Tout le monde pourra-t-il boire à sa soif ?

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Le troisième hiver sec d'affilée en Angleterre a amené les autorités britanniques à envisager des mesures de conservation. Le gouvernement chinois a quant à lui affirmé que deux tiers des villes du pays étaient confrontés à de sévères pénuries d'eau en raison de la sécheresse et de la croissance de la consommation.

« Nous sommes confrontés à une sécheresse qui dure depuis trois hivers, c'est pour ça que la situation est grave », a expliqué Terry J. Marsh, le responsable du Programme national de surveillance hydrologique au Centre for Ecology & Hydrology de Grande-Bretagne.

Il y a un an, les agriculteurs étaient les plus touchés par cette sécheresse, « mais aujourd'hui, le problème s'étend à l'environnement et surtout aux ressources en eau ».

Les périodes de sécheresse prolongées menacent certaines régions en Chine, en Russie, en Australie, en France, en Espagne, au Portugal et au sud des Etats-Unis depuis plusieurs années, ce qui affecte la production alimentaire et soulève des questions quant à la stabilité à long terme des réserves d'eau.

Il est difficile de déterminer s'il s'agit de problèmes cycliques ou d'une preuve que le changement climatique change la donne et pourrait donner lieu à des situations encore plus dramatiques dans les décennies à venir. La communauté scientifique s'accorde toutefois sur le fait que l'Homme doit modifier ses habitudes de consommation et utiliser plus efficacement ses réserves en eau.

« L'humanité est confrontée à la variabilité du climat depuis le début de son histoire », a affirmé Jan Lundqvist, conseiller scientifique senior à l'Institut International de l'Eau de Stockholm. « Mais la gravité des sécheresses augmente. »

Le mois dernier, des fonctionnaires de l'ONU ont appelé l'Union européenne et d'autres donateurs à agir pour éviter à quelque 10 millions de personnes de mourir de faim dans la région asséchée du Sahel en Afrique, quelques mois à peine après que la pire sécheresse en plus de 50 ans a entraîné une crise alimentaire en Afrique orientale.

En route pour Marseille et Rio

Les réglementations portant sur l'eau et l'approvisionnement font partie des sujets qui seront abordés lors du Forum Mondial de l'Eau à Marseille du 12 au 17 mars prochain.  Les dirigeants européens ont également promis d’inclure la conservation de l'eau dans le programme de la conférence de l'ONU  sur le développement durable qui aura lieu à Rio de Janeiro en juin prochain.

La Commission européenne, qui a annoncé que 2012 serait l'Année de l'Eau, s'apprête quant à elle à réviser certaines des lois et politiques européennes dans ce domaine.

La sécheresse peut ne toucher qu'une partie d'un pays, comme c'est le cas au Royaume-Uni, où elle affecte surtout le centre, le sud et l'est de l'Angleterre et où les précipitations restent normales dans le reste du pays.

A l'échelle mondiale, les problèmes liés à l'eau découlent moins du manque de pluie que de l'utilisation des réserves, un défi qui ne fera que grandir au fil des décennies à venir. La population de la Terre a doublé entre 1950 et 1990. L'ONU affirme qu'elle pourrait à nouveau presque doubler, pour atteindre 9 milliards de personnes d'ici 2050.

La pollution et la consommation menacent les réserves d'eau douce, surtout dans les régions déjà sous pression comme les zones urbaines du Moyen-Orient, l'Asie du Sud et l'Afrique.

« Nos réserves d'eau diminuent chaque jour », a déclaré le mois dernier à la presse Hu Siyi, un haut fonctionnaire chinois en charge de ces questions. Selon lui, deux tiers des villes chinoises sont confrontées à des pénuries d'eau.

L'Europe est loin d'être immunisée contre ce problème, malgré le temps humide qui caractérise ce mois de mars. Des chercheurs du Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne ont affirmé que les pays de l'UE devraient relever des défis liés aux pénuries et à la pollution. Ils ont appelé à une meilleure gouvernance en la matière de la part de l'UE.

Des études montrent que les prélèvements d'eau de rivières comme dans le bassin d'Andalousie en Espagne, dans le Sado au Portugal, ainsi que dans le Rhin et le Rhône en France ne sont pas durables. L'Elbe, la Weser et le Rhin en Allemagne et la Tamise en Grande-Bretagne sont également sous tension.

La pollution et les problèmes écologiques sont également à blâmer. C'est ce que montre une récente étude du centre Helmholtz qui réclame des protections renforcées contre la pollution et les déchets aux niveaux national et européen.

