La France a de la marge dans la réduction des pesticides

En France, l’usage des pesticides pourrait être réduit de 30%. [Mythja/Shutterstock]

En France, l’usage des pesticides pourrait être réduit de 30% sans affecter les rendements ou la rentabilité des exploitations, révèle une étude publiée lundi 27 février dans la revue Nature Plants. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Plus de trois quarts des exploitations françaises pourraient diminuer leur recours aux pesticides, sous condition d’une réorientation de leur pratique. Voilà qui mettra de l’ambiance dans les couloirs du Salon international de l’agriculture, qui a débuté samedi 25 février à Paris: selon une étude menée par l’unité mixte de recherche (UMR) Agroécologie de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) à Dijon, 77% des exploitations françaises pourraient nettement réduire l’usage des pesticides, sans perte financière.

Pour montrer cela, l’équipe de Nicolas Munier-Jolain a analysé 946 exploitations agricoles à leur entrée dans le réseau Dephy, évaluant la réduction d’usage des pesticides sur leur activité. Bilan: seules 6% d’entre elles verraient leur productivité (évaluée en gigajoules par hectare et par an) baisser. Lancé en 2009 dans le cadre du plan Écophyto, le réseau Dephy («Démonstration expérimentation production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires») comptait, fin 2016, 2 880 exploitations engagées dans une démarche volontaire de réduction des pesticides.

Il s’agit principalement de cultures industrielles à haute valeur ajoutée et recourant fortement aux pesticides, en particulier celles de pomme de terre et de betterave (nord de la France) et celles produisant de la semence de maïs (sud-ouest).

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Effet positif dans 39% des cas

Pour le reste, une réduction des pesticides n’aurait aucun effet significatif sur la productivité pour 55% des exploitations, et aurait même un effet positif pour 39% d’entre elles. En tenant compte aussi bien de la productivité que de la rentabilité (mesurée en euros par hectare et par an), 77% d’entre elles pourraient moins recourir à ces produits, sans retombée négative sur leur activité.

Par comparaison aux fermes voisines, les chercheurs estiment que, pour celles sur lesquelles une diminution des pesticides n’aurait pas d’impact, la quantité utilisée pourrait être abaissée de 42%. Soit 30% lorsque ce chiffre est étendu à l’ensemble des exploitations françaises. C’est pour les insecticides que cette évolution serait la plus aisée (baisse possible de 60%), suivis des fongicides (-47%) et des herbicides (-37%).

Écophyto n’y est pas

Pourtant, la tendance française n’est pas à la sobriété: à l’exception d’une petite baisse entre 2014 et 2015, l’usage des pesticides est même en hausse constante depuis le lancement du premier plan Écophyto, qui visait une baisse de 50% entre 2008 et 2018. Un échec qui a entraîné le lancement du plan Écophyto 2, qui prévoit une baisse de 25% d’ici 2020, puis de 50% d’ici 2025.

«Cette transition est faisable quasiment partout, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit simple: elle demande une nette réorganisation des pratiques», explique Nicolas Munier-Jolain au JDLE. Par exemple via des changements de variétés cultivées, une diversification et une rotation accrue des cultures, ou un désherbage mécanique.

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«Un vrai conseil orienté ‘système’»

Pour réduire l’usage des pesticides, Nicolas Munier-Jolain estime que «ce qui manque aux agriculteurs, c’est l’existence d’un vrai conseil orienté ‘système’. Mais aussi une adaptation des filières», qui devraient apprendre à travailler avec un plus grand nombre d’exploitations en polyculture, donc produisant individuellement moins que de grandes en monoculture.

Autre carence selon le chercheur, l’absence d’un label agroécologique, selon le même modèle que le label bio, afin de valoriser commercialement ces pratiques. «On peut expliquer au consommateur qu’il existe une troisième voie, vertueuse, entre le bio et l’agriculture industrielle. Nous n’y sommes pas encore, mais on commence à voir des frémissements», juge Nicolas Munier-Jolain.

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