La France met 3,5 milliards d’euros sur la table pour reconstruire son industrie

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François Hollande espère reconquérir 470.000 emplois en France en injectant 3,5 milliards dans 34 secteurs industriels innovants. Il demande à l'Europe de soutenir ce projet et appelle à plus de souplesse en matière de concurrence.

 

Le président François Hollande, et son ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg ont présenté jeudi un plan d'investissement dans le tissu industriel français, dont 34 secteurs ont été retenus. Des fabricants de tissus lumineux sertis d'iodes, de petits robots utilisés dans les services à la personne ou encore d'avions entièrement électriques se sont pressés sous les ors du Palais de l'Elysée face à un parterre compact de ministres, d'industriels, de banquiers etc.

Comme le montre la vidéo décalée présentant le sujet (voir ci-dessus), le président socialiste a commencé par s'inscrire avec humour dans les pas du général de Gaulle, instigateur majeur de la politique industrielle française du 20e siècle (notamment du nucléaire, de la fusée Ariane ou du TGV).

Une dépense de 3,5 milliards d'euros

La France prépare ces jours-ci son projet de loi de finances pour 2014, qui sera un budget d'économie : 18 milliards d'euros en moins par rapport à l'année précédente.

Le plan de relance de 3,5 milliards d'euros annoncé hier peut donc surprendre. Il s'inscrit toutefois dans un projet de longue haleine, essentiel selon le président qui a défendu l'urgence d'adopter une « stratégie offensive » pour l'industrie française, en liant le sujet à la fois à la question de l'emploi et à une certaine idée de la France.

750.000 emplois ont été détruits sur les 10 dernières années par le déclin industriel. Avec ce plan, nous souhaitons en recréer, 470.000 » a précisé Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, connu pour ses positions chauvines.

François Hollande a de son côté défendu le terme de politique industrielle, estimant qu'il n'avait rien de « choquant », et que « l'Allemagne, le Royaume-Uni et les principaux émergents se dotent d'une stratégie industrielle » sérieuse.

Une stratégie officiellement chauvine

Le plan de relance français s'affiche avant tout hexagonal.

L'orientation des investissements prend en compte les qualités propres au tissu industriel français. Ainsi sous la bannière « transition écologique » apparaît la voiture consommant moins de 2 litres aux 100 km (alors que la France fabrique surtout de petites voitures plutôt économes en essence). Mais aussi le TGV du futur et le textile innovant. Les autres priorités sectorielles mentionnées par le chef de l'État, soit l'économie du vivant et les nouvelles technologies, rassemblent aussi des secteurs de production bien français : l'agroalimentaire, la biotech et le numérique. Là encore, le chef de l'État a souligné l'importance « d'assurer notre souveraineté numérique » à l'heure où les trois quarts des ordinateurs sont nord-américains, a-t-il souligné. Il a aussi souligné le retard de la France par rapport à l'Allemagne en matière de robotique industrielle : la France en a 35.000 aujourd'hui, contre 150.000 de l'autre côté du Rhin.

« La qualité n'est pas qu'allemande, la technologie que japonaise, l'innovation qu'américaine et la compétitivité que chinoise : la troisième révolution industrielle se produira aussi en France » a assuré le dirigeant.

L'Europe appellée à la rescousse

François Hollande a toutefois appelé l'Europe à la soutenir. Notamment en rappelant qu'il fallait « repenser l'encadrement européen des aides d'État, et promouvoir une politique de la concurrence qui facilite les rapprochements entre entreprises pour faciliter l'émergence de champions européens.

Le président a aussi appelé de ses voeux "une politique commerciale digne de ce nom". La France n'est pas le pays le plus favorable à un accord transatlantique avec les Etats-Unis, et soutient des positions défensives sur les questions culturelles et alimentaires notamment.

"Cette initiative du gouvernement autour de 34 filières d'avenir doit être très positivement saluée", déclare le président de l'organisation patronale, Pierre Gattaz, dans un communiqué. "Pour autant, cette ambition restera lettre morte si les conditions fiscales, sociales et réglementaires dans notre pays ne sont pas améliorées dans les semaines qui viennent."
"Il est urgent de baisser les charges pesant sur les entreprises et le coût du travail, de simplifier notre réglementation, de libérer nos entreprises", poursuit-il.

Après une politique d'investissements très active jusqu'à la fin des années 80 dans son industrie, la France a progressivement perdu du terrain en matière industrielle. Selon le cabinet MacKinsey, ce déclin s'est accéléré sur les 10 dernières années, avec une perte nette de 750.000 emplois.

Le projet de réindustrialisation de François Hollande s'inscrit dans la lignée des grands investissements des Trente Glorieuses, sans en avoir la taille. Pour l'heure, le plan d'investissement se borne à 3,5 milliards d'euros, répartis sur 34 secteurs industriels de points dans le secteur de la transition écologique, le vivant et les nouvelles technologies.

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