La question de l’alimentation peu présente dans la PAC

« Le système de gouvernance dont nous héritons n’est plus adapté aux besoins de la transition alimentaire aujourd’hui", Olivier De Schutter

Alors que la Commission doit dévoiler les grandes lignes de la prochaine politique agricole commune, Olivier De Schutter appelle l’UE à poser les bases d’une Politique alimentaire commune.

La dimension alimentaire n’est pas assez présente dans la Politique agricole commune de l’UE, toujours axée sur la production et non sur la consommation, a prévenu  Olivier De Schutter, co-président d’IPES-Food et ancien Rapporteur Spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.

« La transition vers des systèmes agricoles et alimentaires durables est fondamentale. Les changements au niveau de la production, de la transformation, de la distribution et de la consommation doivent avoir lieu en même temps et l’Europe doit donner l’impulsion et la direction. C’est pourquoi nous avons besoin d’une Politique alimentaire commune, » a expliqué Olivier De Schutter dans un entretien avec Euractiv qui s’est tenu en marge du Forum européen de l’alimentation et de l’agriculture.

« Tant que l’on demeure prisonnier de l’idée que les solutions sont d’ordre technique et que ce sont les incitations économiques qui sont décisives, on manque de voir que l’alimentation doit d’abord concerner le bien-être des personnes, mais aussi la lutte contre la désertification rurale, la lutte contre l’obésité, la préservation de la santé des sols, etc. », a-t-il poursuivi.

Le Forum européen de l’alimentation et de l’agriculture se tient les 29 et 30 mai à Bruxelles. Selon les organisateurs, il représente le point d’orgue de deux années de réflexion sur la construction de systèmes alimentaires durables en Europe, menées par le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) et qui a réuni une trentaine d’ONG, bureaux d’études et organisations paysannes.

Pendant les débats, les participants au forum ont rappelé les différents enjeux liés à l’alimentation durable : une ferme sur quatre a disparu du paysage européen entre 2003 et 2013 ; près d’un adulte européen sur cinq est obèse ; 30% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde sont imputables aux systèmes agricoles et alimentaires actuels, qui ont également entrainé une dégradation des sols et une perte de biodiversité qu’ils qualifient de sans précédent.

« Le système de gouvernance dont nous héritons n’est plus adapté aux besoins de la transition alimentaire aujourd’hui. Il était parfait pour faire ce que la PAC a fait depuis 1958, c’est-à-dire attirer les économies d’échelle, encourager la production de masse et la standardisation des gouts des consommateurs. Aujourd’hui, nous avons pris conscience des impacts de l’agriculture sur la santé, sur l’environnement, les impacts du commerce, de l’investissement sur la manière des produits et donc de consommer, il n’est plus possible de s’en tenir à cette approche, » a rappelé Olivier De Schutter.

Responsabilité de Jean-Claude Juncker

« Je suis quand même frappé de voir combien notre discours est extrêmement bien reçu auprès de la DG Envi et la DG santé par exemple, mais il n’est pas intégré dans les définitions politiques alimentaires. Parce que la PAC n’est pas une politique alimentaire, elle reste totalement centrée sur les questions de production. Viennent ensuite les questions sociales, de santé, d’environnement, commerciales, qui la complète en quelques sortes, » a observé Olivier De Schutter.

« Quand on voit l’énergie mise autour de la question du roaming dans l’Union européenne, c’est inouïe que l’on ait pas encore compris les attentes beaucoup plus importante en matière d’alimentation durable de la part des consommateurs », s’est-il étonné.

« Sur ce point, je trouve qu’il y a des responsabilités, non pas de Phil Hogan mais de Jean-Claude Juncker, pour aller vers quelque chose de beaucoup plus convaincant. Pour le moment, la réforme de la PAC joue un rôle d’aimant qui attire toutes les discussions nous disons justement que ce n’est pas une réforme de la PAC qui suffira à changer les choses », a insisté Olivier De Schutter.

Pour l’ancien Rapporteur Spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, c’est le cadrage même de la question qui est problématique.

« Ce cadrage devrait reconnaître l’interdépendance de ce que nous faisons, à tous les segments de la chaîne du producteur au consommateur final en incluant les fournisseurs d’intrants, les transformateurs, les distributeurs, etc. On n’arrivera pas à réformer le système alimentaire sans travailler de manière ainsi systémique ou holistique, » a-t-il précisé.

« Pour l’instant, il faut reconnaître que les différentes manières que nous avons d’intervenir dans différents maillons de la chaîne alimentaire ne sont pas du tout connecté les uns avec les autres. »

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