La tâche herculéenne du recyclage du plastique

Le recyclage ne concerne encore qu'une petite partie des plastiques. [Shutterstock]

Le plastique neuf est toujours plus utilisé que le recyclé, faute au manque de demande, à un taux de collecte trop bas et à un marché trop fluctuant.

Face à l’impossibilité d’envoyer ses déchets plastiques en Chine et à des inquiétudes environnementales grandissantes, Bruxelles souhaite mettre en place un marché interne du recyclage. Ces dix dernières années, près des deux tiers des déchets plastiques exportés de tous les pays du monde ont fini en Chine.

L’Europe ne s’en tire pas trop mal quant au recyclage des emballages plastiques, puisque 30 % environ de ces emballages y sont récoltés, contre une moyenne de 10 % pour le reste du monde. Pourtant, seul entre 14 et 18 % du plastique récolté est destiné au recyclage, selon un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 24 % de ce plastique est incinéré et le reste fini dans des décharges ou est éliminé de manière illégale, dans la nature, ce qui illustre bien l’ampleur du problème partout dans le monde.

Selon les estimations de l’OCDE, 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à la collecte des déchets. Les dommages écologiques causés par la mauvaise gestion du plastique sont estimés à plus de 11 milliards d’euros par an.

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Recyclage difficile

Le rapport de l’organisation souligne que le plastique recyclé n’est toujours pas considéré comme un premier choix. Les acheteurs ne se tournent vers lui qu’en cas de manque de plastique neuf ou si celui-ci devient tout à coup très cher.

Les recycleurs insistent sur le fait que la production de plastique nécessite d’énormes volumes d’énergie et émet des millions de tonnes de gaz à effet de serre. En 2012, elle a représenté 1 % des émissions totales dans le monde et a utilisé 4 % du pétrole et du gaz consommé sur la planète.

Les prix des combustibles fossiles dictent donc le prix du plastique, y compris quand il est recyclé. L’OCDE estime qu’il serait plus logique de lier les prix des matières recyclées aux coûts de collecte, triage et traitement.

Dans le système actuel, les recycleurs ont peu de possibilités pour l’ajustement de leurs coûts et sont donc prisonniers des fluctuations des prix du pétrole, influencés par des facteurs très larges et incluant les conflits et éléments géopolitiques.

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Problématiques de traitement

Le rapport de l’OCDE reconnait que les politiques adoptées dans certains pays ont fait croître les marchés du recyclage, mais ceux-ci restent très marginaux. Les recommandations du rapport incluent trois solutions testées et efficaces : des objectifs de recyclage, afin d’augmenter l’approvisionnement et de réduire les coûts, des régimes de responsabilité du producteur élargis et des initiatives de communication.

Ariadna Rodrigo, de l’association Zero Waste Europe, estime que le rapport « souligne à raison qu’il va falloir changer les choses pour régler la crise de la pollution plastique », mais que l’OCDE ne propose pas ce qui est vraiment nécessaire : « une série détaillée d’incitatifs faisant de la prévention une réalité ».

Le rapport ne se penche cependant pas uniquement sur le recyclage, et liste une série d’idées plus complexes qui pourraient avoir un impact tout aussi important sur le marché, comme des politiques d’appel d’offres du secteur public, le partage des bonnes pratiques, des taxes et des mesures contre les décharges et le trafic illégaux.

Une taxe plastique a été envisagée au niveau européen, à la fois pour les raisons soulignées par l’OCDE et pour renflouer les caisses d’une Europe privée de la contribution britannique. L’idée a rapidement été abandonnée.

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Assurance de qualité

Les auteurs du rapport insistent également sur le fait que le processus de recyclage est très technique et souvent plus cher que la production de plastique neuf, à cause des nombreux polymères ajoutés par les fabricants.

« Si la qualité du plastique recyclé n’est pas toujours excellente, c’est parce que la plupart des produits n’ont pas été conçus pour le recyclage », confirme Antonino Furfari, de l’association des recycleurs européens. « Si le marché est fragmenté, c’est parce que la collecte et le triage n’ont pas assez crû et n’ont pas été assez tournés vers la qualité. »

L’OCDEE appelle donc à une amélioration des processus de conception, via des formations pour les producteurs, et appelle l’industrie à choisir des normes pour les polymères.

Le rapport conclut toutefois qu’« aucune intervention à elle seule ne constitue une solution. L’établissement de marchés opérationnels pour le plastique recyclé nécessite des mesures mondiales, nationales et locales ».

UE en tête

Le 28 mai, la Commission européenne a prévu de publier une proposition pour limiter les plastiques à usage unique, première mesure tangible de la stratégie plastique adoptée en janvier.

Cette proposition s’ajoutera aux règles de gestion des déchets approuvées par le Conseil le 22 mai. La révision des lois existantes devrait ainsi se conclure sur un objectif de recyclage des déchets municipaux de 60 % d’ici 2030 et 65 % d’ici 2035.

D’autres dispositions comprennent un objectif de réduction des décharges de 10 % pour les déchets ménagers et une obligation pour les États membres de veiller à ce que toutes les matières recyclables ou valorisables ne se retrouvent pas en décharge. Les nouvelles règles entreront en vigueur 20 jours après leur publication au Journal officiel de l’UE.

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