Theresa May veut verdir son « Brexit »

Guillaume Sainteny détaille les incohérences des politiques environnementales et climatiques après la COP21. [bjornsphoto/Flickr]

La Première ministre britannique, Theresa May, a présenté jeudi 11 janvier un plan pour l’environnement sur une durée de 25 ans. Un programme censé apporter un souffle vert au Brexit, mais plus prodigue en promesses floues et jolies photos qu’en moyens. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement

S’il est une chose que le Royaume-Uni ne laissera pas à Bruxelles, ce sont les bonnes résolutions sur papier glacé. Témoin ce «Green Future», plan sur 25 ans, présenté jeudi 11 janvier par Theresa May: abordant plusieurs grands thèmes environnementaux, le document de 151 pages dresse un catalogue d’objectifs vertueux sur plusieurs sujets (agriculture, qualité de l’air, mer, déchets, etc.), mais se montre peu disert sur les moyens alloués.

Le Brexit, une « opportunité unique »

L’exercice consiste en partie à rassurer le citoyen: une fois le Royaume-Uni hors de l’Union européenne, le pays sera bel et bien doté d’une politique environnementale, et à long terme. Fait révélateur, le terme de Brexit est cité quatre fois, dont deux fois sous forme de «Green Brexit», une critique en creux de la politique communautaire.

«Quitter l’Union européenne représente une opportunité unique d’insuffler les changements comportementaux et institutionnels nécessaires à une croissance durable, ainsi qu’une amélioration de notre bien-être», indique le rapport. Bête noire du Royaume-Uni, la politique agricole commune (PAC) y est d’ailleurs accusée d’importants «dégâts environnementaux».

Pas de retour en arrière

Pourtant, rien de bien révolutionnaire dans les mesures proposées, qui consistent souvent à assurer qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Par exemple sur les néonicotinoïdes, dont le Royaume-Uni maintiendra les restrictions d’usage –dont il a longtemps été l’adversaire. Le service demeure aussi minimal sur la pêche, où il s’agit tout bêtement de mettre en place «une politique de pêche soutenable alors que [le pays] quitte la Politique commune de pêche».

Le Danemark prévient des conséquences graves du Brexit sur les pêcheurs

Le gouvernement danois affirme que la sortie du Royaume-Uni de l’UE aura un lourd impact économique pour ses pêcheurs. Le pays insulaire a en effet une large zone économique exclusive, qu’elle partage actuellement.

Côté qualité de l’air, le gouvernement annonce la publication d’une «Clean Air Strategy» en 2018, et prévoit la fin des ventes de véhicules diesel et essence d’ici à 2040. Quant aux cinq principaux polluants de l’air (ammoniac, oxydes d’azote, composés organiques volatiles et dioxyde de soufre), rien de bien neuf: il s’agit de respecter les valeurs limites d’ici 2030, un objectif «qui n’est pas affecté par notre départ de l’Union européenne».

Pour les pesticides, nulle trace d’agriculture bio, mais une place accrue à l’«Integrated Pest Management» (protection intégrée), censée diminuer l’usage de pesticides. Là aussi, le plan d’actions national sur l’usage durable des pesticides sera revu en 2018.

Une forêt au Nord

Pour les paysages, le plan prévoit la plantation d’une forêt au nord du pays, la Northern Forest, qui traversera le pays d’est en ouest. Au total, 11 millions d’arbres seront plantés à travers le pays, notamment dans l’objectif de revitaliser la filière bois, 80% du matériau actuel étant importé. Ces plantations pourraient d’ailleurs profiter à l’agriculture, par la pratique de l’agroforesterie, indique le rapport.

L’UE accusée de jouer un double jeu sur le climat

La répartition de l’effort de  réduction des émissions de CO2 en passe d’être votée par les États membres ne permettra pas d’atteindre l’objectif européen de 30% d’ici 2030, dénoncent les ONG.

Le gouvernement prévoit aussi de restaurer les tourbières, principal puits de carbone terrestre à l’échelle mondiale, notamment en interdisant l’usage de la tourbe dans un but horticole d’ici à 2030. Quant à la lutte contre le réchauffement, le plan se borne à rappeler l’objectif du pays de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80% d’ici à 2050 (par rapport à 1990), en premier lieu en fermant les centrales à charbon d’ici à 2025. En revanche, pas un mot sur les renouvelables.

Le plan a reçu un appel mitigé, aussi bien de la part de l’opposition travailliste que des associations. Pour le président de Friends of the Earth UK, Craig Bennett, « une vision à long terme est essentielle, mais des actions urgentes sont déjà nécessaires: il faut arrêter de travailler à la marge pour s’attaquer aux problèmes de fond, dont la pollution toxique de l’air, nocive pour le climat. Les ministères doivent nous débarrasser du charbon, du gaz et du pétrole, et développer l’immense potentiel de renouvelables du pays. Vingt-cinq ans, c’est une longue durée, en particulier pour un gouvernement qui ne durera pas si longtemps».

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