La lutte contre le gaspillage alimentaire, un enjeu de taille en France et Europe

En France, 30 kilos de nourriture par an et par personne sont jetés à la poubelle, au détriment de l'environnement - et des portemonnaies. [Roman Samborskyi/Shutterstock]

En France, 10 millions de tonnes de produits alimentaires finissent à la poubelle chaque année. Alors que le climat et l’environnement sont aujourd’hui au cœur des préoccupations, que font la France et l’Union européenne pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

150 kilos de nourriture encore consommable sont gaspillés par habitant français chaque année – soit 10 millions de tonnes de produits, ou 16 milliards d’euros de valeur commerciale, selon les chiffres de l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Si les consommateurs jettent en moyenne 30 kilos de nourriture par an à la poubelle – dont 7 kilos encore emballés – une grande partie du gaspillage se joue déjà avant. 32 % des produits sont ainsi gaspillés pendant la phase de production, 21 % supplémentaires pendant la transformation et encore 14 % lors de la distribution. Sur les 33 % finalement générés en phase de consommation, aux gaspillages au foyer s’ajoutent aussi les pertes en restauration collective et commerciale.

Un enjeu de taille alors que la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique sont devenus d’importants combats politiques aux niveaux français et européen. « Ce gaspillage représente un prélèvement inutile de ressources naturelles, telles que les terres cultivables et l’eau, et des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées », rappelle le ministère de la Transition écologique : pas moins de 3 % de l’ensemble des émissions nationales seraient ainsi évitables.

Au niveau mondial, le gaspillage alimentaire émet « autant de gaz à effet de serre qu’un pays dont le niveau d’activité se situerait en 3e position juste après celui de la Chine et des États-Unis », avertit l’Ademe. Et il coûte cher : ce sont 159 euros par personne chaque année qui finissent, pour ainsi dire, à la poubelle.

Pour lutter contre ce problème, plusieurs pistes existent en France et en Europe.

En France, donner une « seconde chance » aux produits alimentaires

Au niveau français, la lutte contre le gaspillage alimentaire a commencé en 2016, avec l’adoption de la loi Garot qui interdit la destruction d’invendus alimentaires encore consommables : tous les magasins alimentaires de plus de 400 m2 sont depuis obligés de proposer une convention de don aux associations pour la distribution gratuite des invendus.

La loi anti-gaspillage adoptée en février 2020 a encore renforcé ce dispositif : désormais, la destruction d’aliments encore consommables peut être sanctionnée par une amende à hauteur de jusqu’à 0,1 % du chiffre d’affaires du supermarché en question.

Toutefois, le don d’aliments ne concerne que le gaspillage après-vente. Une alternative existe depuis 2018 : l’enseigne Nous anti-gaspi, qui vient d’ouvrir son 17e magasin en France au début du mois. Son approche : racheter directement aux fournisseurs les produits refusés par les grands supermarchés en raison de défauts physiques, d’emballages anciens ou d’une date de durabilité minimale trop proche – mais toujours propres à la consommation – pour ensuite les vendre dans l’une des épiceries du réseau.

En « donnant une seconde chance aux produits injustement rejetés », Nous anti-gaspi dit valoriser plus de 12 tonnes de produits par magasin et semaine. Les invendus encore consommables sont, ici aussi, redistribués aux associations locales.

Il n’en demeure que 53 % du gaspillage alimentaire se produit avant même la distribution et la consommation. Un problème auquel la France souhaite également s’attaquer : la loi anti-gaspillage vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire en France d’ici 2030 sur l’ensemble de la chaîne de production.

Réduire les déchets alimentaires, une ambition européenne

Un objectif qui reflète l’ambition européenne : dans une directive relative aux déchets de mai 2018, le Parlement et le Conseil européens appellent les États membres à « prendre des mesures pour promouvoir la prévention et la réduction de déchets alimentaires » en vue d’une réduction du gaspillage alimentaire de 30 % en 2025 et de 50 % d’ici 2030.

La stratégie de la ferme à la fourchette (Farm to Fork), projet phare pour une alimentation durable lancé par la Commission européenne en 2020, dans le cadre du Pacte vert, insiste également sur l’importance de réduire le gaspillage alimentaire. « S’attaquer à la perte et au gaspillage de produits alimentaires est l’une des clés pour atteindre la durabilité », selon la Commission qui dit notamment vouloir étudier le gaspillage à l’étape de la production pour trouver des mesures de prévention.

Autre mesure prévue dans la stratégie, une révision des règles européennes en matière d’affichage de la date de péremption. La distinction entre les indications « à consommer jusqu’au » (la date de consommation limite après laquelle un produit est jugé périmé et potentiellement dangereux à la consommation, par exemple des œufs ou des produits laitiers) et « à consommer à préférence avant » (la date de durabilité minimale après laquelle le produit peut perdre une partie de ses qualités mais reste consommable, par exemple du café ou des pâtisseries sèches) porterait trop souvent à la confusion. En conséquence, un trop grand nombre de produits finissent à la poubelle alors qu’ils seraient encore consommables.

Un problème auquel l’exécutif français compte également s’attaquer : selon le ministère de la Transition écologique, la loi anti-gaspillage prévoit que la date de durabilité minimale puisse être accompagnée d’une mention informant les consommateurs que le produit reste consommable après cette date.

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