Les patrons français mobilisés pour un plan d’investissement européen

L'Université d'été du Medef, à Jouy-en-Josas, 29 août 2014

Régulièrement critiques sur les institutions européennes, les chefs d’entreprises français s’intéressent néanmoins au plan d’investissement de 300 milliards d’euro en préparation.

« Il va exister bientôt une Europe des entrepreneurs ». Cette phrase pleine d’espoir de Pierre Gattaz, le président du Medef le syndicat des entreprises françaises, reflète l’intérêt du Medef pour l’Europe, mais aussi la critique permanente du monde des affaires contre les institutions européennes. A l’université d’été du Medef, chefs d’entreprises, politiques et syndicats ont échangé leurs points de vue sur le sujet jeudi 28 août.

La confiance dans le politique, un enjeu majeur

Au-delà des questions de fond, l’enjeu de la confiance est revenu comme un leitmotiv. « C’est une question psychologique, mais  les entrepreneurs ont besoin de se sentir en confiance pour lancer un investissement. Le fait que le premier ministre Manuel Valls dise qu’il aime les entreprises, puis que le ministre des Finances, Michel Sapin, dise la même chose, ça compte beaucoup pour notre moral » assure le dirigeant d’une PME franco-belge.  Le président du Medef allemand, Ulrich Grillo, n’a pas hésité à ironisé sur le discours de Manuel « Blair » Valls, tout en en saluant les mérites.

« On dirait qu’il y a plus de confiance entre les politiques et l’économie ici, et c’est la meilleure chose qui puisse arriver à la France » a assuré Ulrich Grillo, président de la fédération des industries allemandes (BDI).

Mais au rang des perspectives, c’est surtout la question des investissements européens qui semble cristalliser les attentes.

Consensus pour des investissements européens ambitieux

« Il y a  deux politiques européennes qui échappent à la critique, c’est la politique de soutien à la recherche et celle de soutien au marché intérieur » a assuré Louis Gallois, président du conseil de surveillance de Peugeot. Mais pour vraiment aider les entrepreneurs, l’ancien commissaire général à l’investissement estime qu’il faut aujourd’hui appuyer sur l’accélérateur au niveau des investissements européens.

« L’Europe est la zone de plus faible croissance dans le monde. Les déficits publics en sont partiellement responsables, même si l’absence de croissance freine  justement le remboursement de la dette. Mais vu le niveau très faible des taux d’intérêt, l’Europe aurait tout intérêt aujourd’hui à investir massivement : ses investissements seront forcément rentables, qu’il s’agisse d’interconnection électrique ou de numérique, les infrastructures ne peuvent que bénéficier fortement à la croissance ». De fait, pour Ulrich Grillo, les secteurs du numérique et de l’énergie ont un potentiel de croissance de 300 milliards d’euros dans les 3 prochaines annnées.

La BEI jugée trop frileuse

Tout en notant le projet d’investissement de 300 milliards d’euros annoncé par Jean-Claude Juncker, Louis Gallois propose de multiplier par deux les capacités de la Banque européenne d’investissement. « Il faut que la BEI soit moins frileuse et moins sensible à protéger son triple A » assène le dirigeant d’entreprise.

A la tête d’Air France, Alexandre de Juniac  a aussi souligné les investissements dans les infrastructures de l’Europe. « Le problème c’est que les projets européens, c’est long, c’est cher et ca dérape. Il y a des bonnes intentions, mais la réalisation est laborieuse » regrette le dirigeant d’Air France, plus disert sur les critiques que sur les bons points à apporter à l’UE.

Il a notamment regretté que la politique monétaire soit « devenue un sujet tabou en Europe. C’est un instrument fort, il ne faut pas hésiter à l’utiliser » a estimé le président de la première compagnie aérienne européenne, qui estime avoir un désavantage compétitif avec l’euro fort. 

Appel à un plan d’investissement de 2 % du PIB au niveau européen

Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, a aussi insisté sur l’ampleur du plan d’investissement envisagé. Comme l’Élysée, dont elle a salué le document de travail proposé en juin dernier au Conseil européen, la Confédération des syndicats plaide pour mobiliser un plan d’investissement d’ampleur, qui représente 2 % du PIB européen, sur 10 ans. L’Élysée plaidait en juin dernier pour un plan d’investissement de  1200 milliards sur 5 ans, ce qui représente 2 % du PIB sur la période.

« Bien sûr ça coûte de l’argent, et il faut que tous les pays participent, mais ce plan devrait permettre à l’Europe de se placer dans une situation de « réindustrialisation soutenable ». C’est possible !

Une position pas forcément majoritaire au sein des chefs d’entreprises, qui ont néanmoins manifesté leur sensibilité à l’idée d’un retour de la France sur la scène macroéconomique européenne.

« Nous avons besoin de la stabilité des prix, certes ; mais nous avons surtout besoin d’un couple franco-allemand qui fonctionne et que la France défende ses positions. Aujourd’hui la France est absente » a regretté Annette Palacio, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole. Des propos applaudis par l’auditoire.

Le nouveau gouvernement français nommé mardi 26 août a pris une nouvelle orientation plus social-libérale que précédemment. Le remplacement d'Arnaud Montebourg par Emmmanuel Macron au ministère de l'Economie a rassuré les milieux d'affaires qui voient en cet ancien banquier une oreille potentiellement attentive.

Le Premier ministre Manuel Valls a été ovationné lors de l'ouverture de l'université d'été du Medef mercredi 27 août, lors d'un discours durant lequel il a dit plusieurs fois "aimer l'entreprise".

>>Lire aussi : Manuel Valls renouvelle son soutien à l'axe franco-allemand

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.