Municipales : l’urgence environnementale va-t-elle profiter aux Verts, et d’abord à Paris ?

[EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

En mars prochain, Europe Écologie-Les Verts espère gagner des municipalités dans toutes les régions. Mais si les idées écologistes sont entrées en campagne, rien ne dit que les Français voteront pour les Verts. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Bordeaux, Lyon, Marseille, Rouen, Besançon, Poitiers, Villeurbanne, Strasbourg, Nantes, Perpignan, Boulogne-Billancourt, Ivry-sur-Seine, Noisy-le-Sec, Gentilly, Paris 18e et enfin Paris 20e. Présentant ses vœux pour l’année 2020, le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a listé toutes les communes et tous les arrondissements « prenables » aux prochaines élections municipales.

« Un bulletin de vote vert est le meilleur passeport vert pour le changement », a ainsi martelé Julien Bayou, le 15 janvier dernier.

Car, depuis sa troisième place aux dernières élections européennes, derrière le Rassemblement national (RN) et La République en marche, EELV s’imagine désormais en grand vainqueur ou a minima en faiseur de rois lors du scrutin de mars prochain. Cette volonté se heurte toutefois aux discours de ses concurrents qui se présentent également comme « écologistes ». À commencer par le chef de l’État, Emmanuel Macron, qui vante le « rôle clé » des maires pour les « initiatives les plus innovantes » en matière de transition écologique, jusqu’à la présidente du FN, Marine Le Pen, qui plaide pour le localisme.

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« Il est temps de vivre nos villes différemment »

Sans surprise, les Verts, qui dirigent la grande ville de Grenoble depuis 2014 ainsi que quelques communes ici et là, récusent ce positionnement politique chez leurs adversaires. À l’image de Julien Bayou, ils répètent en effet « qu’il est temps de concevoir, construire, gérer et vivre nos villes différemment ».

Dit autrement, dans les communes où ils exercent déjà le pouvoir en coresponsabilité avec des couleurs politiques différentes de la leur, les élus EELV considèrent toujours que le bilan vert des municipalités en question est le leur, surtout en ces temps de campagne électorale. En revanche, dès qu’une décision qu’ils qualifient d’« anti­écologique » est adoptée par le conseil municipal sans leurs voix, ils l’érigent en « contre-exemple » à ne pas reproduire… tout en restant dans la majorité jusqu’à la fin du mandat.

Les écologistes officiels en oublieraient presque que l’environnement est devenu la première préoccupation des Français, quelle que soit leur sensibilité politique. Selon notre sondage La Tribune-ElabeVeolia, réalisé la veille du congrès des maires en novembre 2019 auprès de 1 011 personnes, 85 % des sondés déclarent souhaiter que ces questions occupent une « place importante » dans les propositions des candidats. Ils sont même plus de 90 % chez les électeurs du chef de l’État (92 %) ou de Benoît Hamon (95 %). Ce consensus se retrouve aussi quelle que soit la taille de la commune concernée. Qu’ils vivent dans un village de moins de 2 000 habitants ou en région parisienne, ils sont entre 81 % et 88 % à plébisciter cette cause.

À Paris, le torchon brûle entre les écologistes et Hidalgo 

À chaque élection municipale depuis celle de 2001, le même scénario se répète à Paris. Avant le premier tour, les socialistes s’allient avec les communistes, pendant que les écologistes partent en solitaire avant de rejoindre les listes de gauche en vue du second tour. Ce scrutin n’échappe pas à la règle. La maire candidate (PS) Anne Hidalgo a en effet embarqué avec elle son adjoint PCF au logement, Ian Brossat, tandis que le président du groupe Europe Écologie-Les Verts (EELV) sortant, David Belliard, conduit ses propres troupes.

Ce positionnement n’en reste pas moins surprenant, sachant que chez les Verts, Célia Blauel et Christophe Najdovski, maires adjoints respectivement chargés de la transition écologique et des transports, soutiennent l’édile sortant. L’écologiste David Belliard, lui, peut compter sur l’appui d’Antoinette Guhl, adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, et d’Anne Souyris, chargée de la santé. Cette dernière justifie d’ailleurs cette candidature « comme la seule chance pour Paris de changer la donne ».

« Nous pouvons porter de manière centrale, forte et quasi exclusive la question écologique, estime-t-elle. La question des leviers économiques contrarie à chaque fois la logique écologique. Avec nous, on n’oubliera pas l’écologie. »

La politique urbanistique de Missika dans le viseur d’EELV

Parmi les points de crispation actuels, la construction de six tours, dont une de 180 mètres de haut, à la frontière de Bercy (Paris 12e) et de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), votée en juillet 2018 par le Conseil de Paris. D’un côté, le candidat écologiste dénonce « un projet de surdensification et de bétonisation qui ne respecte pas le plan climat de la Ville ». De l’autre, Anne Hidalgo se souvient de « votes majoritaires et d’oppositions très conservatrices », concluant : « La question de la hauteur est derrière nous. »

En réalité, c’est l’ensemble de la politique urbanistique menée par l’adjoint (apparenté PS) Jean-Louis Missika qui est dans le viseur de David Belliard. Les appels à projet successifs « Réinventer Paris » sont ainsi qualifiés de « rhabillage du patrimoine de prestige au profit d’acteurs privés ». C’est sans doute pour toutes ces raisons que le candidat écologiste s’est prononcé dans Le Point pour « la fin de l’automaticité d’une alliance entre les socialistes et les Verts ». Et s’il se dit régulièrement en faveur d’une « coalition climat » pouvant intégrer jusqu’aux listes du marcheur dissident Cédric Villani, il serait déjà en train de négocier avec l’équipe d’Anne Hidalgo pour la suite.

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