Les céréaliers français se désolent de la nouvelle PAC

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Pour les producteurs de blé, maïs et colza, la nouvelle PAC va créer des distorsions de concurrence en Europe. La filière colza se console avec les biocarburants, dont le taux d’incorporation devrait finalement grimper à 7 % en Europe.

Ils se disent grands perdants de la nouvelle Politique agricole commune (PAC) à la française.

Les céréaliers français, réunis dans l’association Orama  composée de 52.000 exploitants de blé, de maïs et d’oléoprotéagineux, ont lancé mercredi un appel à la création d’un plan de compétitivité en vue de l’application de la nouvelle PAC.

Fruit de longues négociations entre les différentes filières, la nouvelle PAC présente l’originalité de pouvoir être appliquée « à la carte » pays par pays. En France, le choix de soutenir la filière élevage va se traduire par un recul progressif des primes pour ce qu’on appelle les « grandes cultures » : les spécialistes de céréales, qu’ils fassent du blé, du pois, du maïs, de la féverole, du colza ou du soja.

Distorsions de concurrence  France-Allemagne

« On crie aux distorsions de concurrence entre les filières avicoles et porcines françaises et allemandes, principalement à cause du dumping social dans les abattoirs allemands et français. Mais la nouvelle PAC est en train de créer de nouvelles distorsions » prévient Pascal Hurbault, porte-parole d’Orama.

Selon les calculs de l’association, les céréaliers spécialisés vont voir leurs primes chuter drastiquement surtout à la fin de la période de la nouvelle PAC qui s’étend de 2014 à 2020.

Ainsi, selon une comparaison effectuée à partir des chiffres du réseau d'information comptable agricole (RICA) de la Commission européenne, les exploitations françaises de grandes cultures recevront 220 euros de subvention par hectare en 2019, contre 295 euros par hectare pour leurs concurrents allemands.

Un écart qui risque de creuser la compétitivité entre les deux pays ; jusqu’alors, les céréaliers français étaient très compétitifs à l’exportation. Le différentiel de prime s’explique par des choix différents. La France a opté pour une surdotation des 52 premiers hectares, alors qu’en Allemagne petites et grandes exploitations sont plus ou moins logées à la même enseigne. En moyenne, les grands céréaliers relativement présents en France (surtout dans les régions Picardie, Champagne Ardenne, Beauce et Sud Ouest) ont donc tendance à perdre.

Opter pour la qualité

Au-delà de la question des prix, la filière songe à faire évoluer son offre.

« Nous allons insister sur la qualité. Notamment en proposant dans nos contrats de livraisons des engagements sur le taux de protéines » assure Philippe Pinta, président d'Orama et responsable de la filière blé. Les blés français sont réputés pour leur teneur en protéine, qui les rend plus facilement panifiables, alors que les exploitations situées plus au Nord de l’Europe comme l’Allemagne et le Danemark peinent à atteindre des taux de protéines équivalents. Ce qui pose des problèmes aux acheteurs potentiels comme les pays du Maghreb ou l’Algérie, premier acheteur de blé au monde.

Faire fléchir les normes du verdissement

Au-delà des efforts en matière de compétitivité, et d’un éventuel accompagnement du gouvernement, les céréaliers ont d’autres projets. Comme celui d’interpréter les mesures de verdissement de la PAC…à la française !

Ainsi, la filière maïs s’insurge contre la limitation de la culture du maïs à 75 % de la surface d’une exploitation, une mesure destinée à modérer la consommation d’eau et l’appauvrissement des sols.

« Il faut reconnaître la diversité des maïs ! Il y a les maïs doux, les maïs semences, les maïs légumes, et ceux utilisés pour l’alimentation des filières porcs et volailles. Ce ne sont pas les mêmes cultures » argumente Anne-Claire Vial, secrétaire générale de l’Association Générale des Producteurs de Maïs, qui est déterminée à faire modifier la nouvelle contrainte des 75 %.

« Nous allons montrer qu’en pratiquant le mulching (soit l’épandage des déchets de maïs broyés), nous arrivons à une équivalence agronomique sur la qualité des sols » assure-t-elle, estimant que la limite de 75 % pourra être abandonnée.

Lot de consolation : le biodiesel sauvé des eaux

Si les grandes cultures semblent perdre au change, elles ont néanmoins négocié un lot de consolation. Celui de la filière colza, à laquelle le président de la FNSEA, Xavier Beulin est particulièrement attaché en tant que directeur de Sofiprotéol, le consortium de production du biodiesel.

Malgré un profond débat au sein du Parlement européen et l’opposition de plusieurs pays, la France devrait avoir gain de cause sur l'augmentation du taux d’incorporation de biodiesel à tous les carburants européens jusqu'à 7 % du total du carburant.

La moyenne européenne atteint aujourd'hui 4,6 %; elle est déjà de 7 % en France, premier producteur de biodiesel. Pour les Verts, ce taux devrait baisser en raison de l'impact haussier des biocarburants sur les prix de l'alimentation en général, et leur faible performance en terme de bilan carbone.

Selon  nos informations, le président François Hollande a assuré mardi 3 décembre lors de l’anniversaire des 30 ans de Sofiprotéol que ce taux de 7 % dans l'UE était acquis, après une réunion qui s'est tenue vendredi 29 novembre à Bruxelles. Une victoire majeure pour le lobby céréalier. En pratique, la décision doit encore être avalisée en sommet européen le 12 décembre prochain.

La politique agricole commune (PAC) est le système européen de paiements directs pour les agriculteurs et les subventions. Ce volet budgétaire coûte à chaque citoyen européen 30 cents par jour, selon la Commission européenne.

La PAC dispose d'un budget de 53 milliards d'euros par an, et est de fait le programme le plus coûteux de l'Union. Elle représente 37,8 % du budget 2014-2020, contre près de 71 % en 1984.

La majorité des dépenses de la PAC (plus de 70 %) consiste en paiements directs aux agriculteurs, tandis qu’environ 20 % du budget porte sur des mesures de développement rural.  L'argent restant est distribué aux entreprises agroalimentaires sous la forme de subventions à l'exportation.

La réforme de la PAC met également l'accent sur les mesures environnementales, par l'attribution de 30 % des financements aux agriculteurs qui diversifient leur production, alternent leurs cultures ou maintiennent des pâturages permanents.

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