Les entreprises peuvent-elles être le moteur de la croissance verte ?

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ÉDITION SPÉCIALE / Près de six mois après le sommet mondial Rio+20 sur l’environnement, le jury n’a pas encore décidé s’il était possible d’obtenir une croissance plus verte. En l’absence d’engagements importants pris par les pays participants, les fonctionnaires de l’UE ont du placé leurs espoirs dans des accords volontaires des secteurs de l’industrie, dont celui du plastique et du PVC. Peuvent-ils toutefois permettre d’atteindre des résultats ?

 

Dans les mois qui ont précédé la conférence des Nations unies sur le développement durable à Rio de Janeiro, les fonctionnaires de l'UE ont promis qu'ils insisteraient pour obtenir des engagements contraignants sur la croissance verte, la préservation des ressources et la gouvernance mondiale de l'environnement, malgré le ralentissement économique dans la plupart des pays avancés.

 

« Nous ne pouvons attendre la fin de la crise économique pour nous attaquer aux crises qui touchent actuellement les ressources, l'environnement et le climat », a déclaré Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action pour le climat.

 

Très peu de cela s'est produit et près de six mois plus tard, le jury n'a pas encore décidé si la conférence serait le moteur d'un changement en l'absence d'engagement important.

 

« Même si de nombreuses personnes espéraient et voulaient plus de Rio, moi y compris, nous avons atteint des progrès notables », a déclaré récemment Janez Poto?nik, le commissaire en charge de l'environnement.

 

Des fédérations d'entreprises et des sociétés multinationales soutiennent que la conférence Rio a permis d’engendrer des progrès notables, dont une action volontaire en faveur d'une relance de l'économie vers une production, une consommation et des achats plus durables.

 

Linda J. Fisher, la vice-présidente et responsable en chef du développement durable pour la multinationale américaine de l'industrie chimique DuPont, a récemment déclaré que « le développement durable est devenu une priorité commerciale axée sur le marché tout au long de notre chaîne de valeur ».

 

Depuis la conférence de Rio, les multinationales de l'industrie chimique et les entreprises alimentaires et énergétiques ont ajouté une initiative de préservation de l'énergie à leurs autres objectifs de développement durable, a indiqué Mme Fisher dans un communiqué célébrant les 20 ans de l'entreprise qui établit des rapports sur le développement durable.

 

Au Brésil, des dizaines de sociétés ont promis de devenir plus écologiques et transparentes dans leur rapport sur les mesures en faveur du développement durable.

 

Par exemple, l'industrie du vinyle en Europe a accepté de remplacer les additifs à base de plomb, de réduire l'utilisation de l'énergie et de favoriser le recyclage du plastique au chlorure de polyvinyle (PVC) généralement utilisé dans les canalisations d'eau urbaines, la plomberie domestique, les fenêtres et les portes.

 

D'autres encore, comme DuPont, ont renforcé les objectifs déjà fixés.

 

« Nous ne sommes plus en 1992 »

 

À Rio, certaines sociétés et fédérations d'entreprises, situées principalement en Europe, ont fait pression en faveur d'actions supplémentaires. Le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable et son partenaire Rio Business Action for Sustainable Development ont également appelé les dirigeants de gouvernement à fixer des objectifs mondiaux de développement durable en partie afin de définir des règles équitables entre les entreprises dans les pays avancés et émergents.

 

Le Forum économique mondial, qui représente 1 000 des plus grandes entreprises au monde, a exhorté les dirigeants de gouvernements à élaborer « des objectifs ambitieux, universels et équitables pour le développement durable » et à encourager les partenariats public-privés afin de relevé les défis du développement et de l'écologie.

 

Dominic Waughray, directeur principal et responsable des initiatives environnementales au Forum économique mondial, a reconnu que Rio 2012 n'était pas semblable à Rio 1992. À l’époque, dans l'esprit internationaliste de la période de l’après-guerre froide, la déclaration de la conférence, ou l’Agenda 21, a présenté des projets en faveur de l'éradication de la pauvreté et de l'amélioration de l'environnement.

 

M. Waughray a cependant indiqué que les résultats de cette année ne constituaient pas nécessairement un recul. Le monde n'est plus dominé par les vainqueurs de la guerre froide. Les pays émergents, dont le Brésil qui a accueilli la conférence en juin dernier, ont joué un rôle primordial dans la défense de leurs propres intérêts.

 

« Plutôt que la perspective habituelle selon laquelle Rio était d'une manière ou d'une autre un échec […] ou une déception, je pense que beaucoup de gens n'ont pas été surpris qu'il fût difficile pour la procédure intergouvernementale de donner lieu à un nouveau programme cohérent pour le développement durable étant donné les demandes gouvernementales multiples dans l'espace international », a déclaré M. Waughray à EURACTIV. « Nous ne sommes plus en 1992. »

 

Le rôle de la société civile et des entreprises dans l'élaboration du document final, « The Future we Want », et dans le lancement d'une action volontaire constitue un autre changement.

