Perturbateurs endocriniens: la faune sauvage peu prise en compte

Les perturbateurs endocriniens polluent les eaux. [Shuttertsock]

Moins bien décrit que chez les humains, l’effet des perturbateurs endocriniens sur la faune n’en est pas moins préoccupant et les systèmes d’évaluation s’avèrent impuissants à le prendre réellement en compte. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Si l’effet des perturbateurs endocriniens (PE) a d’abord été observé sur la faune sauvage, la régulation de ces substances, qui n’en est qu’à ses balbutiements, repose principalement sur les effets sanitaires chez l’Homme. Pourtant les dégâts sont déjà largement à l’œuvre, comme le confirme une équipe de biologistes britanniques, dirigée par le zoologiste Charles Godfray (université d’Oxford).

Selon leur article, publié dans les Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences, qui dresse un bref état des connaissances sur les PE et la faune sauvage, plus de 140 000 substances sont actuellement autorisées dans l’Union européenne dans le cadre du règlement REACH, parmi lesquelles 30 000 sont d’utilisation courante.

Or «la plupart n’ont fait l’objet d’aucun test de laboratoire pour leurs effets PE, et encore moins de tests in vivo. Le nombre d’agents chimiques avérés ou suspectés d’être des PE est compris entre 800 et 1 000», indiquent les chercheurs.

DDT, PCB, œstrogènes, etc.

Les exemples de toxicité pour les animaux sont pléthore. Parmi les plus anciens, le DDT, interdit aux Etats-Unis en 1972, entraînait notamment un amincissement de la coquille des œufs chez les rapaces. Quant aux PCB, également interdits, leurs méfaits se poursuivent, du fait de leur grande stabilité dans l’environnement: ces polluants organiques persistants (POP) sont ainsi en cause dans la baisse de fertilité des orques, dont 40% des populations mondiales pourraient disparaître d’ici 100 ans de leur seul fait.

Le tributylétain, longtemps utilisé pour protéger les coques de bateaux, induisait la masculinisation et la stérilité des gastéropodes vivant dans les ports. À l’inverse, les œstrogènes de synthèse, provenant des pilules contraceptives ou de traitement hormonaux de substitution pour les femmes ménopausées, sont en cause dans la féminisation des poissons de rivière.

Si quelques PE ont été interdits, pour la plupart avant même qu’ils soient confirmés comme tels, d’autres continuent à polluer l’environnement. Parmi eux, le bisphénol A (interdit dans les biberons et, en France, dans les contenants alimentaires), les phtalates, les composés perfluorés, les composés polybromés, les perchlorates et le nonylphénol.

Des attendus différents

Comment expliquer la faible prise en compte de la faune animale dans l’évaluation des PE? D’une part, par des facteurs également en jeu dans l’évaluation ayant trait à la santé humaine. Notamment par leur mode d’action spécifique, à savoir des effets ne survenant qu’à faible dose ou encore l’effet cocktail: les molécules sont souvent testées de manière individuelle, or c’est leur mélange, avec des effets agonistes ou antagonistes entre substances, qui s’exerce sur les organismes.

D’autre part, les évaluations en santé humaine et celle portant sur la faune sauvage diffèrent par leurs attendus. Si la première met l’accent sur les individus, pour la seconde «la question clé pour les régulateurs est de déterminer si une substance PE a des effets au niveau de la population ou de la communauté écologique. C’est souvent difficile à déterminer, car nous disposons rarement de données initiales sur l’état d’une population, et il est donc difficile comme divers facteurs affectent la mortalité et la fécondité», expliquent les chercheurs.

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Une menace qui va s’accroître

La difficulté à réguler les PE pourrait s’accroître à l’avenir: d’une part le nombre de substances autorisées continue à progresser, à un rythme plus rapide qu’on ne peut tester leurs éventuelles propriétés PE. D’autre part le rejet environnemental des PE déjà autorisés devrait s’accroître, du fait de la croissance démographique mondiale, et de la plus grande permissivité des pays émergents à leur égard.

Les chercheurs établissent aussi un lien, jusqu’alors peu exploré, entre les perturbateurs endocriniens et le changement climatique. Selon eux, les effets du réchauffement devraient dans l’ensemble être néfastes: la baisse des précipitations pourrait favoriser une plus forte concentration de PE dans les milieux aquatiques, tandis que les inondations favoriseraient le lessivage des terres agricoles vers les cours d’eau. De plus, la fonte des glaces, aussi bien en Arctique que dans les glaciers, devrait en libérer de larges quantités piégées depuis des décennies. Seul point positif, la hausse des températures pourrait accélérer la dégradation des POP.

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