Plus d’informations pour acheter mieux – et moins

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

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Thierry Libaert appelle à une meilleure information sur la durée de vie des produits, qui modifierait radicalement les choix des consommateurs et permettrait de réduire nos déchets.

Thierry Libaert est membre du Comité économique et social européen (CESE).

L’affichage de la durée de vie des produits modifie le comportement d’achat du consommateur. Lorsque celui-ci a connaissance de la durée de vie d’un produit, il privilégie l’acquisition de produits plus durables et il est disposé à payer plus cher pour cela.

Ce résultat a été fourni par la première grande enquête européenne sur le sujet, menée par le Comité économique et social européen. 3 000 consommateurs répartis sur quatre zones géographiques (Benelux, France, Espagne, République tchèque) ont participé à une vaste étude de simulation d’achat où était testé l’effet de l’information sur la durée de vie estimé du produit.

Alors que de nombreux spécialistes estimaient que cette précision supplémentaire n’aurait aucun effet sous prétexte que le consommateur est déjà surchargé d’informations, les résultats indiquent clairement un effet certain et cela dans les quatre zones géographiques étudiées.

L’étude indique également que l’impact sur les décisions d’achat du consommateur peut varier fortement selon le type de produits concernés. Sur les treize types de produits testés comme les imprimantes, les smartphones, les lave-linge ou des chaussures de sport, les résultats montrent un effet maximum pour les valises mais très faible pour les téléviseurs, sans doute pour ces derniers en raison des rapides innovations technologiques et des modifications de réglementation sur les normes de réception.

Ces résultats sont importants à plus d’un titre. D’abord parce qu’ils montrent que la lutte contre l’obsolescence programmée peut s’effectuer de manière souple, en remettant le consommateur au centre du dispositif, simplement en lui donnant une meilleure information.

Ensuite, parce qu’en informant mieux le consommateur, chacun se retrouve gagnant. C’est notamment le cas pour les entreprises qui peuvent être incitées à offrir des produits plus durables puisque ceux-ci trouveront preneurs à un prix plus élevé auprès des consommateurs en capacité d’arbitrer en fonction de leurs intérêts.

C’est également une avancée sociale. L’obsolescence programmée est un désastre pour les personnes les plus défavorisées. Celles-ci sont souvent les premières victimes puisque, réduites à acheter les produits d’entrée de gamme, les moins chers, elles choisissent en conséquence les produits les moins solides et donc peuvent s’enfermer dans une spirale d’endettement pour racheter en permanence. L’étude indique que l’information sur la durée de vie les encourage à un effort de choix d’un produit légèrement plus cher mais également plus durable.

Cette étude fait suite à l’avis qu’avait voté le Comité économique et social européen le 17 octobre 2013. Cet avis, premier texte européen sur le sujet avait été particulièrement remarqué d’autant qu’il avait été voté à la quasi-unanimité, c’est-à-dire autant par les grandes entreprises, les PME, les organisations syndicales, les associations de consommateurs, les ONG environnementales.

Le CESE vient d’entamer un nouveau chantier sur l’économie de la fonctionnalité. Il y a ici une continuité certaine dans les travaux. En effet, l’économie de la fonctionnalité vise à remplacer la possession du produit par son usage, à l’exemple de Michelin qui propose de facturer les pneumatiques au kilomètre parcouru ou de Xerox aux copies effectuées. L’entreprise, restant propriétaire des produits et facturant à l’usage a donc intérêt à proposer des produits les plus durables, puisque c’est elle qui supporte la charge du coût de renouvellement.

On voit donc que la représentation de la société civile organisée au niveau européen s’est saisie des sujets majeurs de la transition écologique et que ces méthodes de travail lui permettent le plus souvent d’aboutir à des consensus auprès d’interlocuteurs pourtant très éloignés. Il reste à améliorer la prise en compte de ces travaux le plus souvent innovants, constructifs et consensuels auprès des décideurs de la Commission européenne. La quasi-totalité des citoyens européens ont eu un jour l’occasion d’être confrontés à une problématique d’obsolescence programmée et de se voir répondre que ces produits n’étaient pas réparables ou que cela coûterait trop cher. C’est vraiment l’intérêt de l’Union européenne que de pouvoir démontrer que son rôle ne consiste pas seulement à renflouer les grandes banques et à normaliser les tailles de robinets, mais d’abord et surtout à répondre aux préoccupations directes et quotidiennes des européens. Le combat pour une consommation plus durable et créatrice d’emplois est un sujet majeur et partagé par chacun, il convient donc que la Commission européenne s’en empare pleinement et rapidement.

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