Les scientifiques défendent le captage du carbone

Selon certains scientifiques, il ne faut plus attendre pour développer le captage et le stockage du CO2. [NASA's Marshall Space Flight Center / Flickr]

Des scientifiques appellent au redémarrage du captage et de stockage du carbone, qui permettraient de contrer les émissions de l’industrie.

La mise entre parenthèses des recherches sur les technologies de captage et stockage du carbone (CSC) nous prive d’un « outil important dans la lutte contre le réchauffement climatique, que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre », estime le professeur Mike Norton, directeur du programme sur l’environnement du Conseil consultatif scientifique des académies européennes (EASAC).

« La situation n’est pas exactement idéale », a prévenu le spécialiste lors d’une rencontre avec des représentants du Parlement européen. Quatre projets témoins liés au CSC au niveau européen ont été annulés ces dernières années. « Tous les projets ambitieux ont déjà été abandonnés » pour des raisons politiques ou économiques, regrette-t-il.

À ce jour, « le prix du carbone en Europe est beaucoup trop bas » et ne permet donc pas de stimuler l’investissement privé et de rendre la technologie viable économiquement parlant.

« Il s’agit d’une perte majeure de potentielles technologies de lutte contre le réchauffement climatique qui a des conséquences non négligeables pour l’avenir », assure-t-il, ajoutant que le problème du financement « doit être pris en compte avec plus de détermination ».

Si des avertissements similaires avaient déjà été exprimés, ils provenaient avant tout du monde des affaires et étaient donc traités avec circonspection à cause de liens possibles avec des lobbies des combustibles fossiles.

Cette fois, l’appel est lancé par le Conseil consultatif scientifique des académies européennes, un organe représentant les académies scientifiques de tous les États membres, la Norvège et la Suisse. Les avis de l’EASAC ont une portée importante, étant donné qu’ils sont libres de toute ingérence politique et représentent les consensus de la communauté scientifique.

Contre la montre

Mike Norton s’est exprimé lors de la présentation d’un nouveau rapport de l’EASAC, qui se penche sur le rôle des « technologies à émissions négatives » dans les efforts liés à l’Accord de Paris, qui prévoit de limiter le réchauffement climatique à 2°C.

Ces technologies incluent par exemple la reforestation ou l’afforestation, la fertilisation de l’océan ou le captage et stockage direct de carbone. Elles consistent à retirer du dioxyde de carbone de l’atmosphère et sont donc considérées comme une dernière ligne de défense contre le changement climatique.

Selon certains chercheurs, il est déjà trop tard pour limiter le réchauffement à 2°C, et les technologies de géoingénierie sont la seule solution restante pour faire marche arrière. Pour l’instant, aucune de ces technologies ne peut cependant être déployée à une échelle nécessaire, prévient Mike Norton.

La géo-ingénierie, un vrai levier contre le réchauffement climatique

La communauté internationale a déjà raté sa chance de limiter à 2 °C le réchauffement climatique, selon des chercheurs suisses. Les technologies de géo-ingénierie pourraient cependant permettre de rattraper ce temps perdu.

Les émissions dans le monde représentaient 41 gigatonnes de CO2 en 2016, et ont atteint 41,9 gigatonnes l’année dernière. Il ne reste donc que 717 gigatonnes dans la « banque carbone » virtuelle de la Terre pour un réchauffement à 2°C, explique le professeur. La banque carbone pour 1,5°C est pour sa part déjà vide.

Il existe déjà une centrale de captage direct en Suisse. Il en faudrait toutefois « entre 3 et 4 millions » de plus pour débarrasser l’atmosphère d’assez de CO2 pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. Déployer ces centrales en nombre suffisant et à un rythme suffisant équivaudrait à recréer toute l’industrie automobile en dix ans, compare Mike Norton.

« C’est une course contre la montre, et nous sommes en train de la perdre », martèle-t-il.

Dans l’ensemble, l’EASAC est sceptique quant à l’efficacité des technologies en question, étant donné qu’aucune d’entre elles, y compris le CSC, ne pourrait absorber assez de CO2 pour limiter le réchauffement à 2°C.

S’en remettre à ces technologies pourrait même « avoir des conséquences graves pour les générations futures », estiment les auteurs du rapport, qui préviennent que leur développement ne doit absolument pas être une excuse pour limiter les émissions dans l’industrie, les transports ou la construction.

Cela dit, le captage et le stockage du CO2 reste la seule technologie « établie » pouvant contribuer à limiter le réchauffement. « De récentes évaluations confirment l’importance du rôle du CSC dans toute stratégie de limitation de la hausse des températures », soulignent les auteurs du rapport.

Combien de CSC ?

Bien que cette technologie soit nécessaire à la lutte contre le changement climatique, le captage et le stockage du carbone n’est possible que si le prix du CO2 augmente, fait remarquer Maria Velkova, fonctionnaire chargée du financement des innovations à faibles émissions à la Commission.

« Je ne dis pas qu’il ne faut pas soutenir le CSC », assure-t-elle, ajoutant que l’exécutif européen connaissait l’importance de cette technologie « pour le secteur de l’énergie, mais surtout pour celui de l’industrie », et surtout après 2030. « Si nous voulons le CSC en 2030, nous devons commencer à nous préparer maintenant. »

« La question est de savoir de quelles capacités de CSC nous avons besoin », a-t-elle poursuivi, soulignant que l’enthousiasme initial autour de cette technologie avait rapidement été étouffé par les coûts en chute libre des énergies renouvelables et des technologies d’économie d’énergie.

« Les États membres ont décidé d’investir avant tout dans les technologies les moins chères, et c’est compréhensible », indique-t-elle.

Game over pour le captage et stockage du carbone

Le technologie de captage et de stockage du carbone perd de son intérêt après l’effondrement des prix des énergies renouvelables.

Pour Kirsty Anderson, conseillère de l’Institut mondial du CSC en Australe, les technologies à émissions négatives sont « essentielles » pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris. « Plus la mise en place de la lutte contre le réchauffement climatique tarde, plus les technologies de captage du CO2 deviennent importantes, mais elles ne réduisent absolument pas l’urgence de prendre des mesures tout de suite. »

Des infrastructures de ce type sont en construction au Royaume-Uni, en Norvège et aux Pays-Bas, où le CO2 capté sera acheminé vers les champs gaziers et pétroliers en train de se vider en mer du Nord. Pour Kirsty Anderson, c’est un bon début.

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