Carburant écolo ou danger social et environnemental: pour une limitation des biocarburants de première génération

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Alors que le Parlement européen vient de voter une limitation des biocarburant de première génération, Gilles Pargneaux, député européen socialiste et membre de la commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire appelle l'UE à poursuivre vers une législation européenne plus ambitieuse.

Le constat est sans appel : les ressources naturelles s'épuisent, la biodiversité recule, les émissions de gaz à effet de serre se concentrent, la qualité de l'eau et de l'air se dégrade. Date symbolique, il n'aura fallu attendre que le 20 août de cette année pour que l'humanité épuise l'ensemble des ressources naturelles que notre planète peut produire en une année et creuse son "déficit écologique"… Les Européens que nous sommes doivent être déterminés à affronter cette crise dans sa globalité.

C’est pourquoi, face à la hausse des cours des céréales et des oléagineux sur les marchés mondiaux, le Parlement européen a décidé, avec justesse, de demander une limitation du développement des biocarburants produits à partir de cultures alimentaires. Ces biocarburants n'ont de bio que le nom et de nombreuses études soulignent que le remède est pire que le mal!

Dans les pays en développement, la mise en culture de biocarburant remplace des cultures vivrières ou des parcelles de forêts qui permettent de capter les gaz à effet de serre. En clair, sous l'impulsion des objectifs européens qui augmentent la demande de biocarburant, cette politique affame les peuples des pays les plus vulnérables, accentue une déforestation dramatique et accélère surtout la montée des prix alimentaires. Là encore, un exemple concret : En Indonésie, les plantations d'huile de palme croissent sous la demande de biocarburant. Elles recouvrent aujourd'hui 11 millions d'hectares et en recouvreront 28 millions d'hectares d'ici à 2020. Si aucune incitation contraire n'est donnée d'ici là, c'est autant de forêts et de cultures vivrières qui disparaîtront.

Le chemin vers une législation ambitieuse vis-à-vis des biocarburants est toutefois encore long. Même si les socialistes ont salué l'adoption d'un plafonnement des biocarburants, il faut surtout regretter que la droite libérale et conservatrice ait fait le choix de défendre la position de l’industrie à outrance. Des gardes fous protecteurs des investissements réalisés par les entreprises en Europe avaient pourtant été proposés, mais la principale ambition de la droite était visiblement de nier la réalité des effets néfastes des biocarburants… Le Parlement européen avait l'opportunité de corriger une erreur dont il est à l'origine, une erreur qui a gravement détérioré l'égalité internationale depuis quelques années, et cette opportunité nous n'avons pas pu la saisir à cause des partis politiques de droite.

Cette politique en matière de biocarburants est aussi emblématique de ce que veut être l'Europe sur la scène internationale : un promoteur de normes à la pointe d'un modèle économique, social et environnemental durable et juste. Voilà l'enjeu, voilà le défi auxquels les européens sont confrontés dans le domaine environnemental et qui fera sa spécificité parmi les grands blocs régionaux de la planète.

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