Les États-Unis rechignent à réduire les émissions de soufre des navires

La deuxième puissance mondiale veut revoir la limite des émissions de soufre à la hausse. [Shutterstock]

Les États-Unis réclament une révision du plafond fixé par l’Organisation maritime internationale (OMI) sur les émissions de soufre. Une demande qui remet en cause la date de mise en œuvre, prévue pour 2020.

Les flottes océaniques devront dire adieu au carburant dont la teneur en soufre excède 0,5 % d’ici la fin de la décennie, conformément aux règles de l’Organisation maritime internationale (OMI). Cette mesure a été adoptée fin 2016 pour abaisser la limite actuelle qui se situe à 3,5 %. Le dioxyde de soufre est un des composants les plus nocifs pour l’être humain, et à l’origine d’une surmortalité avérée près des côtes européennes où la circulation maritime est intense.

Les États-Unis tentent de repousser l’échéance qui approche à grands pas, en demandant l’introduction d’une « phase expérimentale ».

Une réunion de l’organisme de transport maritime de l’ONU se déroule actuellement au siège, à Londres. Les délégués ont déclaré au Financial Times qu’un accord sur le brusque changement exigé par les États-Unis pourrait être atteint le 24 octobre.

Le principe de « l’État du pavillon » stipule que les navires immatriculés dans un pays n’obéissent qu’aux lois imposées par ce même pays, y compris dans les eaux internationales. Les États-Unis exercent donc un pouvoir considérable sur une partie importante des eaux mondiales.

La limite de soufre de l’OMI est destinée à assainir le sillon que les transports maritimes laissent sur leur passage, en réduisant la pollution atmosphérique, les particules, et indirectement, à stimuler le recours aux combustibles moins polluants, dont le gaz naturel liquéfié (GNL).

Parmi les autres mesures proposées pour respecter la limite de 0,5 %, l’OMI compte remplacer les cheminées d’échappement des navires par des épurateurs qui filtrent le soufre.

Bien que peu coûteux, les épurateurs sont considérés comme une option à court terme, car une fois filtré, il faut encore se débarrasser de ce soufre. Le chef de l’Union des armateurs grecs a récemment qualifié l’OMI d’« hypocrite » pour en autoriser l’utilisation après 2020.

Bruxelles se félicite de l'accord climatique dans le transport maritime

Plus de 170 pays se sont mis d’accord pour réduire les émissions de CO2 du transport maritime d’au moins 50 % d’ici 2050, après des années de discussions stériles.

Réfléchir à d’autres carburants

En plus de cette limite de soufre, l’OMI s’est également engagée à réduire de 50 % les émissions de carbone provenant du transport maritime d’ici 2050, et à viser les 100 % à long terme.

Toutefois, décarboniser un secteur qui est actuellement responsable de 3 % des émissions mondiales tout en supportant plus de 80 % du commerce international, constitue un défi herculéen.

Pour les navires les plus légers, la perspective de l’électricité est envisageable, mais les batteries actuelles sont loin de pouvoir faire avancer les grands navires.

L’hydrogène et les biocarburants ont également été considérés, mais tous deux présentent un inconvénient de coût et de durabilité.

Le GNL a ses atouts, dont la facilité de transport, et ses inconvénients, notamment sa forte teneur en méthane. Mais ses défenseurs insistent sur le fait que le transport maritime devrait le voir comme une solution à court ou moyen terme, avant de passer à un GNL biologique à faible teneur en carbone à long terme.

Pour Wim Groenendijk, président de Gas LNG Europe, le GNL dit renouvelable pourrait permettre à la navigation de devenir neutre en carbone et de réduire considérablement la pollution atmosphérique et les particules fines.

L'idée d'un label européen de transport maritime durable émerge

Dans un avis adopté ce 12 avril, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) formule une série de recommandations visant à faire évoluer la politique européenne du transport maritime. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Mais l’ONG Transport & Environnement s’oppose au passage potentiel au GNL dans le transport maritime. Et pour cause, une récente étude commandée par l’organisation a démontré que ce scénario couterait plus de 20 milliards d’euros à l’UE pour une réduction d’émissions de seulement 6 à 10 %.

Pour Faig Abbasov, responsable du transport maritime chez Transport & Environnement, au lieu de construire de nouvelles infrastructures compatibles avec le GNL, le secteur devrait à court terme se tourner vers le gazole marin à très faible teneur en soufre. « Les efforts devraient viser à rendre l’hydrogène moins cher au lieu de subventionner le GNL et de gaspiller l’argent public », a-t-il conclu.

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