Le commissaire Cañete mis en difficulté au Parlement européen

Le commissaire au climat M. Canete

Le commissaire espagnol à l’énergie et au climat a subi l’examen le plus tendu de tous les commissaires européens. Les eurodéputés ne digèrent ni ses conflits d’intérêts, ni son engagement pour le climat, jugé peu crédible.

Le commissaire espagnol Miguel Cañete a affronté des parlementaires très remontés contre sa candidature mercredi 1er octobre, durant l’audition la plus mouvementée du Parlement européen jusqu’alors.

Le commissaire à l’énergie et au climat avait pourtant démarré son audition en tentant d’atténuer les critiques à son égard, s’excusant pour des propos sexistes tenus par le passé, et expliquant qu’il avait vendu les actions dans les compagnies pétrolières qu’on lui reprochait de détenir.

Il a pourtant été interrogé de façon musclée et répétée sur ce conflit d’intérêts, qui a notamment irrité les députés Verts.

Déclaration d’intérêt

Face aux critiques, le commissaire espagnol a précisé avoir corrigé la veille sa déclaration de patrimoine devant le Parlement européen en y ajoutant sa démission de la Fondation Faes, qu’il présidait, son salaire en tant que président de la commission électorale nationale du Parti populaire, mais surtout la vente de ses actions dans les sociétés pétrolières Ducar et Petrologis, un investissement jugé incompatible avec les fonctions de commissaires à l’énergie et au climat.

Malgré cette mise à jour de sa déclaration d’intérêt, le candidat a été de nouveau attaqué sur s liens personnels avec le secteur. En effet, plusieurs eurodéputés lui ont demandé d’éclaircir les relations de sa famille avec les sociétés Ducar et Petrologis. Des interrogations visant notamment le beau-frère du commissaire candidat, soupçonné d’avoir conservé des intérêts dans les sociétés.

Face aux questions des eurodéputés, Muguel Arias Cañete a botté en touche et simplement rappelé que la déclaration d’intérêts du Parlement se réfère uniquement à la famille immédiate, et insisté sur le fait que lui et sa femme et son fils n’entretiennent aucun lien avec le secteur.

Engagement climatique mis en doute

Les centristes ont également émis des réserves, non pas sur son portefeuille d’action, mais plutôt sur la sincérité de son engagement climatique, qui semble de fait surprendre les Verts espagnols qui l’ont vu à l’œuvre en tant que ministre de l’Environnement.

Le candidat a également été attaqué sur son bilan en tant que ministre espagnol. « Vous avez accordé des autorisations de forage au large des Canaries. Vous avez rejeté les demandes de transparence. Et vous faites des forages en Méditerranée » a dénoncé l’eurodéputée verte Michelle Rivasi.

De fait, le commissaire qui s’est par ailleurs exprimé en français, anglais, espagnol et allemand a semblé peu calé sur les questions techniques.

« Le marché du carbone est un instrument remarquable, qui fonctionne, c’est un instrument efficace pour arriver à une économie bas-carbone » a-til ainsi indiqué.

Gaz de schiste et marché carbone

Un constat peu apprécié des Verts, alors que le marché a subi une fraude massive qui a permis à des mafias de voler des milliards d’euros aux États européens, et que son prix, 6 euros la tonne de carbone actuellement, ne dissuade aucunement les industriels d’émettre du CO2.

Le candidat a aussi été pris en défaut sur le gaz de schiste, se montrant hésitant sur la nécessité d’une nouvelle loi sur le sujet.

>>Lire : Le climat, perdant de la nouvelle Commission ?

Il s’est également montré évasif sur la question du « back-loading », ou « mise au placard » de quota, qui doit intervenir à partir de 2021. Interrogé sur l’idée d’anticiper cette échéance, le candidat a déclaré qu’il défendrait cette idée si le Parlement le lui demandait.

Il a fait une réponse comparable sur la question du gaz de schiste, ne se prononçant pas sur la nécessité d’une directive en la matière.

>>Lire : Mobilisation contre la nomination de Miguel Cañete

La mobilisation contre le candidat espagnol a d’ailleurs largement dépassé le cadre du Parlement européen. Une pétition appelant à rejeter la candidature du conservateur espagnol a d’ores et déjà recueilli plus de 380 000 signatures.

La pétition dénonce principalement les « liens étroits avec l’industrie du pétrole » entretenus par Miguel Arias Cañete, et « son effroyable bilan en tant que ministre de l’Environnement de l’Espagne qui ne font pas de lui un bon candidat pour le poste, tout en créant un énorme conflit d’intérêts ». 

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles.

Parmi les nouveaux commissaires, qui devraient gagner leur poste le 1er novembre, 18 sont d'anciens ministres voire premiers ministres. Le Président s'est félicité et a déclaré que la nouvelle Commission était « très politique ».

La nouvelle Commission doit maintenant faire l'objet d'un vote d'approbation dans son ensemble par le Parlement européen. Les auditions se tiennent du 29 septembre au 7 octobre.

Pendant ces deux semaines d'audition, les 27 commissaires vont être passés au crible par les eurodéputés issus des commissions correspondant au poste brigué par le candidat.

À l’issue de ces auditions, le Parlement pourra alors soit accepter soit rejeter le collège dans son ensemble. 

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