Les députés approuvent le projet de Lyon-Turin sans débat

L'arrêt du projet Lyon-Turin fait partie du projet d'accord entre Yannick Jaodt et Benoît Hamon © Shutterstock

Après leurs homologues italiens, les députés français ont donné en quelques secondes leur feu vert au projet ferroviaire, le 22 décembre. Le coût de ce projet pharaonique est estimé entre 8 et 20 milliards d’euros, selon les sources.

L’onéreux projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin a passé un nouvelle étape avec le feu vert des parlementaires français et italiens au lancement des travaux.

>>Lire : France et Italie relancent le Lyon-Turin malgré l’enquête de l’OLAF

Côté italien, les députés avaient également ratifié l’accord international le 20 décembre ouvrant la porte au lancement des travaux, à  285 voix pour, 103 contre et 3 abstentions. Seuls le parti populiste de Beppe Grillo, le M5E ainsi que des petits partis de gauche se sont opposés à la ratification.

« Alors qu’en Italie on se demandait si on devait faire ou non le tunnel, les autres pays ont commencé à creuser et à construire. Aujourd’hui s’écrit une page importante de l’Histoire des infrastructures de notre pays », a déclaré Stefano Esposito, député Partito Democratico.

« Il y a eu une interruption longue, peut-être trop longue. À présent, nous allons de l’avant. Les délais sont définis, les travaux sont en cours. Il s’agit à la fois de respecter les temps prévus pour la réalisation des travaux et de travailler dans le respect des normes européennes, afin de bénéficier du maximum de retombées [positives] possible pour notre pays. La morale de cette histoire, c’est qu’il fait écouter les communautés intéressées par les grandes œuvres », argumente Sergio Chiamparino, président du Piémont.

>>Lire : Le projet Lyon-Turin soupçonné de fraude par l’UE

Côté français, la ratification de l’accord a été expédiée en quelques secondes, et sans discussion, lors d’une séance de vote le 22 décembre durant laquelle très peu d’élus se trouvaient présents. Malgré la présence d’écologistes au gouvernement, le projet ne fait même pas débat, ni au gouvernement ni chez les élus, au grand dam des ONG.

Un projet coûteux pour l’UE

Le projet du Lyon Turin fait partie des grands projets d’infrastructure de transports chers à l’Union européenne, qui a prévu d’en financer une partie conséquente.

Au travers du mécanisme d’interconnexion en Europe (MIE), l’Union européenne compte apporter 40% des 8,5 milliards d’euros que devrait coûter  la construction du tunnel de 57 km reliant l’Italie et la France, soit 3,4 milliards d’euros

Question du coût

En 2012, la Cour des comptes estimait le coût du Lyon – Turin à plus de 26 milliards d’euros : bien en deçà des 8,3 milliards d’euros présentés par le gouvernement ! Et cette somme considérable pour un projet qui ne sera opérationnel au mieux qu’en 2030, à supposer qu’il n’y ait pas de retard. La Cour dénonçait alors une valeur nette économique négative : le Lyon – Turin sera éternellement déficitaire.

Enquête de l’OLAF

En 2014, l’OLAF avait été saisi par deux députées européennes EELV, Karima Delli et Michèle Rivasi, considérant que de nombreux points portaient préjudices aux finances de l’Union européenne qui apporte 40% des fonds nécessaires à la réalisation de la section transfrontalière entre Saint-Jean-de-Maurienne et Suse. Au terme de 11 mois d’enquête l’OLAF a jugé que les accusations d’infiltration mafieuse et de conflit d’intérêts étaient infondées et a clos ce dossier en fermant définitivement l’enquête.

Une réponse lointaine à un problème urgent

Les ONG réunies au sein de France Nature Environnement avaient appelé les élus français à rejeter le projet. Elles estiment notamment qu’il conviendrait d’inciter, rapidement, le fret ferroviaire dans la région en développant la ligne Dijon – Ambérieu – Modane – Turin. «Un rapport européen[2] évalue ses capacités à environ 19 millions de tonnes de marchandises par an sur la ligne existante modernisée. Or, elle a transporté seulement 3,4 millions de tonnes de marchandises en 2012, contre 13 millions de tonnes au milieu des années 90» accuse l’ONG, qui estime que les partisans du Lyon-Turin sont responsables de ce déclin.  spécialiste transports et mobilités durables de FNE : « La pollution de l’air en Rhône-Alpes est dramatique et il faut dès à présent déveloper l’Autoroute ferroviaire alpine (AFA) depuis Ambérieu» insiste  Jean-Paul Lhuillier, spécialiste transports à la FNE.

 

 

 

Contexte

Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe  pour 2014-2020 dispose d’un budget de 23,2 milliards d’euros afin de et de mettre en œuvre des projets d'intérêt commun dans le cadre de la politique en matière de réseaux des transports, notamment pour améliorer les connexions transfrontalières.

Le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin fait partie des axes de financements prioritaire de l’UE depuis  1994 et promet aux voyageurs de rallier Lyon à Turin en seulement deux heures tout en améliorant les capacités du fret de marchandises.

Mais les coûts prévisionnels du chantier n’ont cessé d’augmenter. La Cour des comptes française estime que le coût global est en passé, en euros courants, de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards en 2012.

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