Les plastiques biodégradables peuvent rendre à l’Europe son rôle de pionnier industriel

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Un rapport publié en 2017 explique ainsi que d'ici 2050 il devrait y avoir plus de morceaux de  plastique que de poissons dans nos mers et océans. [Nick Fewings/Unsplash]

Le plastique se retrouve aujourd’hui partout : emballages, construction, textiles, voitures,  appareils électroniques, agriculture. Son utilisation a été multipliée par vingt au cours des  cinquante dernières années et il n’y a pas un secteur qui ne dépende de ce matériau.

En 2019, la production mondiale de plastiques a atteint 368 millions de tonnes – soit une  augmentation de 9 millions par rapport à 2018. Et l’on estime, par ailleurs, que 150 millions  de tonnes de déchets plastiques fabriqués à base de pétrole se sont accumulées dans les mers  et les océans de notre planète. Si rien n’est fait, ce gigantesque tas de déchets, pourrait être  multiplié par quatre d’ici 2040…

Un rapport publié en 2017 explique ainsi que d’ici 2050 il devrait y avoir plus de morceaux de  plastique que de poissons dans nos mers et océans. On a aussi découvert récemment que le  plastique s’infiltre partout, même dans nos corps, par le biais de particules microscopiques.

KIK Compounds a été créé pour lutter contre cette surproduction de plastique polluant. Notre  équipe travaille à développer de nouveaux matériaux qui permettent aux industries et aux  consommateurs de remplacer les plastiques traditionnels par des matériaux biodégradables ayant les mêmes caractéristiques techniques.

Le plastique biodégradable : une technologie de rupture

Le plastique traditionnel était déjà en son temps une invention révolutionnaire. Son utilisation a changé nos vies et modifié le cours de l’histoire industrielle. Le problème est que la  consommation de plastique est désormais hors de contrôle.

Ne faut-il pas envisager une meilleure alternative en se tournant vers des produits qui  conservent toutes les caractéristiques du plastique, mais qui sont bien meilleurs pour  l’environnement et la santé ? Car en fin de compte, le plastique biodégradable reste du plastique. L’un des grands avantages du plastique biodégradable est justement qu’il ne bouleversera pas notre vie quotidienne d’un point de vue pratique.

Beaucoup de personnes se demandent par ailleurs s’il ne faudrait pas complètement interdire  le plastique traditionnel. Mais c’est une question beaucoup moins évidente qu’elle n’en a l’air.  Si l’on prend l’exemple des émissions de dioxyde de carbone, on estime qu’un sac en coton réutilisable a un impact environnemental inférieur à celui d’un sac en plastique à usage unique. Mais seulement après avoir été utilisé 7.100 fois !

Le terme « bioplastique » en tant que tel n’est pas non plus une garantie de durabilité. Il signifie seulement qu’un produit n’est pas fabriqué à partir de combustibles fossiles. Si l’on utilise de la cellulose dérivée du bois pour produire du bioplastique, on contribue à la déforestation responsable de 30 % de nos émissions annuelles de CO2. Et si l’on utilise une céréale comme le maïs, on réduit sa disponibilité sur le marché et on renforce l’insécurité alimentaire.

Chez KIK Compounds, nous produisons donc ce que nous appelons des « éco-bioplastiques ». Nous n’utilisons que des produits végétaux recyclés, comme les restes de café ou l’huile de  maïs usagée, ce qui donne des matériaux recyclables plusieurs millions de fois. Nous ne  voulons pas contribuer à la déforestation ou à l’insécurité alimentaire, mais bel et bien montrer l’exemple.

Il faut aussi rappeler que les bioplastiques représentent seulement 1% de la production  mondiale de plastiques. Même si nous constatons que la demande est en hausse, cette  transition doit s’accélérer. C’est maintenant qu’il faut investir et accélérer la cadence.

Le bioplastique peut rendre à l’Europe son statut de pionner industriel  

On assiste déjà en ce moment à une baisse de la consommation des plastiques traditionnels  en Europe. Si l’Asie est en tête de la production de bioplastiques avec 46 % de la production  mondiale, l’Europe n’est pas loin derrière avec une part de marché de 26 %. En 2025, la part  de l’Europe devrait encore progresser, tandis que la production relative de l’Asie devrait se réduire.

L’Europe a, à mon sens, deux atouts principaux : son marché et son expertise. Le continent  européen est le plus grand consommateur de bioplastiques et la recherche européenne  consacrée aux bioplastiques est la plus avancée au monde. Les citoyens européens sont aussi  parmi les plus conscients des menaces que représente la pollution plastique et les plus  désireux de changer leur consommation. Un grand nombre de PME européennes collaborent avec des universités et des laboratoires à la pointe de la recherche dans ce domaine.

Au niveau de KIK, un facteur clé de notre succès commercial est le partenariat que nous avons  conclu avec l’université Valahia de Târgoviște en Roumanie. En matière d’applications  industrielles, les entrepreneurs et les chercheurs doivent marcher main dans la main.

Nous avons aussi récemment débuté un dialogue avec les institutions européennes. Dans  l’ensemble, les décideurs européens sont conscients du danger que représente l’accumulation  de déchets plastiques pour les générations futures. Nous tenons cependant à les informer du  fonctionnement concret de l’industrie afin qu’ils puissent prendre des décisions qui soient les plus proches du terrain possibles.

Les plastiques biodégradables et les éco-bioplastiques : de formidables outils de relance 

Après la pandémie, l’UE devra se relancer industriellement, redémarrer son économie et  continuer à progresser vers les objectifs environnementaux du Green Deal. La crise sanitaire  du Covid-19 nous donne ainsi l’occasion de transformer notre écosystème industriel et pas  seulement de sauvegarder les secteurs traditionnels. L’Europe a une chance unique de devenir  un leader dans la production de plastiques biodégradables et d’éco-bioplastiques et d’exporter ce savoir-faire dans le monde entier.

La nouvelle Stratégie industrielle pour l’Europe va dans ce sens et vise ainsi une plus grande  autonomie industrielle dans des secteurs clés. Et quoi de plus stratégique que l’expertise qu’à  l’Europe dans le domaine des technologies vertes ?

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