L’économie circulaire s’invite à Davos

Impressions at the Annual Meeting 2018 of the World Economic Forum in Davos, January 20, 2018 Copyright by World Economic Forum / Mattias Nutt

Le premier Circularity Gap Report pointe que seulement 9 % des ressources naturelles exploitées au niveau planétaire sont réinjectées dans le système, 51,9 milliards de tonnes étant même dispersées dans la nature. Un article de notre partenaire La Tribune.

Le constat est accablant. Des 92,8 milliards de tonnes de ressources exploitées pour faire tourner l’économie mondiale en 2015 (34,4 kilos par personne par jour, sans compter l’eau), seulement 8,4 milliards venaient d’une quelconque forme de réutilisation, alors que les 84,4 restants étaient « extraits » de la nature. Cela ne correspond qu’à 9,1 %, a dénoncé mardi 23 janvier, à l’ouverture du Forum économique mondial de Davos, le think tank néerlandais Circle economy, qui a profité de cette réunion annuelle des principaux leaders mondiaux pour publier son premier état des lieux de l’économie circulaire, le Circularity Gap Report.

Si 21,5 milliards de tonnes de ces matières premières sont ajoutées annuellement aux stocks à long terme, notamment dans la construction, 51,9 sont transformés en produits à durée de vie limitée puis dispersés dans la nature. Des 19,4 milliards de tonnes de déchets collectés, seulement 43 % sont recyclés, précise le rapport, dont l’objectif est de développer une méthode et des indicateurs de référence afin de mesurer les progrès de l’économie mondiale vers un modèle plus circulaire.

La pression sur les ressources naturelles réduite de 28 %

Or, ce gaspillage va complètement à l’encontre des engagements environnementaux affichés par les gouvernements et les entreprises, notamment dans le cadre et à la marge de la COP21. Alors que l’extraction de ressources a été multipliée par douze entre 1900 et 2015, et devrait encore doubler en 2050, une économie pleinement circulaire permettrait en effet de réduire cette pression sur les ressources naturelles de 28 %, calcule l’étude.

Puisque 67 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont liés à la gestion des matières, une économie pleinement circulaire en éviterait par ailleurs 72 %, sans impact sur la croissance économique. Une contribution cruciale si l’on considère que selon un dernier bilan de l’ONU publié en octobre — le Emissions Gap Report, qui a fourni le modèle du Circularity Gap Report —, même si tous les États parties de l’Accord de Paris tenaient leurs promesses, l’augmentation de la température mondiale atteindrait probablement 3-3,2 °C avant 2100, et l’objectif de 2 °C voire de 1,5 °C ne serait donc pas respecté. Or, les 184 indicateurs de suivi de la Stratégie nationale bas-carbone publiés lundi 22 janvier par le ministère de Nicolas Hulot montrent qu’en 2016 la France n’a même pas tenu ses objectifs, en dépassant de 3,6 % ce qui était prévu…

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Un « modèle intégrant la pluralité de parties prenantes »

Certes, les 84,4 milliards de tonnes de ressources extraites de l’environnement contribuent aujourd’hui à la satisfaction de besoins sociaux, ainsi repartis selon le Circularity Gap Report : 42,4 milliards de tonnes de matières premières vierges pour le logement et les infrastructures, 21,8 pour la nutrition, 12 pour les transports (construction et alimentation de véhicules), 9,1 pour les produits de consommation (électroménager, vêtements, produits d’hygiène…), 4,4 pour les services au sens large (éducation, banque assurance), 2,3 pour la santé et 1,7 pour la communication. Mais loin de pénaliser les consommateurs, une économie plus circulaire aurait aussi un impact sociétal positif, « en réduisant les inégalités de ressources et en améliorant l’accès aux besoins et opportunités fondamentales », affirme le rapport.

En promouvant l’utilisation de ressources locales, elle favoriserait notamment la création d’emplois non délocalisables et réduirait la dépendance de matières premières importées.

Plus largement, « en tant que modèle intégrant la pluralité de parties prenantes, l’économie circulaire a vocation à ressembler une communauté mondiale, engagée et renforcée collectivement comme individuellement, derrière un programme d’action », estiment les auteurs de l’étude, qui ajoutent : « L’économie circulaire est un cadre de solutions positif, dynamique et interconnecté. Il puise dans des qualités humaines essentielles, telles que la créativité, la coopération et l’esprit d’entreprise ».

Eco-conception et technologies numériques

Circle economy se penche alors sur les pas à franchir afin d’atteindre cet objectif ambitieux, en identifiant sept principaux leviers d’action : donner la priorité aux ressources renouvelables ; préserver les biens existants ; réutiliser et recycler les déchets ; favoriser l’économie de la fonctionnalité ; éco-concevoir ; utiliser les technologies numériques pour optimiser l’utilisation des ressources tout au long de la chaîne d’approvisionnement ; favoriser le partage et la collaboration. L’accent mis sur chacun d’entre eux devra toutefois tenir compte de la spécificité des besoins que l’utilisation de chaque ressource vise à satisfaire : ainsi, si le recyclage constituera un enjeu clé en matière de nutrition et de biens de consommation, il ne pourra jouer qu’un rôle mineur lorsqu’on parle de santé, où il sera en revanche utile d’insister sur la digitalisation. Et un soutien public, notamment fiscal, s’avérera parfois nécessaire, notamment pour impulser le changement.

Mais afin d’avancer significativement dans cette voie, l’implication de l’ensemble des acteurs sociaux est indispensable, souligne le Circularity Gap report, qui appelle entreprises, gouvernements, ONG et scientifiques à participer à une coalition mondiale afin d’une part de fixer des objectifs et des stratégies globaux comme locaux ou sectoriels, et d’autre part de mesurer chaque année les progrès accomplis et leur impact économique et social.

Un programme pour 30 entreprises

Une ébauche d’une telle coalition était d’ailleurs lancée ce matin même à Davos, à la marge de la présentation du rapport. Partenaire de Circle economy, le World Business Council For Sustainable Development (WBCSD), réseau de 200 entreprises poursuivant l’objectif d’accélérer la transition écologique, réunissait notamment ses PDG afin de présenter son programme sur l’économie circulaire, Factor10. Impliquant 30 membres de 16 secteurs différents, pour un chiffre d’affaires cumulé de 1.300 milliards de dollars, Factor10 vise à promouvoir la collaboration autour de solutions d’économie circulaire. En dépassant la dimension des politiques de développement durable de chaque entreprise pour investir l’ensemble des activités, secteurs et chaînes de valeur impliqués, le WBCSD espère ainsi « passer du stade de concept partagé par des pionniers à celui de pratique d’une majorité précoce ».

« Factor10 représente la masse critique de soutien du secteur privé nécessaire afin d’appliquer l’économie circulaire à une échelle globale », a expliqué le PDG de l’organisation, Peter Bakker.

L’un des nouveaux membres de WBCSD, Danone, s’était d’ailleurs déjà engagé la semaine dernière dans une démarche d’économie circulaire pour sa marque Evian.

Toujours à Davos, la Ellen MacArthur Foundation mettait pour sa part l’accent sur la recherche et les startups, en désignant aujourd’hui les gagnants de son Circular Materials Challenge : des innovations censées stimuler le recyclage du plastique souple, et avoir dans leur ensemble le potentiel d’éviter l’équivalent de 100 sacs de déchets en plastique par seconde. Ils seront intégrés à un programme d’accélération de douze mois afin de développer leurs idées, et recevront chacun 200.000 dollars.

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