La réponse du secteur des biocarburants blâmé pour la hausse des prix des aliments

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Les producteurs européens de biocarburants répondent aux accusations selon lesquelles ils seraient responsables de la hausse des prix des produits alimentaires cet été. Ils remettent également en cause le fait que les cultures destinées à leur production représentent une menace pour l’offre alimentaire.

Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 6 % le mois dernier, notamment à cause de la sécheresse dévastatrice qui a touché les États-Unis et d'une hausse des prix du pétrole qui a rendu la production et la distribution plus coûteuses. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a indiqué que les prix du maïs avaient augmenté de 23 %, ceux du blé de 19 % et ceux du sucre de 12 % par rapport au moins de juin.

À la demande expresse de la France, les dirigeants du système d'information sur les marchés agricoles se sont réunis hier (27 août) pour envisager la possibilité de convoquer une réunion spéciale du Forum d'intervention rapide, un groupe mis sur pied l'année dernière par les pays du G20 dans le but d'améliorer la coordination entre les gouvernements ainsi qu'avec la Commission européenne.

De nombreux facteurs entrent en jeu

Mis à part la demande croissante en biocarburants en Europe et aux États-Unis, d'autres facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer la hausse des prix. C'est ce qu'affirme Rob Vierhout, le secrétaire général de l'association européenne de l'éthanol renouvelable (ePure). Il estime que la spéculation sur les matières premières, les déchets alimentaires et l'appétit grandissant des marchés émergents sont des facteurs plus significatifs.

« Il n'existe aucune preuve convaincante que les biocarburants sont structurellement responsables de la hausse des prix dans le secteur alimentaire », a expliqué M. Vierhout à EURACTIV. « Le problème de la [volatilité] se pose depuis des dizaines d'années, avant même le développement des biocarburants. »

Une interdiction d'exporter comme celle imposée par la Russie lorsqu'elle a été frappée par la sécheresse il y a deux ans « fait immédiatement grimper les prix », a assuré M. Vierhout. « Et il existe d'autres exemples. Nous constatons parfois des prix extrêmement volatiles pour le riz, alors qu'il n'est pas utilisé pour la production de biocarburants. »

M. Vierhout a accusé certaines organisations militantes et les journalistes d'avoir établi un lien entre les biocarburants et la hausse des prix de l'alimentaire. Il explique qu'il existe une autre version de cette histoire : la hausse des prix encourage les agriculteurs à être plus productifs et innovants dans l'utilisation de leurs récoltes. Le marché des biocarburants réduit également les déchets agricoles en transformant les résidus végétaux en carburant et en réduisant la capacité agricole excédentaire.

« Je n'ai rien lu à ce propos », a déploré M. Vierhout. « Les militants affirment que nous privons le marché de denrées alimentaires sans rien donner en retour. C'est tout simplement faux », a-t-il poursuivi.

La FAO et la Banque mondiale restent prudentes

Cette interprétation du secteur est pourtant loin de faire l'unanimité. Le mois dernier, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a appelé les États-Unis à suspendre son mandat de production de biocarburants afin de soulager la pression sur les cultures de maïs suite à la pire sécheresse que le pays ait connue en cinquante ans. Les éleveurs américains ont également appelé à la suspension de la politique des biocarburants par crainte d'une crise de l'approvisionnement en nourriture pour leur bétail.

Ces dernières années, la Banque mondiale s'est montrée de plus en plus prudente dans son soutien au développement des biocarburants, inquiète de la volatilité de l'offre en aliments et en nourriture pour le bétail. Un agroéconomiste de la Banque mondiale a avancé que les politiques européennes et américaines sur les biocarburants « ont été le premier facteur » de la hausse des prix de l’alimentaire en 2008.

« Sans ces hausses, les stocks de blé et de maïs n'auraient pas décliné sensiblement, les prix des oléagineux n'auraient pas triplé, et la hausse des prix due à d'autres facteurs comme les sécheresses aurait été modérée, a déclaré Donald Mitchell, économiste de la Banque mondiale à l'époque, dans un rapport sur les prix de l'alimentaire.

Les producteurs d'huiles à base de blé, de maïs, de betterave sucrière et de soja entre autres ont développé la première génération de biocarburants qui sont devenus controversés. Mais les autres produits comme l'huile de palme ou le jatropha sont également montrés du doigt par les défenseurs de l'environnement qui affirment que le défrichement, la production et la consommation d'eau qu'ils nécessitent (souvent dans les pays en développement) n'offrent que peu ou pas d'avantages pour l'environnement.

La Commission européenne affaiblie par des conflits internes sur ce sujet n'a pas encore réussi à aboutir à des lignes directrices pour régler le problème de l'impact des biocarburants sur l'utilisation des terres.

Pression sur l'UE et ses objectifs pour 2020

S'appuyant sur les retombées potentielles de cette production sur l'environnement et les denrées alimentaires, Oxfam et d'autres organisations de lutte contre la pauvreté ont appelé les décideurs politiques européens à revoir leur soutien aux biocarburants. Les militants craignent que la situation n'empire si le secteur de l'aviation respecte son engagement de faire passer à 30 % la part de biocarburants dans les carburants pour avions d'ici 2030.

