Les îles européennes à l’avant-garde de la transition écologique

En Guadeloupe, où il y a 70 000 chômeurs pour 400 000 habitants, l'essor de l'énergie est un enjeu important.

Les territoires d’Outre-mer ont un grand potentiel en matière d’ énergies marines renouvelables. Mais l’UE peine à développer une vraie politique en ce sens.

Pour lutter contre le réchauffement climatique et amorcer la transition écologique prévue par l’accord de Paris, l’Union européenne s’est fixé comme objectif d’augmenter la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique.

« Les énergies marines sont un secteur à fort potentiel, affirme Xavier Guillou, expert des politiques énergétiques marines à la Commission européenne. En 10 ans, il faut qu’on fasse autant dans ce secteur que ce qu’on a fait en 30 ou 40 ans. » Le défi est de taille.

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Des territoires d’expérimentation

Les îles rattachées à l’UE et disséminées un peu partout sur les océans du globe sont pour lui des « laboratoires » de choix pour tester les technologies d’énergie marine. Deux entreprises du secteur sur trois sont européennes mais nombre de technologies, comme l’hydrolien, ne sont pas encore prêtes à être utilisées à grande échelle.

Avec 11 millions de kilomètres carrés d’eaux territoriales (dont plus de 95 % sont situés dans les outre-mers), la France dispose de la deuxième plus grande surface maritime au monde, derrière les États-Unis. Elle contribue très largement à faire de l’UE la plus grosse Zone économique exclusive (ZEE) de la planète.

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Guadeloupe, Martinique, Réunion, Polynésie française… Un terrain de jeu énorme pour mettre en œuvre des projets de développement d’énergies marines. « L’UE sous-estime encore considérablement le potentiel considérable qu’il y a à valoriser ses territoires d’outre-mer », remarque Younous Omarjee, eurodéputé des français de l’Outre-mer.

Une volonté politique à trouver

Le prochain budget pluriannuel de l’UE (2021-2027) n’accordera, selon lui, pas de moyens supplémentaires pour faire vivre ces projets. « L’Europe fait un choix politique pour la défense par exemple, mais pas encore pour la transition énergétique. Entre 2008 et 2018, il ne s’est quasiment rien passé alors que l’objectif était déjà le même », regrette-il. La prochaine mandature du Parlement européen sera capitale, il y sera candidat.

Les territoires ultramarins ont « un rôle à jouer » dans la transition écologique pour l’eurodéputé. « Ils sont plus en avance que le continent pour les énergies renouvelables », fait-il valoir. La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique atteint 54 % en Guyane et 34 % en Guadeloupe, par exemple.

Effort important à fournir

« Il faudrait investir 10 milliards d’euros pour arriver à une transition écologique complète pour l’ensemble du territoire ultra-marin », analyse Sophie Auconie, députée d’Indre-et-Loire et membre de la commission développement durable à l’Assemblée. La simplification des procédures pour obtenir les crédits européens et un meilleur accompagnement financier des projets sont cruciaux selon elle.

L’UE a décidé de créer un nouveau fonds pour l’innovation « sobre en carbone » après 2020. Il sera financé par le système d’échange de quotas d’émission et comptera entre 5 et 10 milliards sur sept ans. Pas assez pour la députée française : « L’Europe a su lever 1 000 milliards pour une crise bancaire, elle doit pouvoir lever 1 000 milliards pour une crise climatique. »

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