Le changement climatique, une opportunité de coopération UE-Chine

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Teresa Ribera

Le changement climatique est une opportunité de coopération autour des plus grands défis de l’humanité. Il est temps d’inscrire la collaboration UE-Cine dans cette perspective.

Teresa Ribera est directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, qui a pour objectif d’élaborer et de partager des clés d’analyse et de compréhension des enjeux stratégiques du développement durable dans une perspective mondiale.

Tout le monde s’accorde à dire que le changement climatique est l’un des plus grands défis de l’humanité ; il est temps désormais d’affirmer que le changement climatique est une opportunité de coopération autour des plus grands défis de l’humanité. Pour que cette affirmation devienne réalité, un élément primordial est l’adhésion de la Chine à cette nouvelle vision. L’Union européenne est bien consciente de l’importance de la Chine, l’Europe étant la superpuissance qui soutient le plus fortement une réponse des Nations unies aux enjeux planétaires.

C’est désormais au tour de la Chine de décider si elle est prête à devenir une force motrice de cet effort commun, ou si elle préfère au contraire bâtir sa stature internationale en se basant sur des relations (pluri)-bilatérales.

Suivant le choix qui sera fait par la Chine, les décennies à venir pourront être très différentes. Le pays est devenu une puissance économique émergente avant d’être une puissance diplomatique émergente. Il est clair que cela commence à changer. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, Pékin a accueilli le Sommet de l’APEC en 2014, la Chine s’est récemment engagée dans de nombreux sommets bilatéraux, en particulier cette année, et le pays présidera le G20 en 2016. L’agenda international bien chargé de son premier ministre confirme la volonté diplomatique croissante de la Chine d’écouter et d’être entendue, et de jouer son rôle sur la scène internationale. C’est notamment le cas dans le domaine du changement climatique.

Dans ce contexte, quel est le sens de la déclaration sur le changement climatique adoptée par la Chine et l’Union européenne avant-hier lors du Sommet de Bruxelles ?

Un accord « ambitieux et juridiquement contraignant »

La Chine et l’UE se sont engagées à parvenir à un accord sur le climat « ambitieux et juridiquement contraignant » dans les négociations qui culmineront à Paris en décembre. Il s’agit là d’un revirement important pour la Chine, qui était l’un des pays opposés à un accord juridiquement contraignant à Copenhague en 2009. Cela témoigne du regain de confiance de la Chine sur la scène mondiale, et de sa foi dans sa capacité à mettre en œuvre ses engagements climatiques dans le contexte d’un cadre multilatéral. À la lumière de cet accord bilatéral et des avancées dans les négociations internationales, il semble désormais presque universellement admis que les négociations climat de Paris devraient déboucher sur un nouveau traité international juridiquement contraignant sur le changement climatique.

La Chine et l’Union européenne ont également convenu de poursuivre leur coopération bilatérale sur un certain nombre de politiques techniques et sectorielles, et ont exprimé une fois de plus la nécessité de renforcer l’ambition climatique au fil du temps.

Il ressort du communiqué peu d’informations supplémentaires ou d’autres progrès notables. Des efforts avaient été faits au préalable pour intégrer un engagement à ce que « tous les pays en mesure de le faire » soutiennent financièrement l’atténuation et l’adaptation dans les pays en développement. Cela aurait représenté une avancée significative dans l’opposition entre pays développés et émergents au sujet des pays devant financer le changement climatique, ouvrant des perspectives très intéressantes pouvant avoir des répercussions au-delà des mécanismes de financement climat de la CCNUCC.

La Chine, bailleur de fonds international

Ces dernières années, la Chine est devenue un bailleur de fonds international majeur. Le Premier ministre Li Keqiang a récemment signé des projets d’infrastructures d’une valeur de 50 milliards de dollars à l’occasion d’une visite d’Etat au Brésil. La Chine a crée pas moins de trois banques de développement d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Elle est aujourd’hui l’un des bailleurs de fonds de développement les plus importants au monde (si ce n’est déjà le plus important). Aussi, les critères appliqués par le pays pour prendre ses décisions d’investissement revêtent une grande importance pour le développement durable dans le monde entier. Dans quelle mesure la Chine sera-t-elle prête à soumettre volontairement ses efforts aux cadres multilatéraux, cela reste une question ambiguë. Le pays semble prêt à une meilleure cohérence dans l’application des principes, mais entretient le fossé traditionnel entre pays développés et en développement lorsqu’il s’agit de savoir qui apportera une aide climatique aux pays vulnérables.

Avenir des zones urbaines

Enfin, la Chine se trouve au cœur d’importants défis concernant l’avenir des zones urbaines. Comme l’ont déjà souligné certains experts, les villes sont les plus importants « actifs dévalués » (actifs dont la valeur s’est dépréciée, sous l’effet d’une évolution des marchés) devant être sauvés. Les villes s’engagent dans des habitudes de consommation énergétique pour des décennies et déterminent leur propre héritage en termes de pollution. Beaucoup d’entre elles sont aussi déjà extrêmement vulnérables face aux risques environnementaux et climatiques, qui ont une incidence sur la prospérité, la santé et l’espérance de vie des citoyens. Les villes européennes et chinoises sont différentes, mais elles offrent une opportunité de compréhension mutuelle et de coopération. L’échange de bonnes pratiques dans ce domaine devrait être facilité par le « partenariat UE-Chine pour les villes à faible teneur en carbone » annoncé dans la déclaration commune.

La conférence de Paris doit proposer un cadre global cohérent afin de dynamiser partout une action climatique cohérente, et les principaux acteurs doivent retrouver un sentiment de fierté quant à leurs engagements et à la coopération entre partenaires, selon les principes d’efficacité et de solidarité.

Le sommet Chine-UE doit servir cet objectif, et contribuer à une « nouvelle normalité » de la gouvernance climatique universelle.

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