Les toilettes qui fuient et les longs bains ne sont pas toujours les causes principales des problèmes liés à l'eau. En Angleterre, des fonctionnaires ont affirmé que les ménages et l'industrie étaient devenus plus efficaces dans leur utilisation de l'eau ces dernières années. La production végétale pour l'alimentation, le bétail et les biocarburants continue de croître, en parallèle à la consommation d'eau. L'ONU estime que l'agriculture compte pour 70 % de la consommation d'eau douce dans le monde.

« L'approvisionnement des ménages et de l'industrie n'est pas le principal problème. Les quantités d'eau nécessaires pour produire notre pain quotidien, voilà le réel problème », a expliqué M. Lundqvist.

Gaspiller de la nourriture revient à gaspiller de l'eau et le Parlement européen a récemment réclamé des mesures radicales pour réduire le gaspillage, afin de préserver les ressources.

« Beaucoup plus de gens mangent trop en comparaison au nombre de personnes qui ne reçoivent pas suffisamment de nourriture », a affirmé M. Lundqvist qui craint que le problème de la consommation alimentaire excessive se propage, alors que la classe moyenne commence à s'imposer dans les pays en développement. « Je pense qu'il faut prendre ces aspects en compte lorsque l'on parle de l'alimentation et des réserves en eau dans le monde. »

Des millions sont en jeu

Dans la région du Sahel et en Afrique orientale, les problèmes sont tout autres. Les conflits, le manque d'infrastructures de stockage et une irrigation rudimentaire entraînent une sécheresse chronique.

L'UE, le plus grand donateur au monde, a promis d'aider davantage les pays les plus pauvres au monde. Par le passé, elle a soutenu des projets visant à améliorer la gestion de l'eau dans les pays en développement. Cette aide a atteint 1,6 milliard d'euros pour l'eau et l'assainissement en 2009 et la Commission européenne a promis 700 millions d'euros supplémentaires pour les problèmes liés à l'eau et d'autres objectifs de développement en décembre dernier.

Le plus souvent, cet argent est alloué à la résolution de crises humanitaires comme lorsque la sécheresse a frappé l'Afrique orientale, laissant 13 millions de personnes sans nourriture et sans eau, selon l'Unicef. Ce sont toutefois des investissements à long terme dans des puits, des infrastructures de stockage et d'irrigation qui sont nécessaires, a affirmé Aydrus Daar qui dirige l'organisme de charité WASDA au Kenya et en Somalie.

Les graves sécheresses étaient auparavant séparées par des années, voire des décennies, mais aujourd'hui, elles durent des années, a-t-il expliqué à EURACTIV lors d'une visite à Bruxelles pour tenter de rallier des partisans à sa cause dans la Corne de l'Afrique. Le cheptel des pasteurs s'est décimé durant trois années consécutives en raison de la sécheresse, ce qui alimente les tensions et le désespoir.

« La population est soit en plein milieu d'une sécheresse, soit en train de se préparer à en vivre une nouvelle », a-t-il déclaré. « C'est la raison pour laquelle c'est si dangereux. »

 

Lors de la conférence sur l'eau du 20 février, la ministre britannique de l'environnement, Caroline Spelman, a déclaré : 

 

« Les sécheresses sont déjà un problème cette année, dans la mesure où le Sud-Est, l’Anglia et d'autres régions du Royaume-Uni sont officiellement en période de sécheresse. D'autres régions devraient être affectées si les précipitations ne remontent pas. »

 

« Ce n'est pas uniquement au gouvernement, aux sociétés qui gèrent l'eau et aux entreprises d'agir contre la sécheresse. Nous demandons l'aide de tous : chacun doit réduire sa consommation dès maintenant. »

 

La Commission européenne a réalisé en 2006 et 2007 une évaluation précise de la situation en Europe en termes de pénuries d'eau et de sécheresse.

 

Le rendement hydraulique pourrait augmenter de près de 40 % dans l'UE, rien qu'avec des améliorations techniques, peut-on lire dans une étude soutenue par la Commission. Si l'Homme modifiait son comportement ou ses modèles de production, il serait possible d'économiser des quantités encore plus importantes.

 

L'exécutif européen a également présenté une série d'options visant à économiser plus d'eau, mettant en exergue la nécessité d'améliorer le financement des politiques existantes. Il propose notamment d'améliorer l'aménagement des terres pour prendre en compte les besoins en eau, de promouvoir l'utilisation des techniques de comptage et de tarification dans les foyers et dans le secteur de l'agriculture, ainsi que de favoriser les appareils qui consomment peu d'eau.

 

  • 12-17 mars : Forum Mondial de l'Eau à Marseille.
  • 22 mars : Journée mondiale de l'eau.
  • 15-16 mai : Conférence sur l'innovation en Europe dans le domaine de l'eau à Bruxelles.
  • 20-22 juin : Conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio, au Brésil.
  • 26 août : Semaine mondiale de l'eau organisée par l'Institut International de l'Eau de Stockholm dans la capitale danoise.

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