 

Par le passé, ce niveau d'implication était inconnu et réservé aux négociateurs du gouvernement, a ajouté M. Waughray. « Vous n’étiez pas nécessairement à l’origine […] de la solution proposée […] Ici, nous avons assisté à ce genre d'inclinaison, à la prise de conscience que nous vivons dans un monde multidimensionnel et que ce genre de partenariats peut réellement faire avancer les choses. »

 

L'action gouvernementale absente à Rio

 

Certains groupes militants qui en attendaient plus de la conférence de Rio ont toutefois indiqué que les initiatives d'entreprises et les actions volontaires ne remplaceront jamais le contrôle et la réglementation des gouvernements.

 

Olivier Hoedeman, le coordinateur de campagne pour l’Observatoire de l'Europe industrielle, observe un passage progressif vers des engagements volontaires en matière d'environnement. « Cela signifie qu'un facteur essentiel est omis et il s'agit simplement de l'action gouvernementale. »

 

« La proposition d'accords volontaires destinés à éviter la réglementation constitue une stratégie courante du secteur », a indiqué M. Hoedeman à EURACTIV. « Nous l'avons remarqué avec les voitures et les émissions de CO2 dans l'UE. Dans les années 1990, la Commission a accepté un plan d'action volontaire de l'industrie automobile et elle a dû ensuite conclure qu'il n'apportait rien et qu'une [alternative] était nécessaire. »

 

« Dans le même temps, vous avez perdu cinq à dix ans et il s'agit du problème général s'il existe plusieurs attentes non réalistes. »

 

Dominic Waughray du Forum économique mondial a cependant indiqué que les partenariats de Rio n'impliquaient pas que des entreprises, mais aussi des organisations civiles et de défense de l'environnement. Il a ajouté qu'elles faisaient pression sur les dirigeants de gouvernement afin qu'ils soient plus ambitieux que lors de la conférence de Rio à laquelle n’ont tout simplement pas assisté Barack Obama, Angela Merkel et David Cameron.

 

« Le souhait et la demande des grandes sociétés qui suggèrent que nous avons besoin de ce genre de choses sont très importants parce qu'ils créent un sentiment d'urgence et d'intérêt pour les décideurs », a-t-il poursuivi.

 

Les prochaines années offrent une occasion importante d'élaborer des objectifs de développement étant donné que les objectifs du Millénaire pour le développement prennent fin en 2015.

 

« Si nous continuons de la sorte en 2015 et que vous [me] posez les mêmes questions, je répondrais que […] je serai déçu que nous ne soyons pas parvenus à réaliser quelque chose d'ici là », a déclaré M. Waughray.

 

Janez Poto?nik a appelé à l'annulation des objectifs mondiaux sur la préservation des ressources et à un renforcement de la gouvernance environnementale mondiale. Il a récemment déclaré à Bruxelles que « même si de nombreuses personnes espéraient et voulaient plus de Rio, moi y compris, nous avons atteint des progrès notables ».

 

« Les progrès les plus importants demeurent la pleine adhésion au concept d'économie verte et la reconnaissance que notre base de ressources naturelles soutient le développement économique et social de la planète », a déclaré le commissaire en charge de l'énergie. « Cela ouvre les portes à des engagements mondiaux plus forts sur les questions clés telles que la terre et le sol, mais également l'eau, les océans, la biodiversité, les écosystèmes et les forêts. »

 

Olivier Hoedeman, le coordinateur de campagne pour l’Observatoire de l'Europe industrielle, a déclaré : « Bien sûr, il est difficile d'être contre une initiative volontaire, qui en elle-même, peut être très efficace. Elle survient toutefois dans un contexte où les agences de l'ONU et d'autres gouvernements désignent ces accords volontaires comme un élément clé de la solution aux problèmes mondiaux de développement durable, et je pense qu'il s'agit réellement d'un problème fondamental. Si vous voulez un programme fort d'accords intergouvernementaux contraignants et des agences de l'ONU avec des pouvoirs et des budgets suffisants pour avoir leur propre ensemble de politiques proactives, combinés ensuite à quelques initiatives volontaires, alors le contexte serait très différent. »

 

Plus de 40 000, dont 100 chefs d'État et de gouvernement, se sont réunis lors de la conférence Rio+20 du 20 au 22 juin, sur fond de crise économique et budgétaire dans les économies avancées.

 

Les dirigeants de l'Union européenne n'ont pas atteint leur but, qui était d'imposer des objectifs contraignants sur le développement durable, la protection des ressources et la transition vers une économie verte. Les pays en développement se sont montrés prudents face à ce programme, peu convaincus que l'UE et les autres grands donateurs avaient l'intention d'en assumer les coûts.

 

L'UE n'a pas non plus réussi à renforcer les pouvoirs des Nations unies en matière de politique environnementale. Les organisations européennes de défense de l'environnement ont quant à elles été déçues qu'aucun accord n'ait été conclu pour mettre un terme aux subventions des carburants fossiles.

 

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a toutefois salué les conclusions du sommet, soulignant qu'un fonds de 513 milliards de dollars (394 milliards d'euros) a été promis pour la sécurité alimentaire, l'accès à l'énergie et à l'eau potable, et la gestion des océans.

 

D'autres engagements ont été décidés, comme celui de planter 100 millions d'arbre, d'encourager 5 000 femmes entrepreneurs à développer des activités pour l'économie verte en Afrique, et de recycler 800 000 tonnes de plastique au chlorure de polyvinyle (PVC) par an. 

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