Rio doit réussir

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Le sommet Rio+20 doit donner des résultats et lancer la transition mondiale vers un modèle de croissance durable pour le XXIe siècle, écrit Connie Hedegaard.

Connie Hedegaard est la commissaire européenne à l'action pour le climat.

 

La croissance, en elle-même, n'est ni notre ennemi, ni notre problème. Mais de quel type de croissance économique avons-nous besoin? Voulons-nous créer de la croissance à tout prix?

Un enfant qui naît aujourd'hui est un être humain parmi sept milliards sur la planète, et au cours de sa vie, il verra la population mondiale s'accroître de 3 milliards de personnes supplémentaires.

 

Parallèlement, de plus en plus de personnes accèdent à la classe moyenne dans le monde. C’est une bonne nouvelle. Mais une augmentation de la population et de classe moyenne mondiales va inévitablement renforcer la pression sur les ressources de la planète nécessaires à la satisfaction de nos besoins.

Lorsque l'enfant né aujourd'hui aura atteint l'âge de 18 ans en 2030, les besoins mondiaux en nourriture, en énergie et en eau auront respectivement augmenté de 50 %, de 45 % et de 30 %, selon les estimations de l'ONU. Comment allons-nous gérer cette réalité?

Tels sont les défis auxquels répond le rapport du panel des Nations unies sur le développement durable, dont j'ai eu l'honneur de faire partie, en vue de préparer une contribution au sommet de Rio.

Les statistiques citées ci-dessus démontrent clairement qu'il est hors de question que nous puissions poursuivre sur la lignée actuelle. Nous aurions tort de penser que c’est là l’option la plus économique. Elle ne l’est pas. Au contraire, ce serait très coûteux sur le plan économique, environnemental et humain.

En l’occurrence, la Banque interaméricaine de développement (BID) a annoncé, la semaine dernière, que les dégâts causés par les changements climatiques pourraient coûter jusqu’à 100 milliards d’USD par an aux pays latino-américains et caraïbes, d’ici à 2050. Ce n’est pas une somme négligeable.

Voilà un exemple qui illustre la nécessité de trouver un modèle de croissance plus durable, qui reconnaît la valeur des richesses naturelles d’un pays, ainsi que la valeur d’un environnement sain et d’une bonne cohésion sociale.

La méthode traditionnelle pour mesurer la croissance économique, basée uniquement sur le PIB, est insuffisante. Le PIB n’est rien de plus qu’une évaluation de la production, qui ne prend en compte ni le bien-être humain, ni les richesses naturelles.

Par exemple, le PIB n’accorde de la valeur à une forêt qu’une fois qu’elle a été abattue et transformée en bois. De la même façon, les catastrophes naturelles, qui causent des morts parmi la population et détruisent les infrastructures ainsi que le patrimoine culturel, ont un impact positif sur le PIB, parce que les travaux de reconstruction qui en découlent relancent l’activité économique.

Taxer la pollution environnementale est également essentiel pour la création d’un modèle de croissance mondiale durable. Les coûts de production ne doivent pas être les seuls facteurs à déterminer le prix d’un produit. Le véritable coût de son impact environnemental doit également être pris en compte dans le prix, si l’on veut encourager les consommateurs à choisir le produit le moins nocif et le plus économe en ressources.

C’est pour cette raison que le rapport du panel sur le développement durable recommande à tous les gouvernements de mettre en place des politiques de prix qui favorisent la viabilité environnementale. Cela aiderait à orienter la consommation et les décisions d’investissement des ménages, des entreprises et du secteur public dans une direction plus viable.

Nous ne pourrons plus nous dire «la croissance d’abord, le nettoyage plus tard». Nous devons faire en sorte que les pollueurs paient maintenant, au lieu de les laisser léguer une addition insurmontable aux générations futures. Mais nous devons le faire de façon intelligente. Taxer les émissions de dioxyde de carbone est l’une des solutions permettant de collecter des fonds supplémentaires pour les investissements dans le développement durable, tout particulièrement dans les pays en voie de développement.

 

L’Union européenne s’oriente déjà dans cette direction. Nous avons mis en place une taxe sur les émissions de dioxyde de carbone, des objectifs juridiquement contraignants pour réduire ces dernières et développer les énergies renouvelables, ainsi qu’un ensemble de mesures pour améliorer l'efficacité énergétique. Nous essayons également de trouver des méthodes plus intéressantes d’utiliser le système fiscal, de façon à ce que, à l’avenir, les taxes sur les salaires de la population baissent tandis que celles sur sa consommation en combustibles fossiles augmentent.

 

Néanmoins, les pays développés ne peuvent pas relever les défis environnementaux tous seuls. De nos jours, les pays émergents représentent le plus gros pourcentage de la croissance, notamment en termes de consommation énergétique et d’émissions de dioxyde de carbone. Nous sommes arrivés dans une situation où tous les pays doivent agir, chacun selon ses capacités et ses responsabilités.

 

Quant aux subventions d’État pour les combustibles fossiles, il n’y a plus de place pour elles dans le monde d’aujourd’hui. Elles doivent être supprimées progressivement, ainsi que les pays membres du G20 se sont engagés à le faire. En 2011, l’industrie mondiale des combustibles fossiles a bénéficié de six fois plus de subventions d’État que celle des énergies renouvelables, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

 

Au vu de la crise économique et environnementale actuelle, est-il vraiment pertinent que l’ensemble des gouvernements à travers le monde dépensent chaque année 400 milliards d’USD sur l’argent des contribuables pour subventionner des combustibles polluants, qui aggravent les changements climatiques et la pollution atmosphérique? Nous ferions mieux d’investir cet argent dans l’amélioration de l’efficacité énergétique et la promotion d’énergies propres et abordables pour tous.

 

L’année dernière, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint un nouveau record. C’est l’énième signal que nous devons agir de toute urgence, à une échelle véritablement mondiale.

 

Nous devons saisir l’occasion du sommet de Rio+20 pour lancer la transition mondiale vers un modèle de croissance durable au 21e siècle. Parvenir à une croissance plus écologique et plus inclusive doit être au cœur du programme économique mondial dès maintenant, si nous voulons que la population mondiale, qui ne cesse de croître, puisse vivre dans la prospérité sans épuiser les ressources limitées de notre planète aux dépens des générations futures.

 

Rio n’a pas d’autre alternative que d’aboutir à des résultats concrets. Rio doit réussir.

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