La France précurseure de la fin des pesticides dans les jardins

L'utilisation des pesticides est interdite en France dans les espaces verts publics. [Kiev.Victor / Shutterstock.com]

Une proposition de résolution européenne déposée au Sénat espère interdire les usages non agricoles des pesticides au sein de l’Union européenne, comme c’est déjà le cas en France.

« On a réussi à le faire en France, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas le généraliser au reste de l’Europe ! ». Pour le sénateur écologiste Joël Labbé, supprimer les pesticide au jardin relève du bon sens.

À l’occasion d‘une conférence de presse le mardi 28 mars, l’auteur de la loi sur l’utilisation des produits phytosanitaires en France a annoncé le dépôt d’une résolution européenne visant à interdire les usages non agricoles des pesticides en Europe.

La France a de la marge dans la réduction des pesticides

En France, l’usage des pesticides pourrait être réduit de 30% sans affecter les rendements ou la rentabilité des exploitations, révèle une étude publiée lundi 27 février dans la revue Nature Plants. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

La résolution non contraignante appelle l’UE  à étudier la possibilité d’interdire  les pesticides par les collectivités européennes ainsi que la vente aux particuliers, et «invite le gouvernement français à agir en  ce sens auprès des institutions européennes ».

Le pas a déjà été franchi en France avec la loi Labbé  de février 2014. Ce texte, entré en application depuis le 1er janvier 2017, interdit à l’État, aux collectivités territoriales françaises ainsi qu’aux établissements publics d’utiliser des pesticides pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou de la voirie. Seules quelques exceptions sont prévues par la loi, telles que l’entretien des cimetières et des terrains de sport.

Réduction des pesticides

Autre disposition, la vente des produits phytosanitaires pour les jardiniers amateurs doit également être interdite à compter du 1er janvier 2019. Les collectivités ainsi que les particuliers représentent environ 10 % de l’utilisation des produits phytosanitaires en France, l’immense majorité  étant toujours représenté par l’agriculture.

« La France est très clairement en pointe sur le sujet de la réduction des pesticides, même si d’autres pays européens ont également commencé à agir », a affirmé Sophie Bordères de Génération Future.

Parmi les territoires ayant entamé le virage du « zéro phyto » figurent la Belgique, le Luxembourg ou encore les Pays-Bas. « La Wallonie, par exemple, est passée au zéro phyto en 2015, avec quelques exceptions maintenues jusqu’en 2019 », détaille Sophie Bordères.

>> Lire : La moitié des aliments en UE contiennent des traces de pesticides

Au niveau européen, les 28 États membres sont déjà  tenus de mettre en place des plans d’action nationaux pour réduire l’utilisation des pesticides. « Mais en réalité la France est un des seuls pays à avoir véritablement mis en œuvre ce plan avec Ecophytho », explique  Sophie Bordères.

Ce plan, mis en œuvre dans la foulée du Grenelle de l’environnement entre 2008 et 2014 vise à réduire progressivement l’utilisation des pesticides en France, dont le pays était le premier consommateur en Europe, devant l’Espagne.

Pour l’heure, l’utilisation des produits phytosanitaire a plutôt augmenté dans l’Hexagone depuis 2008, ont pointé les résultats diffusés en 2016 par le ministère de l’Agriculture. Notamment au niveau agricole, où la hausse de l’utilisation des pesticides a atteint  9,4% entre 2013 et 2014.  « Cependant,  en 2015-2016, l’utilisation des pesticides dans les zones non agricoles a diminué de 14%. C’est peut-être pour l’instant la seule véritable réussite du plan Ecophyto », précise Sophie Bordères.

Prise de conscience

« Il existe une réelle prise de conscience en France de l’impact des produits phytosanitaires sur la santé et de la dégradation de l’environnement. »  a affirmé Joël Labbé.  «Maintenant, le texte doit être examiné en commission et nous serons fixés dans deux mois, au plus tard » a expliqué  le sénateur du Morbihan.

Au niveau européen, la question des pesticides est particulièrement sensible. Le 15 mars, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé que les preuves scientifiques existantes ne permettaient pas de classer le glyphosate dans la catégorie des produits cancérigène, un des herbicides les plus utilisé en Europe, notamment via le Round Up de Monsanto.

L'innocuité du Roundup fait débat à Bruxelles

L’Agence européenne des produits chimiques assure que le glyphosate, un herbicide très controversé, ne pouvait pas être classé dans la catégorie des substances cancérigènes, au grand dam des associations de protection de l’environnement.

Une décision qui risque de peser lourd dans la décision de Bruxelles de renouveler ou non  l’autorisation de ce pesticide que nombre d’ONG et plusieurs États membres, dont la France, veulent voir interdire sur le marché unique.

Plus largement, le système d’homologation des pesticides en Europe a régulièrement été pointé du doigt pour son application insuffisante du principe de précaution, notamment par la médiatrice européenne.

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