Les renouvelables accusées de faire baisser les prix de l’électricité

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L’agence de notation Moody’s s’inquiète de la chute de 40 % des prix de l’électricité depuis 2011. Les surcapacités pénalisent les producteurs d’électricité en Europe.

Le futur des producteurs d’électricité s’annonce sombre. Selon l’agence de notation Moody’s, ils devraient être affectés par la faiblesse des prix de gros de l’énergie jusqu’à la fin de la décennie en raison de la hausse de la production d’énergie renouvelable conjuguée à la faiblesse de la demande.

Moody’s s’intéresse tout particulièrement au secteur car il est très émetteur de dettes : la construction des infrastructures électriques exige des investissements importants, et les revenus réguliers des opérateurs sont de nature à rassurer les banques. Qui leur prêtaient jusqu’alors plutôt facilement.

Trop d’énergies renouvelables en Europe

L’énergie renouvelable prend le pas sur les centrales électriques en Europe, ce qui créé une situation de surcapacité et tire les prix vers le bas, tandis que les centrales à charbon sont incitées à fermer en raison des mesures de protection contre le changement climatique.

Les énergies renouvelables sont prioritaires et leur électricité est systématiquement intégrée sur les réseaux, quitte à ce que les prix deviennent négatifs si le marché est saturé. Les producteurs doivent alors payer pour produire ; nombre d’entre eux préfèrent dès lors interrompre la production.

Les prix de gros dans le secteur de l’énergie en Allemagne ont baissé de plus de 40% depuis le printemps 2011, quand la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, avait fait grimper les prix.

Parallèlement, la demande a reculé pendant la crise dans la zone euro tandis que les rendements énergétiques s’amélioraient.

La baisse de la demande s’explique aussi par l’amélioration de l’efficacité énergétique, qui avance lentement en Europe.

>>Lire aussi : L’efficacité énergétique au coeur du Paquet climat 2030

Selon Moody’s, cette tendance, qui est par ailleurs largement encouragée par la législation européenne, devrait avoir une incidence négative sur les chiffres d’affaires des producteurs d’électricité.

« De notre point de vue, il va y avoir davantage de règlements et de réformes, ce qui affectera le secteur européen des services aux collectivités », estime l’agence.

De fait, la Commission européenne planche sur un nouveau Paquet Climat pour 2030 qui devrait faire progresser la part du renouvelable dans la consommation d’énergie. La réforme du marché du carbone qui est également prévue dans le Paquet plaide en revanche pour un hausse des prix de l’électricité ; elle n’est toutefois pas attendue immédiatement.

Les renouvelables, équivalent de 300 centrales nucléaires en Europe

La capacité de production d’énergie renouvelable, principalement solaire et éolienne terrestre, en Grande-Bretagne, France, Allemagne, Espagne, Italie et dans les pays nordiques a atteint 290 gigawatts à la fin de l’année 2013, représentant la production de près de 300 centrales nucléaires aux normes européennes et à comparer aux 205 GW de 2009.

Moody’s estime que l’espagnol Iberdrola, le britannique SSE, l’allemand EWE, ainsi que les français EDF et GDF Suez sont les mieux positionnés dans la région.

Les poids-lourds allemands du secteur E.ON et RWE sont dans la zone d’entre-deux en termes d’impact négatif.

Sur le marché français, Moody’s estime qu’EDF, qui gère le plus important parc nucléaire au monde, devrait également être pénalisé par la faiblesse des prix de gros, notamment en raison de la disparition des tarifs régulés.

La faiblesse des prix de l’électricité sur le marché du gros reflète à la fois des situations de surcapacités temporaires et la faiblesse des prix du marché du carbone. La production d’électricité à partir de charbon, qui émet énormément de CO2, est en effet tout à fait rentable actuellement, alors que la tonne de CO2 reste autour de 5 euros par tonne.

L’abondance irrégulière d’énergies renouvelables sur le marché compromet la rentabilité de certaines installations, et pénalise tout investissement futur selon les énergéticiens. Selon le think tank du Premier ministre français, l’organisation du système électrique européen ne serait pas un succès.

>>Lire aussi : Le système électrique européen, un échec ?

 

Fin 2008, l’Union européenne s'est donné, avec le « paquet climat-énergie », des objectifs pour 2020 : des émissions de gaz à effet de serre réduites de 20 %, une efficacité énergétique accrue de 20 % et une part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie portée à 20 %. Cependant la cohérence entre ces objectifs reposait sur des anticipations économiques et politiques qui se sont révélées erronées. 

Aucune des projections sur lesquelles elle reposait ne s’est cependant confirmée. La crise financière est passée par là, mais aussi la révolution des gaz de schiste aux États-Unis.

Le recours au charbon s’est accru, son prix ayant baissé sous l’effet du développement des gaz de schiste (le prix du charbon en Europe a baissé d’environ 30 % entre janvier 2012 et juin 2013), et les émissions allemandes ont augmenté en 2012. Quant au leadership de l’Europe dans le domaine des renouvelables, il a été entamé, partiellement au moins, par la poussée chinoise dans le domaine du photovoltaïque.

novembre 2014 : le conseil européen se penchera sur les objectifs climatiques pour l'UE en 2030

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