Les électriciens français vent debout contre l’objectif d’efficacité énergétique

Un barrage hydroélectrique dans le Sud de la France

L’Union Française de l’Electricité critique à la fois le projet de loi sur la transition énergétique présenté par le gouvernement et le Paquet Climat dont il s’inspire. Elle plaide aussi pour moduler les objectifs pays par pays au niveau européen

Alors que la question de l’énergie s’affirme comme une priorité de la future Commission, en France le projet de loi pour la transition énergétique (PLTE) français ne cesse de s’attirer des critiques. Présenté fin juin, il ne sera pas discuté au Parlement avant l’automne. Il y a fort à parier que la discussion soit animée.

«Ce projet de loi ne répond pas aux préoccupations européennes » estime ainsi le délégué général de l’UFE, Jean-François Raux, qui estime que les priorités de l’UE sont en train d’évoluer. « La question de la compétitivité et de la sécurité d’approvisionnement reviennent sur le devant de la scène, ce sont des sujets dont on ne peut faire l’économie dans une loi sur la transition énergétique » assure-t-il, en précisant avoir « beaucoup de points d’accords avec la DG Energie » sur le sujet.

L’organisme approuve pourtant l’objectif général du texte, qui consiste en une réduction de 40 % des émissions de CO2 d’ici 2030.

« Mais les autres objectifs ne sont ni nécessaires ni cohérents ! » assure le délégué. Les autres objectifs visent à réduire la consommation d’énergie globale, d’énergies fossiles, et à placer les énergies renouvelables à 32 % de la consommation d’énergie.

>>Lire aussi : La transition énergétique française veut répondre aux objectifs européens en s’appuyant sur le nucléaire

Critiques sur le Paquet Climat 2030

Les critiques à l’encontre de la LPTE ciblent aussi indirectement le Paquet Climat 2030 dont le projet de loi s’est partiellement inspiré. Ainsi, le projet de loi français vise à réduire de 50 % la consommation d’énergie en France d’ici 2050. Comme il n’est pas question de décroissance, la phrase revient à inciter à augmenter l’efficacité énergétique.

Parmi les objectifs proposés par la Commission dans le cadre du Paquet Climat 2030, c’est surtout celui de l’efficacité énergétique que les électriciens contestent. « Il faut moduler la politique énergétique d’un pays à l’autre. Économiser de l’électricité en Allemagne, c’est économiser du charbon » explique le spécialiste qui milite pour le remplacement de l’objectif d’efficacité énergétique par celui de l’intensité énergétique.

Refus du critère de l’efficacité énergétique

La position de la France sur la question de l’efficacité énergétique est hésitante : elle milite pour éviter que l’objectif ne soit contraignant. Il ne l’était pas pour l’objectif 2020 au niveau européen, et certains pays souhaitent le voir devenir obligatoire désormais.

Pour les gros électriciens, le ralentissement de la demande d’électricité n’est ni souhaitable ni réalisable ; ils citent en exemple la Suède, qui a développé un modèle peu carboné avec l’hydroélectricité, le nucléaire et des centrales thermiques, adossé à une taxe carbone : et la consommation d’électricité par habitant progresse. Le pays est à la fois peu peuplé et très bien doté en ressources hydrauliques, ce qui en fait un cas spécifique pour les écologistes.

Cibler le pétrole plutôt que les autres énergies

La critique  sur le critère de l’efficacité énergétique est aussi valable pour la France, selon l’UFE, qui propose de cibler plus directement le pétrole dans le cadre de la transition énergétique, plutôt que le gaz et l’électricité.  Les émissions de CO2 proviennent à 60 % du pétrole en France, surtout en raison du transport, un secteur laissé de côté par la PLTE qui se concentre plus sur les émissions du bâtiment

L’efficacité énergétique pomme de discorde de la transition

La France ne devrait pas tenir son objectif 2020 d’amélioration de l’efficacité énergétique, et semble peu motivé pour 2030. « La position de la France c’est qu’il ne faut pas relier les objectifs entre eux, ils sont indépendants »  explique une proche du gouvernement. Chez les Verts en revanche, les positions sont partagées. Ceux du Parlement européen militent pour un discours plus critique du gouvernement notamment sur le Paquet Climat 2030. A l’Assemblée nationale en revanche, les élus Verts évitent les questions qui fâchent. Lors d’une séance de question au gouvernement à l’Assemblée mardi 8 juillet, Denis Baupin et Michèle Bonneton, tous deux élus Verts, ont ainsi posé des questions techniques sur la future loi, peu critiques de son design global. Le porte-parole des Verts, Julien Bayou, est de son côté nettement plus suspicieux, notamment sur la question du nucléaire. Dans un tweet, il avait ainsi estimé le jour de la publication du projet de loi, que le lobby EDF était en pleine forme.

La transition énergétique était un des sujets majeurs de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. La loi de transition énergétique est donc un des textes majeurs attendus sur le quinquennat. La France a aussi la responsabilité de donner l'exemple alors qu'elle organise la conférence de la COP 21, ou Paris Climat 2015, fin 2015 à Paris. Elle pousse le sujet climat au niveau européen, notamment grâce à son parc nucléaire qui lui permet d'émettre relativement peu de CO2 lors de la production d'électricité, contrairement aux pays dépendants du charbon comme le Danemark ou l'Allemagne. En revanche, l'efficacité énergétique est un point faible de l'Hexagone.

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