L’immense défi de la sortie du plastique

Alors que le projet de loi contre le gaspillage et pour une économie circulaire doit être adopté ce 21 janvier par l’Assemblée nationale, les obstacles à l’abandon du plastique sont légion. Un article de notre partenaire La Tribune.

« Plastic bashing » : depuis quelques années, cet anglicisme commence à se frayer un chemin dans la langue française. Suggéré par les industriels du plastique pour déplorer le dénigrement dont leur produit serait de plus en plus victime, il reflète néanmoins une tendance réelle : la préoccupation grandissante de l’opinion publique à propos de l’impact de la prolifération du plastique sur la planète.

8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produites dans le monde entre 1950 et 2015, d’après la revue scientifique Science Advances. Son premier débouché est l’emballage, qui en Europe représente près de 40 % de la consommation de plastique, et dont la durée de vie est par nature très courte. Son bilan environnemental est donc catastrophique. Selon la revue Science, 250 kilos de plastique sont rejetés chaque seconde dans les mers du monde. Avalés par la faune marine, ils nuisent à la biodiversité et entrent dans la chaîne alimentaire. Un rapport de l’université de Newcastle pour le WWF révèle qu’en buvant de l’eau en bouteille, ou en mangeant des fruits de mer, une personne ingère jusqu’à 5 grammes de plastique par semaine : l’équivalent du poids d’une carte de crédit. Sans compter que la production de plastique est responsable de 6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Les déchets plastiques sont plus souvent brûlés que recyclés en Europe

Si le taux de recyclage progresse de 1,4% entre 2016 et 2018, pour un total de 32,5%, il reste toujours inférieur au taux de valorisation énergétique, qui s’élève à 42,6% des déchets plastiques (en hausse de 0,9% sur la période). Un article du JDLE.

Ainsi, tandis que les producteurs de plastique préfèrent insister sur les atouts qui ont fait le succès de ce matériau « fantastique », les appels des ONG à sortir du plastique sont désormais doublés d’actions citoyennes. Comme le mouvement Plastic Attack, né au Royaume-Uni et présent en France depuis 2018, qui incite des groupes de consommateurs à faire ensemble leurs courses dans un magasin, puis à laisser sur place les emballages qu’ils jugent inutiles. Des pétitions appellent les fast foods à arrêter de distribuer gratuitement des jouets en plastique dans les menus pour enfants.

Le « Plogging », qui consiste à courir en ramassant des déchets, devient tendance. Et selon un sondage réalisé en juin 2019 par le cabinet de conseil et d’audit PwC, plus d’un tiers des Français dit préférer des produits avec peu d’emballages, voire carrément éviter l’utilisation de plastique. Des Français qui expérimentent souvent de nouvelles solutions, remettant au goût du jour des comportements que quelques décennies d’essor du jetable ont suffi à faire oublier : le vrac, le réemploi des emballages, la consigne…

Les autorités gouvernementales s’y mettent aussi, malgré les mises en garde des lobbies contre le danger d’une destruction d’emplois. À travers le monde, de plus en plus de pays choisissent d’interdire des objets en plastique à usage unique : des sacs de caisse aux pailles, en passant par les gobelets. La France est l’un d’entre eux, depuis l’adoption de la loi de transition énergétique de 2015, puis de la loi Egalim de 2018. Ces lois ont ainsi partiellement anticipé la transposition d’une directive adoptée par l’Union européenne en mai 2019, qui rehausse encore les objectifs.

Mais le projet de loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire va encore plus loin, en fixant un objectif de sortie de l’ensemble des emballages plastiques à usage unique pour 2040. Certaines législations recourent même à l’instrument fiscal, en imposant des « plastic taxes » censées décourager l’achat d’emballages. Le gouvernement italien l’a fait dans la loi de finances 2020, où l’impôt a été fixé à 0,45 centime d’euro pour chaque kilo de plastique vierge mis sur le marché. L’Union européenne songe aussi à recourir à une taxe sur le plastique, afin d’équilibrer le prochain budget européen.

Les plus gros pollueurs s’engagent

Soucieuses de leur réputation, comme d’éviter des contraintes réglementaires, les entreprises multiplient donc les engagements. C’est le cas notamment des plus gros pollueurs : Coca-Cola, Nestlé, PepsiCo, mais aussi Procter & Gamble, Philip Morris, Mars, Colgate-Palmolive, Perfetti Van Mille et Mondelez International. PepsiCo et Procter & Gamble sont aussi membres d’une « Alliance pour en finir avec les déchets plastiques », groupe de multinationales lancé en 2019 à Davos et visant à mobiliser plus d’un milliard d’euros pour cette cause. Unilever a annoncé en octobre vouloir diviser par deux ses emballages en plastique, ainsi qu’en collecter et transformer plus qu’il n’en commercialise avant 2025.

Vers une interdiction partielle des microplastiques en UE en 2020

L’Agence européenne des produits chimiques  va suggérer d’interdire l’usage volontaire de certains microplastiques, intégrés à des produits tels les cosmétiques, les détergents et les engrais, a-t-elle annoncé lors d’une conférence sur les plastiques le 18 janvier à Helsinki. Un article du Journal de l’environnement.

A la même échéance, Nestlé affirme vouloir rendre tous ses contenants soit recyclables soit réutilisables, et augmenter jusqu’à 35 % la part de matière recyclée dans ses bouteilles. Pendant les prochaines cinq années, il compte d’ailleurs investir jusqu’à 2 milliards de francs suisses (1,8 milliard d’euros) pour développer la filière des plastiques recyclés. Coca-Cola et Pepsico, qui affichent des objectifs semblables, ont même défrayé la chronique de l’été 2019 en se retirant du principal organisme de lobbying de l’industrie du plastique au monde, celui américain.

De beaux jours devant lui

Au moment où la transition écologique devient l’un des sujets majeurs de la décennie 2020, ce ferment ne semble que destiné à grandir. Mais se passer de ce matériau devenu, depuis les années 50, l’un des piliers de la société de consommation, se révèle aussi complexe qu’abandonner les énergies décarbonées. Toutes les solutions butent sur des obstacles techniques, économiques ou culturels. Comme lutter contre le changement climatique, sortir du plastique semble carrément demander de changer de modèle sociétal.

D’ailleurs, au niveau mondial, le plastique semble encore avoir de beaux jours devant lui. Aux yeux des consommateurs des pays émergents et en voie de développement, ses avantages immédiats priment encore face aux craintes environnementales. Bien que les infrastructures de collecte des déchets y soient particulièrement défaillantes, les multinationales suppriment alors les bouteilles en verre consignées, arrosent le marché de produits monodoses, jusqu’à vendre de l’eau en petits sachets. Les emballages s’entassent sur les terres, dans les fleuves, finissent dans la mer. Mais l’industrie du plastique continue de tourner.

L’ONU se résout à réduire les plastiques à usage unique

Plus de 170 États membres de l’Assemblée de l’ONU pour l’environnement ont pris plusieurs engagements, le 15 mars à Nairobi, dont la réduction significative des plastiques à usage unique. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

En 2018, la production mondiale de ces matières a encore crû de 3,2 %, en atteignant 359 millions de tonnes. Un tiers venait de Chine, qui a encore augmenté ses capacités de production de plastiques, sur la base de charbon. Ainsi, à moyen terme, plutôt que disparaître, le plastique viendra sauver le pétrole, dont les débouchés énergétiques s’amenuisent. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la pétrochimie est déjà devenue le principal facteur de la croissance de la demande d’or noir, devant les transports, et représentera plus de la moitié de cette croissance d’ici 2050. Aux frais de la planète et des humains.

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