Le débat sur la pêche électrique a fait de l’ombre aux autres enjeux du secteur

En interdisant le recours à la pêche électrique, le Parlement européen a aussi interdit une dérogation française sur les maillages de filets de pêche. Une mesure dont le coût inquiète les pêcheurs et députés français.

L’interdiction de la pêche électrique, pas une si bonne idée pour les pêcheurs français ? Le 16 janvier dernier, le Parlement européen s’est prononcé pour l’interdiction de la pêche électrique en rejetant une proposition de la Commission visant à étendre les conditions de dérogations pour pratiquer cette dernière.

Dans le même temps, les eurodéputés ont rejeté d’autres dérogations dont bénéficient les pêcheurs français, ce qui pourrait les obliger à changer leur matériel.

Un constat qui inquiète les députés français, qui ont néanmoins soutenu la position du Parlement européen sur la pêche électrique.

Interdiction de la pêche électrique, mais pas seulement

Le 16 janvier dernier, l’ensemble des partis politiques français avait salué la décision du Parlement européen d’interdire la pêche électrique. Cette pratique, prohibée au niveau européen, faisait l’objet de dérogations bénéficiant notamment aux Pays-Bas et que la Commission souhaitait étendre.

En session plénière mi-janvier, les eurodéputés étaient amenés à se prononcer sur ces dérogations, mais également sur un ensemble de modifications proposées par la Commission visant à simplifier et régionaliser la législation européenne sur la pêche. Parmi ces modifications, la Commission propose d’harmoniser le maillage, la taille des trous des filets de pêche, sur lesquels les pêcheurs français disposent d’une dérogation.

Si les nouvelles règles sont adoptées, les pêcheurs devraient augmenter les mailles de leurs filets, ce qui représente un coût financier pour le changement de matériel et des prises de poissons moins importantes.

Lors du débat à la commission pêche du Parlement européen, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) avait réussi à faire approuver un amendement préservant les dérogations françaises. Néanmoins, en session plénière, les eurodéputés ont rejeté l’amendement lors du même vote que celui contre la pêche électrique. « Focalisée et polarisée par le débat sur l’interdiction de la pêche électrique, la majorité des députés a occulté l’enjeu des maillages », a regretté le CNPMEM, qui souligne pourtant que ce dernier concerne « l’intégralité des pêcheurs français ».

Le Parlement européen demande l'interdiction de la pêche électrique

Le Parlement européen a demandé mardi l’interdiction de la pêche électrique dans l’UE, s’opposant à une dérogation proposée par Bruxelles qui veut autoriser cette pratique à une plus large échelle en mer du Nord.

Enjeu des futurs trilogues

Le rejet du Parlement européen ne marque pas la fin de la bataille législative, tant sur le maillage que la pêche électrique. Les deux sujets seront au cœur des trilogues, les négociations entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission, qui se tiendront au cours de l’année.

Bien que soutenue par le Conseil, les espoirs sont minces pour une réintroduction du maillage actuel. « Entre la pêche électrique et ces dérogations, ça va être un « marchandage » », a expliqué Jean-Pierre Pont, à l’origine d’un rapport d’information sur les amendements du PE à l’Assemblée nationale. Le député du Pas-de-Calais envisage que la France fasse des concessions sur la pêche électrique si elle souhaite maintenir le maillage actuel.

« Si cette dérogation saute, ce ne seront pas seulement les fileyeurs que nous aurons et qui bloqueront le port de Calais, ça va être tous les Hauts-de-France jusqu’à la Bretagne qui vont avoir des problèmes. » Le député a ainsi fait référence aux manifestations des fileyeurs de Calais en janvier dernier contre la pêche électrique.

Les fileyeurs estiment que cette pratique a diminué le stock de poisson général en mer, et demandent une compensation financière en attente de la reformation de ce stock. Si aucune annonce de compensation n’a été faite par l’État, la région Hauts-de-France s’est engagée à leur verser une aide exceptionnelle de 200 000 euros.

Les ministres européens vont-ils enfin prendre des mesures contre la surpêche ?

Dans trois ans, la Politique commune de la pêche (PCP) arrivera à échéance et avec elle, son impératif de ramener tous les stocks au rendement maximal durable (RMD) au plus tard en 2020.