La planète vit de plus en plus à crédit

Les humains consomment environ 1,5 fois ce que la Terre pourrait leur offrir par an (Credit: [Sunny studio]/Shutterstock)

Durant les huit premiers mois de 2014, l’humanité a épuisé l’intégralité des ressources naturelles que la planète est capable de renouveler chaque année. La France consomme environ 1,6 fois ce qu’elle est capable de produire en un an, contre 2,2 fois pour la Chine.

Le 19 août, la planète est entrée en déficit écologique. Les êtres humains ont consommé plus de ressources naturelles que ce que la planète produit en un an. C’est le constat que tire le groupe de réflexion Global Footprint Network dans ses estimations publiées chaque année.

Le Global Footprint Network calcule annuellement l’« earth overshoot day » (« le jour du dépassement »). Il s’agit de la date à laquelle l’empreinte écologique de l’humanité dépasse sa biocapacité, c’est-à-dire la capacité de la Terre à reconstituer ses ressources et à absorber les déchets comme le CO2.

La date du dépassement est calculé en divisant le montant des ressources écologiques que la Terre est capable de générer dans l’année, par la demande de l’humanité pour cette même année. Le résultat obtenu est ensuite multiplié par le nombre de jours par an. Depuis 2000, la planète dépasse son quota de ressources naturelles de plus en plus tôt selon les calculs du Global Footprint Network, passant du 1er octobre en 2000 au 19 août en 2014.

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Ainsi les calculs de l’organisation montrent que les humains consomment environ 1,5 fois ce que la Terre pourrait leur offrir par an. Certains pays sont carrément dans le rouge comme l’Arabie Saoudite qui consomme 12,3 fois trop de ressources naturelles. En Europe, l’Italie consomme 4,4 fois trop, la Suisse 4,3, l’Allemagne 2,5 et la France 1,6. De son côté, la Finlande s’en tire beaucoup mieux puisque le pays n’a pas encore épuisé toutes ses réserves.

Aujourd’hui, 86 % de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler, selon WWF.

Les émissions de CO2 au cœur du problème

Si les États sont trop gourmands, c’est en particulier parce qu’ils ne parviennent pas à réduire les émissions de CO2. Selon WWF, plus de 50 % de l’empreinte écologique de l’humanité est due aux émissions de gaz à effet de serre produites par l’homme. Le Dr Nicole Grunewald de l’université de Göttingen en Allemagne, rappelle que l’énergie pour le transport (voyages, trajets) et le logement (chauffage, électricité) est en effet le principal facteur de l’augmentation de l’empreinte énergétique des individus.

Selon le Dr Grunewald, l’empreinte carbone progresse régulièrement en Europe et en France. Après 2007, l’empreinte carbone de la France a diminué légèrement. Mais depuis 2009, elle augmente de nouveau pour atteindre 2,1 hectares globaux en 2010, c’est-à-dire les hectares ayant une capacité de production de ressources et d’absorption de déchets correspondant à la moyenne mondiale.

« Cela signifie que chaque personne en France émet tellement d’émission de CO2 qu’il faudrait 2,1 hectares de forêts avec une productivité moyenne mondiale pour chaque personne en France afin de capturer les émissions. Mais en France, seul 0,92 hectare global de biocapacité des forêts par habitant est disponible alors que la biocapacité des forêts diminue », explique l’universitaire.

Le renversement de la situation encore possible

D’après le Dr Nicole Grunewald, le protocole de Kyoto et le système européen d’échange de quotas d’émission ont un effet réducteur sur les émissions de CO2. « Cependant l’impact le plus important sur les émissions de CO2 vient des crises économiques du fait du déclin de l’activité économique », explique-t-elle.

« Il y a déjà des signes de surpêche, de déforestation, de déclin de la biodiversité, de changement climatique au travers du CO2 accumulé dans l’atmosphère et d’épuisement des sols. Tous ces signes vont s’aggraver si l’on ne réagit pas », explique l’universitaire. Mais elle estime que cette situation n’est pas irréversible. « Nous ne jugeons pas de combien chaque personne ou chaque État devrait réduire sa consommation de ressources. Il faut un effort conjoint ».

De même, selon WWF « de nombreuses solutions sont disponibles et permettent de s’attaquer au problème : passer massivement à l’énergie renouvelable, opter pour des régimes alimentaires moins riches en viande, viser une économie circulaire sur la base du recyclage et de la réutilisation, repenser l’urbanisme, la mobilité et la fiscalité, etc. »

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De son côté, la Commission européenne a plaidé en faveur d’une économie moins gourmande en énergie dans sa feuille de route de 2011 « Une Europe efficace dans l’utilisation des ressources ». Elle demande notamment l’introduction d’indicateurs et d’objectifs dans l’ensemble des États membres de l’UE.

Pour l’instant, aucune loi contraignante ne régit toutefois l’efficacité énergétique au niveau européen.

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L'utilisation efficace des ressources est l'une des sept initiatives phares de la stratégie Europe 2020 pour une croissance durable et l'emploi adoptée par les chefs d'État de l'UE en 2010.

Ce concept fait référence au découplage de la croissance économique de l'utilisation des ressources naturelles, qu'il s'agisse des matières premières, des denrées, de l'eau, de l'air ou des écosystèmes.

La Commission européenne a dévoilé sa Feuille de route pour une Europe efficace dans l'utilisation des ressources en septembre 2011 et a recommandé l'introduction d'indicateurs et d'objectifs d'efficacité en matière d'utilisation des ressources dans les États membres.

En janvier 2011, la Commission européenne a adopté un premier document d'orientation sur le sujet qui définit l'efficacité en termes d'utilisation des ressources comme le principe directeur des politiques de l'UE dans presque tous les secteurs économiques, dont l'énergie, les transports, le changement climatique, l'industrie, les marchandises, l'agriculture, la pêche, la biodiversité et le développement régional.

Octobre 2014 : publication du rapport Living Planet Report de la WWF sur l’état de la planète

Global Footprint Network

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