Bettina Kretschmer de l'Institut pour une politique européenne de l’environnement a récemment rédigé rapport exhortant l'UE à revoir son objectif de 10 % d'énergie renouvelable dans les transports d'ici 2020, notamment à cause de l'impact des prix de l'alimentaire à long terme.

Mme Kretschmer a reconnu que les biocarburants ne feraient pas grimper les prix à eux seuls, mais qu'ils avaient clairement un impact. « Nous encourageons la révision et la modification de cet objectif », a-t-elle déclaré à propos des objectifs de l'UE à l'horizon 2020. Il faut selon elle se concentrer sur l'amélioration de l'efficacité automobile, les véhicules électriques et les biocarburants dérivés des déchets végétaux.

L'étude de l’IEEP élaborée pour le groupe de lutte contre la pauvreté ActionAid montre que cet impact atteint son plus haut niveau pour les oléagineux et les huiles végétales raffinées pour les biocarburants et son plus bas niveau pour le blé et le maïs utilisés pour produire de l'éthanol. Selon les prévisions de cette étude :

  • les prix des oléagineux devraient augmenter de 8 à 20 %, contre 5 à 36 % pour les prix des huiles végétales d'ici 2020. Ces huiles sont dérivées du colza et du soja ainsi que de plantes non alimentaires comme le jatropha.
  • les prix du blé devraient augmenter de 1 à 13 % contre 1 à 22 % pour le maïs. Ces céréales sont surtout utilisées pour produire de l'éthanol.
  • La canne à sucre et la betterave sucrière devraient quant à elles subir une augmentation de 1 à 21 % de leur prix au cours des huit prochaines années. Elles sont également utilisées pour produire de l'éthanol.

L'année dernière, le biodiesel représentait 72 % de la consommation de biocarburant au sein de l'UE et 74,4 % de la production en Europe, selon ce rapport. La demande en éthanol devrait augmenter dans l'UE et domine déjà le marché américain.

Le secrétaire général d’ePure, M. Vierhout, ne nie pas l'impact sur les prix d'une demande croissante en matières premières, aussi bien pour l'alimentation que pour les carburants. Il estime que de nombreux facteurs stimulent la demande, notamment la modification des comportements sociaux et la hausse des revenus dans les économies émergentes.

« Tout le monde sait que la demande en matières premières augmente. Bien sûr, les biocarburants en sont en partie la cause. Mais le vrai moteur de cette augmentation repose sur le fait que beaucoup de personnes en Asie changent leurs habitudes alimentaires et veulent toutes manger d'un coup », a affirmé M. Vierhout.

Rob Vierhout, le secrétaire général de l'association européenne pour l'éthanol renouvelable ePure, s'est exprimé sur la hausse des prix des produits alimentaires. « Cette augmentation a eu un impact positif sur les pays en développement, car si les prix sont plus élevés, les agriculteurs produisent non seulement pour leur propre consommation, mais aussi pour celle des autres.

« Je pense que cela les encouragera à produire plus. Nous ne voulons certainement pas reproduire ce qui nous avons fait pendant une très longue période, à savoir envoyer des céréales ou de la viande aux pays en développement, car cela les dissuade de produire leurs propres denrées alimentaires. Nous pouvons dire que d'une certaine manière, les producteurs européens d'éthanol retirent du marché le surplus de céréales qui aurait pu être envoyé à ces pays, ce qui aurait affaibli leur agriculture. »

Clare Coffey, de l'organisation caritative ActionAid, a récemment déclaré : « La plupart des experts s'accordent à présent à dire que l'extension des terres consacrées à la production de biocarburant a été un facteur clé de la hausse et de la volatilité des prix de l'alimentaire au cours des six dernières années. L'équation est évidente : les terres et les ressources auparavant allouées à des cultures vivrières sont de plus en plus consacrées à la production de biocarburants. Dans de nombreux cas, en effet, les cultures restent les mêmes. Mais la demande en biocarburants, poussée par les réglementations en Europe et en Amérique du Nord, signifie que ces cultures peuvent être plus rentables en étant vendues pour la production de carburants plutôt que pour l'alimentaire.

Le « changement d'affectation des sols indirect » signifie que si l'on prend un champ de céréales et qu'on y cultive des plantes produisant des biocarburants, certaines personnes manqueront de nourriture, à moins que les tonnes de céréales manquantes soient cultivées ailleurs.

La réalité économique implique souvent que les cultures censées compenser ces pertes proviennent des zones tropicales, ce qui encourage donc les agriculteurs à empiéter sur les forêts. Brûler les forêts pour dégager des terres peut générer de grandes quantités d'émissions à effets de serre dans l'atmosphère, suffisamment en théorie pour annuler tout effet bénéfique des biocarburants.

La Commission européenne a réalisé 15 études sur différentes cultures de biocarburants qui, pour la plupart, concluent qu'au cours de la prochaine décennie, les politiques européennes en matière de biocarburants auront un impact indirect équivalent à 4,5 millions d'hectares de terres, une zone équivalente à la taille du Danemark.

Certains acteurs du secteur des biocarburants avancent que les données scientifiques de la Commission sont sans fondements et que cette question pourrait être réglée via une réforme majeure de la stratégie agricole afin d'améliorer la productivité, ou via la réaffectation d'anciennes terres agricoles. Selon eux, les déchets issus de la production de biocarburants pourraient aussi nourrir le bétail et réduire la pression sur les ressources foncières.

 

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