Bruxelles s’attaque au défi de la qualité de l’eau

Frans Timmermans et Karmenu Vella. [European Commission]

En améliorant la qualité de l’eau ainsi que son accès, la Commission européenne espère réduire drastiquement le recours aux bouteilles en plastiques.

Une proposition législative dévoilée par les commissaires Frans Timmermans et Karmenu Vella souhaite garantir l’accès à l’eau dans le cadre du pilier des droits sociaux européens. Une réponse directe à l’initiative citoyenne « Right2Water », signée par 1,6 million d’Européens.

Pour l’élaborer, l’exécutif européen s’est notamment servi d’informations fournies par l’Organisation mondiale de la santé et a ajouté des substances comme les bactéries légionelles et le chlorate à une liste de critères de sûreté.

La proposition est également liée à la volonté de la Commission de « mieux légiférer », gérée par Frans Timmermans, qui a pour objectif de simplifier et d’alléger le fardeau administratif. L’ambition de Frans Timmermans de réduire la bureaucratie est illustrée par de nouvelles règles qui permettent aux autorités de se concentrer sur le traitement des substances notoirement présentes dans leur région, plutôt que de devoir se pencher sur de longues listes de substances génériques absentes dans leur eau.

Le commissaire à l’environnement, Karmenu Vella, a quant à lui expliqué que la qualité de l’eau est un domaine dans lequel l’UE doit rarement intervenir, étant donné que les règles sont généralement bien appliquées par les États.

Du plastique caché dans l’eau du robinet

Une enquête scientifique diffusée par Orb Media montre que dans 12 pays du monde, l’eau du robinet est contaminée par des micro-plastiques. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Eaux cristallines

Si la révision vise une eau la plus pure possible, elle se penche également sur la transparence, avec des critères d’accès à l’information sur la qualité de l’eau en ligne. Selon les estimations, cet accès à l’information permettrait à lui seul de réduire les risques sanitaires potentiels de 4 % à 1 %.

La Commission souhaite également rendre les factures plus claires, non seulement pour aider les citoyens à comprendre leurs paiements, mais aussi pour améliorer l’efficacité du système.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les pertes des systèmes publics de distribution d’eau, principalement dues à des infrastructures inadaptées, représentent jusqu’à 24 % dans l’UE. La consommation d’énergie du secteur représente quant à elle pas moins de 3,5 % de la consommation d’électricité totale.

Dans un rapport, la Commission publie des chiffres encore plus effarants : dans certains États membres, les pertes d’eau potable s’élèvent carrément à 60 %. En obligeant les fournisseurs à dévoiler ces informations, l’exécutif espère favoriser l’efficacité, puisque les citoyens pourraient s’offusquer de payer pour les erreurs des fournisseurs.

« L’eau et l’énergie sont des ressources trop précieuses pour qu’on accepte de telles pertes. Cette nouvelle proposition est un premier pas vers plus d’efficacité énergétique et vers une gestion plus durable de l’eau en Europe », estime Mads Warming, directeur de la société de technologie Danfoss.

Le Parlement fait marche arrière sur l’efficacité énergétique

Après l’avoir défendu pendant de long mois, le Parlement européen a fini par abandonner son objectif de 40 % d’efficacité énergétique pour 2030, au profit d’un compromis à 35 %.

Pollution plastique

Frans Timmermans souligne par ailleurs le lien entre la nouvelle initiative sur l’eau et la stratégie sur le plastique, récemment dévoilée par la Commission et qui donnera lieu à des mesures obligatoires dans le courant de l’année. L’exécutif espère en effet que l’amélioration de la qualité de l’eau et l’obligation d’installer des fontaines à eau dans les lieux publics, entre autres mesures, permettront de réduire le nombre de bouteilles en plastique utilisées en Europe.

Un objectif confirmé par Jyrki Katainen, commissaire à l’emploi et à la croissance, qui assure que le projet « implique une réduction de l’utilisation d’énergie et des pertes d’eau inutiles ». « Grâce à une meilleure transparence, le projet permettra également de donner plus de choix aux citoyens, en les encourageant à opter pour des options plus durables, comme l’eau du robinet. »

L’amélioration de la qualité de l’eau du robinet devrait, selon les estimations de la Commission, décourager l’achat d’eau en bouteille, avec une économie de pas moins de 600 millions d’euros par an, puisque l’eau courante ne coute en moyenne que 0,002 euro le litre.

Outre les économies financières, cela permettrait de réduire de 1,2 million de tonnes les émissions de gaz à effet de serre.

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