Paris mobilise ses ambassadeurs sur le climat

La pollution à New-Delhi, en Inde

La diplomatie française s’active pour mobiliser les populations autour de la question climatique. Que ce soit en Chine via les réseaux sociaux ou en Pologne auprès des universitaires.

Comment arracher un accord lors de la conférence Paris Climat 2015 : la question taraude la France, qui mobilise sa diplomatie pour tenter de mobiliser autour de ce sujet.

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La conférence des ambassadeurs français, qui réunit les diplomates français une fois par an fin août à Paris, s’est penchée sur le sujet lundi 25 août,  en expliquant la stratégie adoptée par le réseau d’ambassades françaises.

Choisir entre un accord global et un accord ambitieux

A un peu plus d’un an du grand raout parisien, la question n’est pas tant de savoir si un accord sera signé. Laurence Tubiana, qui a été nommée représentante spéciale pour la Conférence Paris Climat 2015, se dit confiante là-dessus. En revanche « il y a une tension entre un accord qui inclut tout le monde, et un accord qui soit suffisamment ambitieux. Tout l’enjeu est là aujourd’hui » assure la spécialiste, ancienne conseillère du gouvernement Jospin et présidente de l’IDDRI.

L’objectif de diviser par deux les émissions de CO2 d’ici 2050, qui permettrait de stabiliser la hausse des températures à +2 °, est bien sûr en ligne de mire, mais sans naïveté, tant l’effort pour y parvenir semble aujourd’hui incommensurable. Mais toutes les voies qui permettront de le faciliter sont exploitées.

« On cherche un accord classique, mais qui puisse s’adosser à d’autres volets, d’autres méthodes de travail. Il est important de mobiliser les gouvernements pour que l’accord soit signé, mais aussi de travailler avec les collectivités locales.

Pour ce faire, Laurence Tubiana compte notamment sur la position commune qui doit être définie par l’Europe sur le sujet.

La Pologne ok pour monter dans le train, mais dans le wagon fumeur

Une position qui ne fait pas l’objet d’un consensus aujourd’hui, notamment en raison de la Pologne qui freine des quatre fers. Alors que 90 % de son électricité est produite à base de charbon,  le pays rechigne à signer pour un objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’UE.

« La Pologne est d’accord pour monter dans le train du changement climatique, pourvu qu’elle puisse rester dans le wagon fumeur » résume non sans humour l’ambassadeur de France en Pologne, Pierre Buhler.

Le pays qui met jusqu’alors des bâtons dans les roues à ses partenaires européens pour s’unir derrière un objectif de réduction des émissions ambitieux d’ici 2050 devrait selon lui infléchir sa position pourvu que l’Europe ne lui impose pas de contrainte trop forte sur ses propres efforts.  Une position encore frileuse, sur laquelle l’ambassade de France tente d’animer le débat en organisant des séminaires académiques et médiatiques notamment.

Alors qu’il y a un an la Pologne espérait rallier d’autres pays à une position commune, qui aurait été de ne pas faire de zèle en matière de climat puisque l’Europe ne contribue que pour 11 % des émissions de CO2, le pays d’Europe centrale semble désormais prêt à négocier. Les pays européens auraient du évoquer la question en mars dernier lors d’un Conseil européen. Le paquet climat proposé par la Commission suggère d’opter pour une réduction de 40 % des émisssions de CO2 entre 1990 et 2030. Les 28 doivent de nouveau se pencher sur le texte le 23 octobre prochain, et se mettre d’accord pour une position commune pour Paris Climat 2015 d’ici le premier trimestre 2015, selon la Commission européenne.

La société civile à la rescousse

La Chine représente un pays pivot pour le futur accord, en raison de l’intensité de ses émissions de CO2. Elle en émet en effet 8,3 milliards de tonnes par an sur les 40 milliards de tonnes émis dans le monde.

 « La position de la Chine a beaucoup évolué depuis Copenhague. A cette époque, elle pensait avoir le droit d’émettre du CO2 pour  permettre son développement. Maintenant, le Premier ministre a déclaré la guerre à la pollution parce que la population y est très sensibilisé.» assure Sylvie Bermann, ex ambassadeur en Chine qui prend ses fonctions au Royaume-Uni.

Les réseaux sociaux et les jeunes représentent le principal relais d’opinion sur lequel s’appuient le réseau diplomatique français pour faire parler encore plus des enjeux. La Chine compte aujourd’hui 800 millions d’internautes. Le Forum Chine Europe est notamment devenu un des vecteurs du débat.

En Inde, la question climatique reste un débat lointain. « La préoccupation de la plupart de la population, c’est comment avoir un toit, à manger, un emploi. Donc le climat n’est clairement pas une priorité » assure François Richier, ambassadeur en Inde, tout en assurant que le gouvernement indien n’est pas contre la lutte contre le changement climatique. Le sous-continent a une position dogmatique, alors que le pays repose pour 66 % de son électricité sur le charbon.

Pour tenter de faire avancer le thème, l’ambassade s’attacher à repérer les membres de la société civiles susceptibles de relayer ses idées. Notamment avec un réseau franco-indien de l’eau ou des manifestations autour de la pollution à New Delhi. Dans l’agglomération la plus polluée du monde, 1400 nouvelles voitures sont mises en circulation tous les jours. Un exemple qui illustre bien combien les priorités différentes risquent de peser sur le résultat de Paris Climat 2015.

Penser climat et sécurité énergétique en même temps

Laurence Tubiana appelle d’ailleurs à penser cet accord de façon plus globale, et à réfléchir sur les questions de sécurité énergétique en parallèle.

 

« Il faut désormais apprendre à penser de façon plus globale. C’est ce que montre la crise ukrainienne : on a tout de suite pensé sécurité d’approvisionnement du gaz…mais ce n’est pas le bon raisonnement. La logique voudrait qu’une telle crise permette que l’on s’affranchisse de notre dépendance aux hydrocarbures »rappelle Laurence Tubiana, qui en profite pour souligner les questions de sécurité publique doivent être clairement établis lorqu’il est question de nucléaire.

 

 

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

La COP 19 aura lieu à Varosovie fin novembre 2013, tandis que le Pérou se charge de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organisera la 21ième conférence, au Bourget, début décembre 2015.

23 octobre 2014 : le Conseil européen doit adopter le Paquet climat 2030

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