragmatique et aurait sans doute moins de problèmes à rejoindre l'UE. Le Groenland a quitté la Communauté européenne en 1985 en raison d'un différend sur la réglementation de la pêche. A l'avenir, avec l'essor du secteur minier, les quotas de pêche ne seront plus qu'un problème mineur pour les Groenlandais.

 

Les Groenlandais ne devront toutefois pas avoir l'impression que l'UE leur dicte leur conduite.

 

« Il ne faudra pas que l'UE répète les mêmes erreurs ou malentendus. Je pense que l'UE a corrigé ses fautes et que les relations entre le Groenland et l'Union sont bonnes aujourd'hui », a assuré M. Degeorges.

 

« L'UE doit juste rester un bon partenaire constructif et pragmatique pour ne pas perturber le développement du Groenland », a-t-il ajouté.

 

M. Degeorges a en outre souligné que l'Islande jouerait un rôle important dans l'avenir du Groenland. Si l'Islande rejoint l'UE, la route du Groenland vers l'Union pourrait être encore plus courte. L'Islande a soumis sa demande d'adhésion en 2009 et est en plein coeur de ses négociations d'adhésion.

 

D'après M. Hansen, de plus en plus de Groenlandais espèrent que les découvertes minières mèneront à terme à l'indépendance totale de l'île vis-à-vis du Danemark. Ils n'auraient dès lors plus le Danemark « sur le dos ».

 

« Pour l'Islande [qui a obtenu son indépendance du Danemark en 1944], tout s'est bien passé pendant des années. Puis la crise a éclaté, mais je suppose qu'il faut en passer par là pour avancer », a expliqué M. Hansen.

 

Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark. Il s'agit de la plus grande île du monde et elle fait environ la moitié de la taille de l'UE.

 

Environ 57 000 habitants vivent au Groenland, ce qui en fait le territoire le moins densément peuplé du monde. L'île ne compte que 44 décideurs politiques (des ministres, des députés et des maires).

 

Bien qu'il ait obtenu l'autonomie territoriale en 1979, le gouvernement danois reste en charge des affaires étrangères, de la défense, des forces de police et de la justice, ainsi que de la politique financière.

Le Danemark alloue 3,4 milliards de couronnes (457 millions d'euros) à l'île chaque année.

 

Le Groenland a rejoint le marché commun européen avec le Danemark en 1972, mais a quitté la Communauté économique européenne (CEE) en 1985 en raison d'un différend sur la réglementation de la pêche et d'une interdiction sur la commercialisation des peaux de phoque.

 

  • Sept. 2012 : 10e Conférence des parlementaires de la région de l'Arctique en Islande.
  • Juin 2013 : élections législatives au Groenland.

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